Entretien avec Jean-Michel Dufays, professeur d'histoire à la Haute Ecole Paul-Henri Spaak, membre de la ligue des Droits de l'Homme et co-dirigeant du dictionnaire historique de la laïcité en Belgique.
J'ai hébergé plusieurs sans-papiers. Il faut savoir que l'article
79 du Code pénal prévoit l'emprisonnement de ceux qui logent des
personnes en situation illégale. Cet article est rarement appliqué
dans la mesure où il s'agit de raisons humanitaires.
Au moi d'avril, à la demande des sans-papiers, j'ai donné des
cours d'histoire à titre bénévole afin de les informer
sur l'organisation sociale, le paysage institutionnel et la culture de notre
pays. J'ai également sollicité la loge maçonnique à
laquelle j'appartiens pour avoir son soutien moral et financier en faveur des
sans-papiers de Saint-Gilles qui faisaient la grève de la faim pour la
régularisation de leurs situations.
Il y a les raisons officielles qui ont été avancées à la presse et les raisons officieuses. La bourgmestre faisant fonction s'est exprimée auprès des médias en expliquant qu'il y avait des cas de tuberculose avérés chez les sans-papiers, d’où les raisons de leur évacuation. La raison officieuse que j'ai énoncée et qui a été dénoncée par la commune, était que le lieu d'hébergement se trouvait à une cinquantaine de mètres de la maison communale et que ça paraissait comme un chancre social à quelques mois des élections. Ca ne faisait pas très "propre". Les bénévoles, dont moi-même, présents sur les lieux pendant les trois semaines qui ont précédé l'évacuation n'ont jamais dû faire de test pour détection d'éventuels cas de tuberculose. Ce qui me semble être un élément probant. Après l'évacuation des sans-papiers, les grévistes de la faim ont été envoyés dans deux hôpitaux bruxellois. À Molière, ils ont reçu un certificat selon lequel leur état physique était normal. A Saint-Pierre, tous ont également été libérés dans l'heure. Pour moi, ce sont des éléments suffisants pour pencher du côté de la raison officieuse.
On m'a reproché d'avoir demandé aux policiers d'être présent au moment de l'évacuation. Le commissaire de police m'a prié de sortir du bâtiment mais j'ai refusé car les sans-papiers qui me connaissaient depuis trois semaines avaient confiance en moi et voulaient que je reste à leurs côtés. J'ai donc été évacué de force, brutalement, plaqué contre les volets de l'immeuble, menotté et embarqué pour quelques heures au commissariat de Saint-Gilles. Mon souhait d'être témoin était d'autant plus justifié qu'après mon arrestation, les sans-papiers ont effectivement été matraqués. Il y a des attestations médicales qui prouvent les séquelles de leurs arrestations. Il faut rajouter à cela la très faible condition physique de chacun suite aux 28 jours de grève de la faim.
Propos récoltés par V.D.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008