Centres fermés ou prisons pour étrangers…

Entretien avec Cédric Vallet, coordinateur au CIRE (Coordination et Initiatives pour et avec les Réfugiés et les Etrangers).


Vous suivez actuellement de près la problématique de détention des étrangers en centres fermés, n'est-ce pas?

Je travaille en tant que coordinateur des visiteurs issus d'ONG en centres fermés. Ceux-ci se réunissent régulièrement pour partager leurs informations et la coordination fait le lien avec les politiques et les médias sur la problématique des détentions. Au CIRE, nous combattons la détention mais, comme ce n'est pas forcément atteignable tout de suite, nous menons des combats intermédiaires comme la lutte contre la détention des enfants par exemple.


Où se situe le CIRE dans le paysage des organisations qui s'activent en faveur des sans-papiers?

A la base, le CIRE est une coordination de 22 associations. On ne fait pas de service de première ligne et il n'y a donc pas de services sociaux.
Nous avons pour but de relayer politiquement les revendications et d'assurer certains services comme l'interprétariat, l'école, l'accueil des demandeurs d'asile… Nous avons également un pôle politique qui concerne certaines thématiques comme l'asile, l'immigration, les sans-papiers, la détention…


L'article 26 de la Déclaration des droits de l'Homme dit: "Toute personne a droit à l'éducation. Elle doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental". On en est loin?

Les enfants étrangers qui sont en centre fermé n'ont droit à aucune éducation puisqu'ils sont dans une structure équivalente à la prison. Parfois, certains éducateurs essaient d'organiser de petites activités éducatives mais ça n'a rien à voir avec l'école. Comme il est possible que les enfants restent enfermés plusieurs mois, les lacunes sont grandes.


Si les droits de l'enfant sont ainsi bafoués, quelle est la portée de la convention internationale des droits de l'enfant?

La Belgique a signé et ratifié la convention en 1992 qui spécifie pourtant qu'un enfant ne peut pas souffrir des situations administratives de ses parents. Il y a même un article qui dit que si la détention doit être une mesure de dernier ressort, ça doit être pour une durée aussi brève que possible. Ce droit est aussi complètement violé par la Belgique qui enferme de plus en plus de familles avec enfants depuis deux ans. C'est vraiment à la chaîne.


Comment les sans-papiers se retrouvent-ils en centres fermés?

Soit les personnes arrivent à la frontière, à l'aéroport de Zaventem, sans papier pour entrer sur le territoire. Ils vont alors en centre fermé le temps d'examiner s'ils peuvent entrer en Belgique ou pas.
Soit les personnes sont déjà sur le territoire belge mais n'ont pas de papiers, il s'agit des clandestins, des sans-papiers. Ils peuvent donc se faire arrêter du jour au lendemain pour aller en détention le temps d'organiser leur expulsion.
Il y aussi les demandeurs d'asile sur le territoire qui peuvent se faire arrêter si leur demande de régularisation est déclarée irrecevable.


Tous les enfants sans-papiers ne vivent donc pas dans les mêmes conditions...

Qu'ils soient sur le territoire belge, susceptibles de se faire arrêter à tout moment ou qu'ils soient en centre fermé dans le but de leur expulsion, les conditions sont pénibles. C'est l'épée de Damoclès au dessus de leur tête.
C'est pour cette raison qu'à côté du combat contre la détention des enfants, on a un combat pour une régularisation avec des critères clairs et permanents.

Il y a peu de temps, un syndicat s'est prononcé pour donner des cours dans les centres fermés. Mais, au CIRE, on trouve que ce n'est pas une bonne solution. Evidemment, c'est bien pour les enfants qui sont en détention mais si on commence à accepter de donner des cours en centres fermés, ça signifie qu'on légitime la détention des enfants et que l'on fait un pas de moins dans le combat contre leur détention.

Le nombre d'enfants étrangers placés en centres fermés a considérablement augmenté ces deux dernières années. C'est ce qui nous a poussé à faire des mobilisations. On a fait circuler des pétitions, on a rédigé une carte blanche dans la presse, on a fait visiter le centre fermé 127 bis à des parlementaires de tous les partis démocratiques pour qu'ils relaient ça au niveau politique... Dernièrement, nous avons fait signer une pétition par des VIP en espérant avoir un écho suffisant pour que ça bouge. Il y a eu une belle mobilisation mais, concrètement, au niveau politique, on n'a rien eu, ou presque, le Ministère de l'Intérieur a proposé de lancer une étude sur les alternatives à la détention. Ce qui n'a pas vu le jour depuis. On en a parlé dans les médias et donc ça a permis de sensibiliser les gens.


Qu'en est-il des mineurs d'âge non-accompagnés?

Il y a la loi sur la tutelle qui est d'application depuis 2004. Le but était de les faire sortir des centres fermés. Les mineurs non accompagnés placés en centres fermés sont ceux qui arrivent à la frontière. Ils sont parfois détenus durant quelques semaines. Le gouvernement a fait une déclaration il y a peu pour dire qu'il fallait arrêter ça. Ce n'est pas encore d'application.


Quelles sont les conditions carcérales en centre fermé?

Grosso modo, un règlement d'ordre intérieur très strict avec un régime de sanctions est prévu à l'encontre des détenus. Les gens doivent tout faire dans un même espace sans possibilité d'intimité. Une salle souvent enfumée et dans laquelle la télévision fonctionne à fond toute la journée.
Les parents n'ont plus l'impression d'avoir de l'autorité sur leurs enfants car ce n'est plus eux qui prennent des décisions mais c'est l'administration.
En 1999, un rapport de l'ULB a qualifié la détention des enfants de maltraitance psychologique. Surtout pendant les tentatives d'expulsion où les enfants voient leurs parents bousculés et menottés.

Propos récoltés par V.D.

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008