Parler des squats, c’est aussi une manière de mettre le doigt sur le phénomène, pour le moins préoccupant, qu’est l’inoccupation d’immeubles dans un contexte de pénurie de logements.
D’un côté, il y a ceux qui cherchent un toit sans qu’un loyer ne les dépouille impitoyablement, ceux qui tentent de vivre en communauté pour retrouver des modes de fonctionnement basés sur la solidarité, le partage et l’entraide, ou encore, ceux qui, par le biais d'un besoin de créativité, offrent momentanément à l’endroit un foisonnement artistique tourné vers l’extérieur.
De l’autre côté, il y a des immeubles qui, pendant que leur propriétaire participe au show financier de la spéculation immobilière, demeurent honteusement inoccupés, laissant sur le pas de la porte des gens comme vous et moi, jeunes et moins jeunes…
Squatter n'est pas seulement l'affaire urgente des plus démunis, c'est aussi celle du petit bourgeois traditionnel en rupture. Et puisque l'offre ne souffre pas d'une carence de places mais pâtit cruellement de bon sens politique face à une demande incessante de logements, n'est-ce pas l'affaire de tout un chacun? Si nous n'en sommes pas vraiment persuadés, alors remettons les choses dans leur contexte et posons-nous une autre question: n'est-ce pas, une fois de plus, la politique basée sur le libre marché qui transforme le logement en marchandise et affecte ainsi les caractéristiques humaines d'une société?
Voici, au fil des pages, quelques regards avertis, quelques opinions éveillées.
"L'une des formes les plus spectaculaires de ségrégation est celle qui éloigne les personnes les plus riches, matériellement comme culturellement de toutes les autres".
"C'est plus facile de faire gober à la société qu'une personne est morte de froid une nuit donnée plutôt que de dire que cette mort résulte d'un processus qui a duré plusieurs années. La rue détruit les gens à feu doux". (Géraldine Bernard, responsable de l'antenne SDF au Secours catholique de Paris).
On dénombre, dans la région de Bruxelles-Capitale, entre 15.000 et 30.000 logements vides. Parmi ceux-ci, 80% émargent au secteur privé et 62% appartiennent à des particuliers. Sur ces habitations improductives, toujours en Région de Bruxelles-Capitale, 5.000 seraient louables en l'état, immédiatement. Pourquoi les responsables politiques ne prennent-ils pas en compte ce réservoir d'habitations vacantes pour accroître l'offre des logements à caractère social? D'autant plus que, côté public, on estime à un millier le nombre de logements sociaux bruxellois inhabités pour cause d'insalubrité.
Le nombre de ménages demandeurs d'un logement social dans la capitale est de 23.814.
La Région wallonne, quant à elle, compte entre 30.000 et 35.000 habitations inoccupées, contre 65.000 environ pour la Flandre.
V.D.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008