Ce qu’en pense la ministre…

A quel titre un projet comme la Zinneke Parade est-il soutenu par le politique ? Entretien avec Fadila Laanan, ministre de la Culture en Communauté française.


En tant que ministre de la Culture, vous soutenez ce projet urbain d’envergure qu’est la Zinneke Parade…

Il y avait une volonté de la part de certains, au niveau de l’équipe fondatrice de "Bruxelles 2000 capitale de la culture", de créer un événement qui aurait une dimension bruxelloise et une configuration très citoyenne, c’est ce qui était intéressant dans le projet. L’initiative a été attaquée notamment par des groupes politiques de droite qui ne le trouvaient pas assez bien, pas assez prestigieux et trop ancré sur l’habitant en tant que tel. Le MR, par exemple, ne souhaitait pas soutenir ce projet. Eric Thomas, qui était à cette époque ministre pour la Revitalisation des quartiers à la Région bruxelloise, a vraiment mis tout son poids dans la balance pour que ce projet soit retenu dans le cadre de Bruxelles 2000.

Lors de cet évènement, les gens reprennent possession de la rue, de la ville, de Bruxelles, et ça c’est génial ! On fait intervenir à la fois des habitants, des associations et des artistes. C’est une fête très bigarrée, très mixte et très cosmopolite, un peu à la lumière et à l’image de Bruxelles.

Ce qui est intéressant aussi c’est l’aspect intergénérationnel de ce projet. De jeunes enfants ainsi que des personnes du 3ème ou du 4ème âge y participent. Mais aussi des publics plus fragilisés comme les personnes handicapées par exemple.


Et au niveau du budget culture, que donnez-vous à cet évènement pour sa viabilité et son développement ?

Il faut savoir que dans mes budgets, il y a 100.000 euros destinés à l’ASBL Zinneke et 75.000 euros destinés aux associations qui travaillent sur le terrain et développent leur projet de Zinnode.

Il y a aussi des moyens octroyés par le budget Jeunesse. Mon collègue Marc Tarabella, qui a cette compétence depuis quelques mois, peut aussi mettre des moyens à disposition des Centres et Maisons de Jeunes qui interviennent dans le processus.

Opinion 
"Zinneke ASBL va aider les partenaires des différentes Zinnodes à trouver les moyens pour réaliser leur projet de Zinnode sur le plan de l’infrastructure, de l’humain, du matériel et des finances. Elle va ensuite les aider à constituer leur dossier de demande de subsides (écriture, structure, budget, argumentations…) et voir à quelle porte frapper. Ca peut être à celle de la Communauté française avec laquelle nous avons un accord. En effet, une enveloppe est sauvegardée pour les projets de Zinnodes dans plusieurs secteurs : les Centres de Jeunes et Organisations de Jeunesse, le secteur des Centres culturels, les Centres d’Expression et de Créativité et l’éducation permanente. Ce sont des enveloppes pour des soutiens directs à des groupes locaux. En dehors de ça, il y a d’autres pistes, au niveau des communes par exemple, de la Fondation Roi Baudouin…"
Myriam Stoffen, directrice de l’ASBL Zinneke

Opinion   
"C’est une Parade qui demande beaucoup d’énergie, pas mal d’investissement et qui, financièrement, n’est pas toujours très bien épaulée. Les partenaires reçoivent souvent leurs moyens relativement tard. Les projets sont souvent très ambitieux et donc, à un moment, tout le monde doit revoir ses ambitions à la baisse par rapport à la réalité."
Carlos da Mata, directeur de l’ASBL Infor Jeunes à Schaerbeek


L’argent alloué à cet évènement, ne l’est-il pas au détriment d’autres initiatives culturelles? Je pense par exemple à une MJ (Maison de Jeunes) qui ne souhaite pas prendre part à la Zinneke mais qui veut néanmoins continuer à développer ses propres ateliers artistiques.

