Entretien avec Zhao du Collectif Ayamei, un collectif d'assistants sociaux qui agit en dehors du système hiérarchique des institutions.
D’abord, certains disfonctionnements à l'église Saint-Boniface semblaient trop évidents pour n’avoir pas pour but d’accentuer la détresse des hébergés. L’influence d’avocats du PTB (Parti du Travail de Belgique) se faisait sentir à tous les niveaux et orientait tout travail social vers l’échec. Cela permettait d’accentuer la médiatisation et la politisation des situations sociales et donc l’influence du PTB comme de l’UDEP (Union pour la Défense des sans-papiers). Quant à nous, pousser des gens au désespoir et à la grève de la faim pour atteindre un but nous semblait peu acceptable. Une réflexion collective nous a encouragé à proposer une autre manière d’agir, professionnelle, en dehors des jeux du pouvoir, non partisane et anonyme. Ensuite, il faut comprendre le Collectif comme le résultat de l’investissement d’assistants sociaux de différentes structures qui constatent la déficience des pouvoirs politiques à apporter une réponse humaine aux situations de non droit dans un Etat de droit pour les personnes en situation administrative irrégulière.
Dans un rapport à la personne, nous travaillons comme les structures existantes: nous répondons aux demandes, conseillons, accompagnons, aidons à préparer les dossiers de régularisation. Nous réorientons aussi les personnes car nous n’avons pas la prétention de remplacer les structures existantes ni d'être plus compétents qu’elles. Nous sommes complémentaires. Dans un rapport à la problématique générale, notre position est que, papier ou non, en situation régulière ou non, toute personne sur le territoire belge doit avoir accès aux mêmes droits sociaux que tout autre personne en attente d’une décision administrative. L’organisation sociale actuelle résulte de combats menés par nos ancêtres pour le droit aux soins, aux syndicats, au travail, aux études… Le problème actuel des personnes en situation irrégulière n’est pas d’avoir ou non des papiers, mais bien d’être traitées en êtres humains non criminels en attendant une réponse de l’Office des Etrangers. Que l’Office des Etrangers prenne un ou dix ans pour faire son travail ne justifie pas leur concentration dans des camps fermés. Les priver du droit à vivre librement, au logement, au travail ou à l’assurance sociale sont autant d’atteintes aux droits les plus élémentaires qui font notre démocratie (sic !) et qui sont inscrits dans l’article 23 de la Constitution. On se croirait sous Pinochet. En tant que Belges et qu'assistants sociaux, nous avons un devoir envers nous-mêmes, envers notre société et envers ces personnes en souffrance. Nous proposons une pétition qui réclame l’abrogation du 15° de l’article 32 de la loi sur les mutuelles afin de leur permettre d'avoir accès aux mutuelles et de ne plus dépendre d’une charité qui consiste à donner ce que l'on veut, quand on veut et à qui on veut. Avec 2500 signatures, le Sénat devra au moins envisager le droit pour tous de contracter une assurance soins de santé.
Octroyer des papiers à tous ne résout pas le problème d’ensemble et reste un feu vert à des immigrations plus grandes. De plus, quelle valeur a une loi si elle est ponctuée d’exceptions? Nous ne sommes donc pas convaincus que cela soit une solution. Les conséquences d’une vague de régularisations sont en fait difficiles à évaluer à notre niveau. Je crois que le problème est mal posé. Dans les pays d’Amérique latine, les gens ont acquis la citoyenneté politique mais ne sont pas encore passés par toutes les étapes de la citoyenneté sociale. Il en résulte un système de clientélisme, de politiques messianiques et de non droits sociaux désastreux. Des papiers ouvrent l’accès à tous les droits en même temps sans apprentissage d’une citoyenneté en soi. En Italie, les personnes régularisées servent de femmes de ménage pour les italiens aisés. Encore une fois, la citoyenneté sociale n’est pas acquise. L’objectif des papiers nous paraît un leurre. C’est en quelque sorte mettre la charrue avant les bœufs. Il faut d'abord acquérir les droits sociaux pour tous, puis leur permettre d’intégrer ceux-ci. La carte d’identité n’est qu’un outil de contrôle administratif. L’appellation même de "sans-papiers" témoigne déjà d’une erreur. Si je perds mes papiers ou s’ils sont périmés, je suis aussi sans papiers. Leur problème n’est pas d’être sans papier, ce qui n’est qu’un problème administratif, mais le refus de leur citoyenneté sociale tant qu’ils sont sur le territoire. De même, se réclamer Iraniens, Marocains ou autre, reste une approche nationaliste qui justifie les expulsions. Or, le problème n’est pas nationaliste mais bien de classe sociale. Bien comprendre, réfléchir au problème dès le départ permet de ne pas se battre à côté. De toute façon, historiquement, que sont les papiers d’identité, sinon une résurgence du carnet ouvrier? Les ouvriers devaient présenter à tout employeur un carnet dans lequel les employeurs précédents avaient inscrit leurs appréciations. Sans cette soumission, l’ouvrier était condamné à mourir de faim. Avec les cartes à puces, nous commençons à y revenir. Revendiquer l’acquisition d’un système d’asservissement nous parait contestable. Nous réclamons quant à nous la citoyenneté sociale pour tous.
A un niveau micro social, nous travaillons au cas par cas, sur le terrain, selon les demandes, et de manière anonyme avec de réels clandestins. La portée de nos actions ne concerne alors que ceux qui sont aidés. Nos actions macro sociales passent par celles des institutions qui les portent. Notre premier combat a été l’accès à la démocratie culturelle, le droit aux études pour tous. Ainsi, les personnes en situation irrégulière acquièrent les outils culturels nécessaires pour s’épanouir ici ou pour aller dans leur pays d’origine y changer ce qui y déplait. Les Hautes Ecoles et les Universités leur refusaient en effet l'inscription. Désormais, la Communauté française déclare que les écoles n’ont plus le droit de leur demander s'ils sont réguliers ou pas au motif que cela relève d’une compétence fédérale. Ils peuvent donc s'inscrire et payer leur minerval. Eventuellement, certains CPAS pourraient se positionner et le leur payer. Ce serait même leur devoir. L’excuse du coût ne tient pas car les sommes sont ridicules pour un CPAS et les communes ont l'obligation de suppléer aux dettes des CPAS chaque année. Nous nous sommes alors tournés vers le problème du droit à s’assurer à une mutuelle. Nous en évaluerons la portée plus tard.
Propos récoltés par V.D.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008