Entretien avec Mathieu, de passage à Bruxelles.
En 1997, j'ai participé à la protection d'un site naturel en Angleterre (Nine Ladies, Peak district) contre des multinationales alimentaires d'outre-atlantique qui souhaitaient transformer ce petit paradis chargé d'histoires en une carrière. Notre action consistait à investir le lieu en squattant arbres et tunnels souterrains de façon à rendre toute expulsion dangereuse. Ce fut, pour ainsi dire, mon premier squat, bien qu'il ne s’agissait pas d'un bâtiment! La solidarité coutumière à de tels endroits a, bien évidemment, créé des liens entre certains "eco-warriors" présents et moi-même. Quelques semaines plus tard, je vivais dans le plus vieil arbre de la forêt de Sherwood menacé par une déviation routière. Bien que nous succédions à Robin des Bois, nul besoin de voler aux riches, des gens venaient nous ravitailler spontanément en nourriture et autres matériaux nécessaires à notre survie. C'est donc ainsi que j'ai découvert une alternative à l'argent pour vivre: le partage. Ne pas rechercher de salaire m'a permis de travailler pour des projets qui me semblaient importants. Ce qui, plus tard, m’a mené dans un squat "artistique" à Manchester. J'ai contribué au graphisme de nombreux événements alternatifs et médias indépendants. Me laissant porter par les besoins de chaque projet, je me suis retrouvé à Grenoble, à Karkov (en Ukraine), à Saint-Petersbourg (Russie) et à Bruxelles. Sans payer de loyer.
Non. Squatter est un mode de fonctionnement qui ne devrait pas être marginal, mais belle et bien une option beaucoup plus accessible qu'elle ne l'est actuellement. Le combat doit donc se faire à un autre niveau, sans pour autant négliger le rôle des squats tel qu'il est aujourd'hui. L'ampleur de ce combat me donne le vertige et donc je ne peux pas me proclamer "squatteur engagé". J'aime m'investir dans des actions sans me sentir engagé. Maintenant, si le refus de participer peut être un engagement, alors oui, je suis engagé.
Nous sommes tous engagés à la naissance, c'est notre niveau d'efficacité, d'intégrité qui nous différencie. J'aime bien répondre sans répondre.
Pas vraiment. J'ai eu une enfance plutôt nomade à cause (ou grâce) à mes parents, ce qui ne m’a pas donné l'occasion d'accumuler des biens comme ça se produit lors d’une existence plus sédentaire. Parfois, ça me manque mais ça rend moins problématique les possibles départs précipités d'un squat. Ça m’a aussi amené à la question de la propriété privée qui, je pense, est au coeur de la plupart des grands problèmes de notre monde.
Pour répondre à ta question, je pense, qu'une fois de plus, la solidarité que l’on trouve dans le milieu des squats constitue une contre-mesure efficace à l’insécurité qu’ils pourraient générer. En cas de besoin, il y a toujours un autre plan quelque part, un autre squat, une chambre chez des amis… J’'arrive donc à gérer ce côté éphémère mais j'admets que, petit à petit, je pourrais avoir envie de construire et de m’investir localement à plus long terme. Alors je commencerai à conserver, à accumuler et, qui sait, à procréer…
Propos récoltés par V.D.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008