Je ne suis pas pour forcer qui que ce soit à participer à un quelconque projet, que ce soit pour la Zinneke ou autre chose. Mais je préfère voir les jeunes dans des MJ plutôt que dans la rue à s’ennuyer ou occupés à butiner sur des sites Internet qui ne sont pas toujours les plus intéressants.
Maintenant, que certaines associations n’aient pas envie d’y participer, il ne faut pas les pénaliser pour autant. Dans les budgets de la jeunesse, il y a énormément de moyens qui peuvent soutenir des ateliers quels qu’ils soient. Toutes les actions collectives peuvent être soutenues quand elles ont une pertinence de politique publique.
Il ne faut pas forcer les associations à entrer dans le processus mais on peut simplement essayer de les convaincre du bien-fondé de ce processus.
C’est un projet qui doit entrainer l’adéquation entre la volonté et la passion.

Alors que je ne suis plus ministre de la Jeunesse, je continue à soutenir un projet porté par la FMJ (Fédération des Maisons de Jeunes) qui s’appelle "trajet réel, trajet rêvé". Les jeunes qui en ont envie peuvent rêver d’un monde meilleur à travers la réalisation d’une expo, d’un film, de sculptures ou autres. Même si mon collègue de la jeunesse Marc Tarabella soutient une autre partie de ce projet, je continue à le faire parce que je veux dire aux jeunes qu’ils sont capables de créer des choses de grande qualité et aussi pertinentes que le font des artistes confirmés. C’est aussi pour leur donner encore plus de considération !

Opinion   
"Les MJ sont les parents pauvres de la Communauté française, on a 60% de moyens en moins qu’une AMO (Action en Milieu Ouvert), beaucoup moins aussi qu’un Centre Culturel et pourtant on est en plein dans le culturel. On doit toujours fonctionner dans l’urgence et jouer à Mac Gyver pour joindre les deux bouts et avoir un maximum d’activités pour les jeunes. Il faut vraiment aimer son boulot et être fort pour avoir de bons résultats avec les jeunes dans un local pareil! On travaille vraiment dans une niche pour chien ! Alors, ne faut-il pas trouver l’argent ailleurs et laisser l’argent de la Communauté française pour les projets que l’on mène toute l’année durant ?

Cet événement récurrent donne une image culturelle de la ville, en termes de visibilité européenne. Avec de tels enjeux, la Parade ne devrait-elle pas plutôt être financée par le Fédéral ?"
Rafael Vasquez, coordinateur à la MJ de Ganshoren


Il y a toujours eu beaucoup plus de moyens alloués aux musiques  classiques par exemple et très peu aux arts forains ou arts de la rue. C’est toujours le cas actuellement ?

Ça c’est historique ! Les cultures émergentes, je pense à ce qui est musiques actuelles comme le rock, le rap, le hip-hop… et tout ce qui touche aux arts de la rue ont toujours été considérés comme des arts accessoires et secondaires parce que, dans l’histoire, on a toujours vu la culture comme quelque chose de prestigieux.
Quand je suis arrivée comme ministre de la Culture en 2004, je me rappelle que le budget des musiques émergentes avait été diminué de moitié par mon prédécesseur. J’ai tout de suite doublé le budget et, chaque année, je continue à l’augmenter pour que l’on puisse reconnaître des groupes et des artistes qui font des choses très actuelles et qui touchent tout un public de jeunes. J’ai fait la même chose pour les arts de la rue pour lesquels un ou deux opérateurs seulement étaient soutenus.

Cependant, c’est vrai que l’on ne part pas de grand-chose. Tripler un   budget qui est de 100.000 euros à la base ne fait jamais que 300.000  euros. Vous allez me dire que ce n’est pas énorme quand voit que l’ORW (Opéra Royal de Wallonie) touche 14 millions d’euros par an. Mais c’est l’institution phare de la Communauté française qui emploie 300.000 personnes en permanence et qui essaie de mener vers le haut des gens qui ne sont pas simplement l’élite.

