Entretien avec Laurence Adam, coordinatrice de l’ASBL "Article 27".
On ne travaille pas en lien direct avec le public mais bien avec les associations
sociales et culturelles qui le côtoient. On fonctionne comme ça
pour deux raisons.
La première, c’est qu’il y a 27 % de la population bruxelloise
qui vit sous le seuil de pauvreté, ce qui équivaut à 270.000
personnes. Ça représente beaucoup quand on sait que, l’année
dernière, avec le budget dont on disposait, on a pu rembourser autour
de 34.000 tickets1. On voit bien qu’il
y a un écart et que l’on ne peut pas toucher l’ensemble des
personnes qui vivent dans la pauvreté. Et donc, il a fallu faire des
choix. On a décidé de cibler les gens via des associations sociales
(CPAS 2, maison d’accueil…)
qui luttent contre la pauvreté et qui peuvent faire le relais de notre
travail. De cette façon, on a la certitude de toucher un public qui a
peu de revenus. Pour nous, c’était une bonne réponse tant
que l’on n’a pas les moyens financiers pour aller plus loin.
A côté de ça, on a des partenaires culturels comme les musées
fédéraux, les théâtres, les cinémas d’art
et essais, pas mal de lieux culturels de musique ainsi que des centres culturels.
La deuxième raison pour laquelle on travaille avec des associations,
c’est la compensation que l’on cherche quand on signe une convention
avec des partenaires culturels. On leur précise que nos actions ne sont
pas destinées aux VIPO3 ni
aux chômeurs. Et donc, s’ils pratiquent des tarifs différenciés
pour ces catégories de personnes, on leur demande de continuer à
le faire car "Article 27" ne va pas venir les remplacer.
L’enjeu d’"Article 27" est de pouvoir répondre
aux associations qui sont en demande de partenariat. On ne peut pas toujours
le faire même si celles-ci touchent un public qui vit dans la pauvreté.
Faute de moyens financiers supplémentaires, on ne peut pas les conventionner
puisque ça va nécessiter une compensation financière de
notre part.
Oui. La personne va payer 1,25 euro le ticket "Article 27" en échange
de quoi, elle recevra, de la part du partenaire culturel, un ticket standard.
Le partenaire culturel va ensuite envoyer une facture à "Article
27" avec l’ensemble des tickets qui ont été donné
par le public et recevra un montant de compensation qui aura été
défini préalablement. Ca veut dire que, par exemple, pour un ticket
"Article 27" donné pour une pièce de théâtre,
l’ASBL "Article 27" va compenser de cinq euros. S’il y
a 100 tickets, on va compenser de 500 euros.
On comprend bien qu’Article 27 est limité budgétairement
puisque chaque ticket utilisé nécessite une compensation. Et donc,
il y a des partenaires en attente. Les pouvoirs publics nous alimentent mais,
comme on fait aussi un travail de sensibilisation, il y a de plus en plus de
gens qui ont envie de s’associer à notre ASBL. Il faudrait une
beaucoup plus grosse augmentation!
Le fait d’avoir accès aux tickets, ça résout le
problème financier mais il y a aussi toute une série d’actions
que l’on doit mener pour que les gens puissent bénéficier
de l’offre culturelle. On va faire un programme qui reprend l’ensemble
de l’offre et essayer de mettre en place des rencontres entre partenaires
sociaux et partenaires culturels.
Il faut aussi qu’il y ait une réflexion critique à propos
de l’événement culturel que l’on voit, et on ne se
l’autorise pas toujours quand on n’a pas payé beaucoup. Toute
cette réflexion critique, on essaie de l’éveiller chez les
gens, de l’accompagner et de faire en sorte qu’ils se sentent en
mesure de prendre la parole. Nous les amenons à tirer profit des bienfaits
de toute cette offre culturelle. Pour accompagner à la participation
culturelle, on met en place des ateliers où les gens peuvent se réunir.
On voit que ça permet vraiment l’adhésion, le renforcement
du lien social.
En Wallonie, parmi les centres culturels, certains sont hébergeurs de
cellule, ça veut dire qu’ils mettent un local, un bureau à
disposition d’une personne engagée par "Article 27" et
dont la mission consiste à développer des partenariats sociaux
et culturels, et à faire en sorte que les gens se voient, se rencontrent
et puissent utiliser les tickets.
Oui c’est ça. On a développé "le coffre des
explorateurs de culture". On met cet outil pédagogique à
disposition de nos associations partenaires. Il nous reste deux coffres sur
la Région bruxelloise et il y en a un par cellule en Wallonie. On ne
pourrait pas étendre son utilisation puisque le nombre de coffres est
limité.
On fait des formations à l’animation. Les travailleurs sociaux,
au sein des associations sociales, ont d’abord une explication sur le
coffre. Ensuite, une animatrice d’ "Article 27" va donner l’animation
aux enfants en compagnie des travailleurs sociaux qui souhaitent, par après,
l’utiliser avec les enfants en toute autonomie.
Bien sûr. Si on leur pose la question "c’est quoi la culture?",
peut-être qu’ils ne pourront rien dire. Mais à force de poser
toutes sortes de questions, les enfants vont commencer à réfléchir
et à comprendre que la culture fait partie de leur quotidien.
La culture en tant que telle a perdu sa place dans le régime horaire
des cours à l’école. Mais, certains projets pédagogiques
d’école peuvent compenser ce manque.
C’est ce qui fait "lien" et c’est ce qui différencie. C’est ce qui permet de progresser. C’est ce qui permet d’être différent tout en étant dans un ensemble.
Propos récoltés par V.D.
1 Tickets
d’entrée pour des événements culturels
2 Centre Public d’Aide Sociale
3 Veuf-Invalide-Pensionné-Orphelin
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008