Un phénomène de pauvreté inacceptable dans l’Europe du 21ème siècle!
Dans les rues, les métros, gares et autres endroits publics, nous avons tous été interpellés par la présence d’enfants, parfois très jeunes, qui mendient ou accompagnent un adulte qui mendie…
Face à cette situation, l'ex-ministre de l’Enfance, M. Nollet, et son homologue à l’Aide à la Jeunesse, Mme Maréchal, avaient chargé la Coordination des ONG pour les Droits de l’Enfant (CODE) de réaliser une recherche1.
Quel est le public concerné? Dans ce domaine, beaucoup de préjugés circulent: exploitation, réseaux… Il apparaît que la plupart des enfants qui mendient en Belgique le font avec leurs parents ou leur famille au sens large. Ils viennent surtout des pays d’Europe centrale et orientale et sont majoritairement d’origine Rom. La mendicité n’est cependant pas une pratique qui tire ses racines de la culture Rom. C’est le contexte socio-économique qui pousse ces familles à mendier: elles vivent dans une très grande précarité, souvent sans papier et sans droit, notamment à l’aide sociale. Beaucoup ont vécu des discriminations graves, voire des persécutions, dans leurs pays d’origine. Quelques cas de mineurs non accompagnés ont aussi été constatés et quelques cas d’enfants victimes de réseaux de traite d’êtres humains ont été communiqués par le Parquet.
Quelles sont les réponses actuellement données par les autorités? Dans la plupart des cas, bien que la mendicité ne soit plus réprimée pénalement, les communes tentent de la supprimer, en invoquant des motifs comme la recherche de réseaux. Les réponses apportées sont rarement humaines et sociales. Souvent, les autorités ne s’interrogent pas sur les motifs qui ont conduit ces familles à la mendicité, mais s’attachent à la faire disparaître dans ce qu’elle a de visible et de dérangeant. Il existe pourtant d’autres manières d’agir. Ainsi, la police de Molenbeek a établi de bons contacts avec des familles Roms. Elle a pu limiter la mendicité des enfants en étant très ferme sur leur scolarité et en la facilitant. Elle témoigne aussi que ces parents aiment et respectent leurs enfants et qu’aucune preuve n’existe sur l’exploitation de mineurs par leurs parents.
La CODE a été chargée d’une recherche-action qui va commencer. Elle va pointer les besoins et attentes à la fois de la population concernée et des professionnels, détecter et diffuser de "bonnes pratiques", notamment en matière de police et de scolarisation.
Partout, le respect des droits des enfants passe par celui de leurs parents et de leurs familles. Comment une Europe sociale peut-elle se construire, sans une priorité aux populations les plus fragiles? L’évolution de leur situation doit devenir le point de repère de nos avancées économiques, sociales et politiques.
Dominique Visée,
ATD Quart Monde Jeunesse
1Recherche relative
au développement d’une réponse sociale à la question
de la mendicité des enfants en Belgique, réalisée par Catherine
Joppart, pour la CODE en 2003.
ATD Quart Monde est membre de la CODE.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008