Les Auberges de Jeunesse, AFS Programmes interculturels, le Centre de Formation d’Animateurs, les Scouts et Guides Pluralistes et le Service de Jeunesse CEMEA prennent la parole pour nous décrire brièvement quelques cas concrets d’exigences politiques qui sont loin de se fondre harmonieusement aux besoins et exigences de vie politique interne d’une OJ.
La Commission paritaire (CP) 329 est compétente notamment pour les
employeurs et travailleurs des organisations de jeunesse, des centres de jeunes
et du tourisme non commercial ; trois secteurs dont relèvent directement
Les Auberges de Jeunesse.
Malgré cela, Les AJ relèvent toujours de la CP 302 de l’hôtellerie
parce qu’elles font de l’hébergement et servent des repas
(sur base d’une décision fédérale).
Pour bénéficier des subsides de la Communauté française
(Décret Emploi), nous devons respecter les descriptions de fonction et
les barèmes de la CP 329 alors que par ailleurs nous devons également
respecter les descriptions de fonctions et les barèmes de la CP 302 qui
ne sont évidemment pas les mêmes !
Les critères de reconnaissance fixés dans les décrets
de la Communauté française précisent que les finalités
et les modes d’action des OJ et des CJ doivent s’inscrire dans la
formation de CRACS.
Par ailleurs, Evelyne HUYTEBROECK, ministre du Tourisme en Région bruxelloise
souhaite assimiler les centres de tourisme social pour jeunes aux hôtels
bon marché et leur imposer une coopération pour une promotion
commune. On ne peut pas vraiment dire que les finalités soient les mêmes
!
Septembre 2005, le gouvernement wallon lance une vaste opération d’espoir
pour le redressement de la Wallonie : le plan Marshall. Ce plan fait cependant
quelques sceptiques, doutant que les résultats de l’opération
dépasseront le simple impact médiatique.
Parmi les volets d’actions destinées à relancer l’économie
et les performances de la région, le plan langues cible plus particulièrement
le public des jeunes diplômés du secondaire. Il leur offre, parmi
d’autres mesures, la possibilité d’obtenir une bourse pour
une année complète d’immersion scolaire et familiale dans
un pays, une région où sont pratiquées l’une de nos
deux autres langues nationales ou l’anglais.
Le projet n’échappe pas aux organisations d’échanges
éducatifs internationaux, parmi lesquelles des organisations de jeunesse,
qui organisent de longue date ce type de séjours. Arguant de leur expérience
en la matière, elles se proposent, dès lors, comme opérateurs
possibles pour la mise en œuvre du volet "immersion linguistique"
du plan Marshall.
Cela semble à première vue s’organiser facilement : la ministre-Présidente
de la Communauté française, en charge de l’enseignement
obligatoire (et donc compétente pour les élèves du secondaire),
n’est-elle pas également ministre en charge de la formation au
gouvernement wallon ? Il n’empêche, les décisions opérationnelles
prennent du temps, et ce n’est qu’en mai 2006 qu’ont été
fixées les conditions auxquelles les jeunes pourront prétendre
à une "bourse plan Marshall". Vu le retard, l’opération
essuie quelques plâtres, mais qu’à cela ne tienne, cette
première expérience aidant, en 2007 cela ira beaucoup mieux.
C’était sans compter les inévitables ajustements quant aux
modalités d’octroi des bourses. Il est vrai que, depuis septembre
2005, on avait pris le temps d’une certaine réflexion. Donc, attente
à nouveau des décisions, qui, reconnaissons-le, sont prises plus
rapidement pour les départs de l’été 2007.
Et puis, coup de théâtre, remaniement ministériel en juillet
2007 ! Ce qui semblait stabilisé doit être rediscuté, en
laissant bien sûr le temps à nos nouvelles autorités de
s’approprier les compétences qui leur sont désormais dévolues.
Cependant, du côté des OJ on sourit. Le nouveau ministre chargé
de la formation en Région wallonne, et donc responsable des bourses "Plan
Marshall" n’est-il pas aussi ministre de tutelle des organisations
de jeunesse en Communauté française ? Monsieur Tarabella, cela
nous donne beaucoup d’espoir !
Là où les contraintes liées aux différentes sources de subventionnement sont parfois difficiles à concilier…
Notre organisation est reconnue comme Service de Jeunesse. Pour rendre la formation d’animateurs en arts du spectacle accessible à un public défavorisé (jeunes demandeurs d’emploi peu qualifiés), nous avons revendiqué la reconnaissance dans le cadre de l’insertion socioprofessionnelle. De ce fait, l’acquisition des compétences et la mise à l’emploi des participants déterminent tout le processus de formation. Comment concilier cela avec le Décret Organisations de Jeunesse lorsqu’il prescrit en son article 3, § 1er, 5°, que l’association doit "assurer la participation active des usagers à la conception, la préparation et la gestion des programmes en assurant notamment la présence d’au moins 2/3 de jeunes de moins de 35 ans dans chacun des organes directeurs" ? Si ces instances (CA, AG…) sont bien majoritairement composées de jeunes et dirigent de fait le CFA, ceux qui conçoivent et gèrent les programmes ne sont pas à proprement parler les usagers, ceux-ci ne pouvant être juges et parties dans la définition des compétences nécessaires et des programmes qui permettront de les transmettre. C’est donc aux anciens stagiaires, ceux qui travaillent sur le terrain, auxquels nous faisons appel au sein d’un conseil consultatif pour participer à la conception et à la préparation des programmes.