Les secteurs des musiques actuelles et des arts de la rue ont trouvé en moi une personne suffisamment attentive pour renforcer ces domaines. Ils vous diront qu’avec moi, ils ont obtenus des moyens supplémentaires et que ça continue. En plus, j’essaie de les conforter dans des conventions et donc de pérenniser les statuts pour ne pas que ça se résume à des "one shot".
Il est clair que du jour au lendemain je ne peux pas dire : on remet tout à zéro, l’ORW on laisse tomber c’est pour les vieux et on ne va mettre que du rock, des arts de la rue, du graff…


La réponse du politique quant à l’acceptation des dossiers Zinneke remis par les porteurs de Zinnodes vient assez tard, trop tard pour démarrer les préparatifs. Les associations candidates doivent se lancer bien plus tôt dans leur préparation pour être prêts le jour J mais doivent freiner constamment les jeunes dans leur enthousiasme et leur délire afin de ne pas les décevoir en cas de refus. C’est un peu contraire à l’émancipation des jeunes finalement, non ?

C’est le cas dans tous les secteurs et pas uniquement pour la Zinneke Parade. Le problème est que chaque dossier culturel dépend d’une commission ou d’une instance d’avis. Dans le cas de la Zinneke, c’est une commission qui regroupe des gens de la Communauté française et des représentants de l’ASBL Zinneke qui, sur base de critères de qualité, vont examiner chaque dossier.

Opinion   
"D’un côté, on pousse à la créativité pour que les jeunes puissent se projeter et, d’un autre côté, on est en train de tirer sur les rennes parce que l’on n’a toujours pas de réponse de la Communauté française.  Il y a tout un travail en amont qui s’est fait avant la remise du dossier : répertorier le public qui est partant, les partenaires, qui fait quoi…  Et tout ça c’est deux ou trois mois de boulot !"

Rafael Vasquez, coordinateur à la MJ de Ganshoren

Il est clair que cette commission ne se réunit pas toutes les semaines et que souvent, avant d’obtenir une aide, les candidats doivent avoir plus ou moins terminé leur projet ou en avoir une idée très précise.
En musique par exemple, un groupe qui voudrait être soutenu dans la production de son CD doit pouvoir montrer son travail. C’est seulement à ce moment que l’on décide si le projet sera soutenu ou pas.
Beaucoup de gens ont engagé des moyens personnels pour pouvoir réaliser leur projet, c’est vrai. Mais on ne peut pas soutenir des choses qui n’existent pas ou des choses sur lesquelles on n’a aucune réflexion ni aucun dossier.

En ce qui concerne la Zinneke, je vous avoue que ce n’est pas moi qui décide en fonction de ce que j’aime ou de ce que je n’aime pas, au contraire, c’est vraiment un jury d’experts qui prend position par rapport au projet mais aussi par rapport à l’implication des publics qui y participent. Il ne faut pas que le projet soit créé uniquement par des permanents de MJ par exemple mais aussi par les publics cibles des MJ. C’est le plus important.

Opinion   
"Nous n’avons jamais une procédure d’exclusion. Si un projet de Zinnode n’a pas un bon dossier ou s’il n’est pas suffisamment abouti, ça voudra dire que l’ASBL Zinneke n’a pas assez bossé avec les partenaires de cette Zinnode. Normalement, un dossier qui est remis est absolument défendable et on le défendra ! L’ASBL Zinneke est présente aux côtés du jury de sélection des dossiers, uniquement pour donner des explications et répondre à des questions. Evidemment, nous soutenons tous les projets."
Myriam Stoffen, directrice de l ’ASBL Zinneke


Si vous étiez ministre de la Zinneke Parade, quels seraient vos priorités ?

Je n’étais pas encore ministre quand j’ai connu le projet et, à l’époque, j’étais très impliquée dans le milieu associatif. J’avoue que j’ai une lecture de la Zinneke Parade plus comme citoyenne que comme ministre. C’est ce regard qui est important chez moi. 

Opinion   
"Le jour même, on est tellement motivé que, quoi qu’il advienne, qu’il pleuve ou pas, que le trajet soit facile ou pas, que ce soit bien organisé ou pas, on avance et on s’amuse !"
Marylin Liénart, coordinatrice à la MJ Woo à Waterloo
                     

Propos récoltés par V.D.

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008