Entretien avec Ludo, collaborateur chez City Mine(d), une ASBL qui pratique la réappropriation temporaire d'espaces inoccupés.
Ce que City Mine(d) peut apporter c'est son expérience. Ça fait environ huit ans que l'on négocie avec des propriétaires publics ou privés pour établir des conventions à durée limitée, afin de pouvoir occuper un bâtiment tant qu'il est vide.
City Mine(d) est une ASBL qui existe depuis plus ou moins dix ans et son thème c'est la ville. Nous sommes, depuis trois années, une organisation avec un pied à Barcelone, Bruxelles et Londres.
Nous voulons promouvoir le groupe créatif en ville (artistes, activistes) et tenter de lui octroyer une plate-forme physique à partir de laquelle ce groupe peut travailler.
On a une règle qui veut que chacun utilise son propre savoir-faire et le fasse partager plutôt qu'une prise en charge par City Mine(d).
Pour l'instant, on ne s'occupe pas des logements car ils impliquent d'autres critères de sécurité et d'hygiène… et aussi parce que la flexibilité est moins grande: il est moins grave de déplacer son bureau que toute sa maison. On ne veut pas non plus se mettre en concurrence avec les squatteurs ni avec les habitants qui veulent utiliser des immeubles vides d'une façon précaire.
A Bruxelles, il me semble qu'il n'y a pas de réseau officiel mais il y a parfois des coopérations qui se créent. Dans les grandes lignes, on se connaît.
Pour certains types de bâtiments, oui! Il faut savoir que, dans une grande ville, il y a toujours 4 à 7 % de bâtiments inoccupés dus à la vente et aux rénovations.
A Bruxelles, on est bien au-dessus de ce pourcentage. La valeur des bâtiments n'est pas suffisamment élevée pour pousser les propriétaires à vendre vite. Et les prix sont très bas comparés aux autres villes.
Souvent, les propriétaires préfèrent laisser venir des artistes dans leur immeuble vide pour lui donner une meilleure image et aussi un peu de reconnaissance.
Les autorités publiques ont également tout un portefeuille de bâtiments. Les plus grands propriétaires publics sont la ville et le CPAS de Bruxelles. Le privé est très loin derrière. Alors, qu'on ne me dise pas que le public n'a pas le pouvoir de faire pression sur le marché, même dans le raisonnement actuel très libéral.
A Bruxelles, City Mine(d) s'est impliqué, entre autres, dans des discussions pour établir des conventions pour les Bains de Forest (espace culturel) et le cinéma Nova (cinéma indépendant). Ensuite, nous avons décidé de systématiser ça et c'est ainsi qu'avec un projet appelé "précare" nous avons ouvert et fermé une quinzaine de bâtiments avec, comme support, un dossier spécialement destiné aux propriétaires des bâtiments inoccupés.
Pour l'instant, City Mine(d) est en train de faire une étude sur l'offre et la demande d'immeubles vides.
On reçoit de l'argent du "Vlaams Gemmeenschaps commissie" destiné à un seul poste que l'on doit défendre chaque année.
Le rêve serait d'avoir, de manière permanente, une quinzaine de bâtiments tous les deux ans, de manière à garder une certaine flexibilité quant à leur investissement. Il faudrait au moins quatre personnes engagées à temps plein chez City Mine(d) pour faire tourner tout ça, c'est loin d'être le cas!
Aujourd'hui, le nombre de logements dont on s'occupe n'est pas assez grand pour dire que les gens ayant investi un bâtiment vide vont facilement retrouver de la place dans un autre espace inoccupé.
Je crois qu'au sein de Bruxelles, il y a un moteur créatif informel puissant grâce, entre autres, à l'existence d'espaces bon marché.
Propos récoltés par V.D.
Plus d'infos: www.precare.org
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008