Le Décret Organisation de Jeunesse prévoit en son article 3, § 1er, 4°, que l’association doit "s’adresser à un public composé, sauf exception, d’enfants, d’adolescents ou des jeunes adultes âgés de moins de 30 ans". Il est parfois difficile, lorsque l’on forme des animateurs de rester dans ces limites. En effet, la professionnalisation des activités du secteur socioculturel, et en particulier du secteur Jeunesse, fait en sorte que l’on se forme comme animateur à tout âge. Si le public énoncé dans le décret (enfants, ados) est le bénéficiaire ultime des activités de formation d’animateurs, le public direct est composé d’adultes, pas toujours tout jeunes. De plus, dans le cadre de l’insertion socioprofessionnelle, c’est le manque de qualification pour trouver un emploi et la durée du chômage qui priment et non l’âge.
Le plus difficile à gérer, est la méfiance des partenaires institutionnels. Chacun cherche à éviter de dépenser un centime pour le public d’un secteur qui pourrait être étranger au sien. On est donc contrôlé de plus près, on doit décliner les mêmes évaluations selon les grilles et les échéances des différents partenaires soutenant l’action. Il faut trouver des compromis entre les différents régimes d’accords du non marchand sans créer d’inégalité au sein de l’équipe, participer aux négociations via plusieurs fédérations… Tout ce qui est découpé pour gérer institution-nellement, il faut le recoudre, le conjuguer pour travailler sur le terrain avec des situations concrètes, complexes. Des terrains où des personnes peuvent être à la fois des jeunes et des demandeurs d’emploi peu qualifiés, où l’on peut faire à la fois un travail de jeunesse et d’éducation permanente et de l’insertion socioprofessionnelle. Où l’on peut à la fois travailler les compétences et l’employabilité et la citoyenneté active, critique, responsable et solidaire.
Les sections des différents mouvements de jeunesse ont de plus en plus
de difficultés à organiser les grands camps d’été.
En cause ? les incertitudes sur le Centre de prêt de Naninne, appelé
encore aujourd’hui "SNJ".
Premier problème, le matériel disponible. Celui-ci se raréfie,
la dernière tente junior a été produite dans les années
’70. Malgré le budget débloqué cette année,
on est loin de retrouver un stock suffisant. Notre but est simple, du matériel
prêté nous permet de ne pas le louer, ce qui a un grand impact
sur le prix demandé aux parents (ce qui a été à
l’origine de la création de ce service par Marcel Hicter).
Deuxième problème, l’insuffisance de personnel. Il arrive
que le matériel ne sorte pas parce qu’il n’y a pas d’ouvrier
ou de technicien disponible.
Troisième problème, les réponses tardives aux demandes.
Partant d’une certaine bonne volonté, les demandes sont gérées
en même temps afin de satisfaire partiellement un plus grand nombre. Malheureusement
beaucoup de groupes apprennent peu de temps avant de partir qu’ils doivent
trouver du matériel autre part. Ce qui, pour des jeunes bénévoles,
en période de bloque ou d’examen est une tâche dont ils se
passeraient bien.
Un espoir, que le nouveau ministre Marc Tarabella s’investisse dans ce
dossier qui, en fait, dépend de trois ministres différents…
On n’est pas sorti de l’auberge !
Dans nos actions, nous veillons à l’hétérogénéité
des publics, c’est-à-dire à favoriser la constitution de
groupes aux provenances, parcours et investissement variés. Cela permet
à la fois la découverte d’autres réalités,
la possibilité de se décentrer par rapport à ses propres
pratiques et représentations, mais aussi de construire des savoirs dans
une diversité créatrice. Or, face à la segmentation des
politiques publiques, au renforcement de la spécialisation, faire se
rencontrer des participants aux horizons divers devient un défi permanent...
Que l’on agisse en centres de vacances, en maisons de jeunes, dans l’accueil
extrascolaire, en écoles de devoirs… ne participe-t-on pas d’un
même élan qui place l’émancipation des jeunes, le
travail collectif et la prise de responsabilités au cœur des préoccupations
?
N’y a-t-il pas plus d’enjeux et de réalités de terrain
qui rapprochent ces secteurs plutôt que de particularités qui les
séparent, voire les écartent ?
Au Service de Jeunesse CEMEA, nous travaillons sur la globalité et l’unicité
de l’éducation en mettant en place des espaces de formation dans
lesquels les articulations, les cohérences s’élaborent entre
les secteurs.
Aux jeunes cdH, nous considérons la politique pour les jeunes de manière
très large : organisations de jeunesse, emploi, logement, enseignement,
culture, mobilité, politique sociale…Une politique pour les jeunes
se trouve même dans des compétences plus inattendues, telles les
relations internationales de la communauté française avec la mise
en place par le CGRI de programmes d’échanges internationaux pour
les jeunes.
Dans toutes ces compétences, des actions sont entreprises ou à
entreprendre pour défendre le point de vue des jeunes. Ces compétences
se situent à différents niveaux de pouvoir, ce qui crée
quelques difficultés, comme par exemple l’absence de consultation
spécifique des jeunes par certains niveaux de pouvoir. Les jeunes doivent
pouvoir se faire mieux entendre à tous les niveaux. Aux jeunes cdH, nous
comptons d’ailleurs au moins un élu jeune dans chaque parlement.
Et nous sommes pour la recherche de synergies entre les différents niveaux
de pouvoir. Ainsi, avoir un ministre de la Formation commun RW/ CF est une bonne
chose. Idem pour la recherche. Nous estimons qu’il est souhaitable d’aller
plus loin encore dans la construction d’un espace francophone unifié
fort au sein d’une Belgique unie.
Au-delà des compétences à différents niveaux de
pouvoir pour les jeunes, il y a l’importante politique pour les organisations
de jeunesse, qui dépend de la Communauté française. Le
fait qu’elle dépende de la Communauté a sa logique. Elle
a aussi sa faiblesse : son manque de financement, dû au manque de financement
des matières personnalisables gérées par la Communauté.
Faut-il, au sein de la Communauté française, disposer d’un
ministre qui ait, outre la jeunesse, la compétence de la culture, ou
d’autres compétences ? Nous ne pensons pas que cela soit une nécessité,
car les synergies en matière de politique jeunesse sont à faire
avec bien d’autres thèmes que la culture. Au-delà de ça,
le fait de disposer d’un ministre dont la compétence phare à
la communauté est la jeunesse nous fait penser qu’il sera d’autant
plus attentif à la défense, au sein de son gouvernement, des besoins
du secteur. Et que le reste – les synergies – sera affaire du bon
fonctionnement du gouvernement.
Les Jeunes CDH
(extrait d’une Carte blanche du journal Le Soir du 27/11/2007)
(…) Restons francs, honnêtes et raisonnables : pour une meilleure
compréhension des citoyens, mais aussi pour une meilleure cohésion
et efficacité des politiques menées pour ces citoyens, il faut
rationaliser le paysage institutionnel francophone. Bien entendu, ce n’est
guère au moment où l’ensemble du corps francophone doit
faire face aux agressions flamandes qu’il faut annoncer vouloir se couper
un bras. Vouloir faire disparaître aujourd’hui une institution francophone
n’est pas un bon message ; mais à contrario, voir comment l’intégrer
dans un ensemble mieux à même de la défendre, c’est
véritablement la renforcer ! (…)
Françoise Bertieaux
Chef du groupe MR au parlement
Pour écolo j, les problèmes institutionnels ne sont finalement que des problèmes de tuyauterie. Ce qui nous importe plus que la structure plus ou moins alambiquée de l’Etat, c’est le projet politique qu’on y porte. Il y a quelque chose d’un peu pathétique, pour nous jeunes écologistes, à perdre autant de temps sur des questions institutionnelles. Le concept d’utilisation rationnelle de l’énergie, c’est aussi valable en politique ! On a, finalement, l’impression que ça sert de paravent et que ça cache surtout le manque d’ambition politique, le manque de projets d’avenir et le manque de réponse aux défis environnementaux, sociaux et économiques qui se posent à tou-te-s qu’on soit wallon-ne, bruxellois-e, flamand-e, germanophone ou plus simplement terrien-ne.
Au niveau d’écolo j, nous fonctionnons énormément en collaboration avec Jong Groen !. Nous avons d’ailleurs eu l’occasion de parler régionalisation, ensemble et sans tabou, au cours d’un week-end commun l’année passée. Notre conclusion était d’ailleurs très claire à ce sujet et nous la maintenons presqu’un an après : "(…) il apparaît que les questions communautaires actuelles se résument plus à des considérations idéologiques et économiques qu’à une réelle volonté d’émancipation culturelle et sociale. Les jeunes écologistes rappellent leur attachement à une société solidaire et responsable et à des pouvoirs publics régulateurs de la vie économique. Plutôt que le repli, nous choisissons une société qui se pense dans un contexte forcément transfrontalier et transcommunautaire, à un niveau européen."
Les générations futures, finalement, c’est déjà nous. Et les défis sont si nombreux à relever qu’on n’a plus vraiment le choix. C’est maintenant où jamais qu’il faut proposer des solutions novatrices pour faire face au futur qui s’annonce plutôt sombre si on ne parle pas davantage de solidarité, de bien-être et de qualité de vie pour tou-te-s ici, dans le reste du monde, aujourd’hui et demain que de problèmes de tuyauterie institutionnelle…
Matthieu Daele,
Co-coordinateur d’écolo j
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008