Eu'ritmix devient le Brussels Summer Festival

Les festivals "gratuits" foisonnent. Sponsors et pouvoirs locaux financent l'opération. Y a-t-il une place pour l'accès des jeunes à la culture? Entretien avec un des coordinateurs d'Eu'ritmix, Micha Kapetanovic.


Quelles sont les origines du festival?

Cela remonte à l’ancienne majorité libérale de la fin des années nonante. Marion Lemesre, à l’ époque échevine du Tourisme, souhaitait que soit organisé un festival de fin d'été à Bruxelles. L'idée a été adoptée par la majorité Olivier (née en 2000) et confirmée par l'alliance PS-CDH d'aujourd'hui.
Au début, l'initiative était privée et avait pour objectif la rentabilité. Les organisateurs d'Eu'ritmix ont ensuite été repris dans le Bureau des Grands Evénements (NDLR structure de coordination touristico-événementielle rattachée à la Ville de Bruxelles). Pour autant l'exigence d'équilibre financier demeure. Le premier festival Eu'ritmix s'est tenu en 2002 et ne durait que "trois" jours contre 15 maintenant avec environ 250 groupes. En parallèle, nous cherchons à développer un festival plus que musical avec une ouverture au théâtre, aux spectacles de rue, aux animations pour enfants, avec des projections cinéma en intérieur et en extérieur. Ces transformations font que le nom, lié à l'Europe et à la musique change aussi: ce sera le Brussels Summer Festival. Nous avons des partenariats avec le Musée des Instruments de Musique, les Bozar. C'est un gros investissement financier.


Précisément… les dernières éditions étaient gratuites. Comment faites-vous pour maintenir l’équilibre financier?

Cette année nous avons un "village européen des saveurs" sur la place d'Espagne, mais les rentrées des chalets (qui abritent la petite restauration) ne suffisent évidemment pas pour équilibrer la balance. Nous allons sans doute rendre quelques concerts payants, une petite dizaine. Mais nous devrions aussi créer un système de pass qui donnerait accès à la scène payant, à un spectacle de théâtre et à une expo. Nous nous sommes également lancés dans une politique de partenariats avec une série de bars bruxellois: ils prennent un concert en charge dans leur établissement et nous leur amenons le public. Il s'agit de montrer aux pouvoirs subsidiants, la Ville, la Région, la Communauté française que c'est possible.


Vous avez des sponsors aussi…

Effectivement. Au premier rang desquels apparaissent les pouvoirs publics. Et nous ne sommes pas pour autant un festival à gros budget. Nous avons 750.000 € pour tout faire et moins de 200.000 € pour la programmation musicale alors que les artistes sont au pied du mur. Par rapport à un festival comme Couleur Café, qui lui est payant, 35 € le ticket d'un jour, ce n'est rien du tout.


Est-ce que la Ville ou la Région ont fixé des conditions particulières liées au festival?

Nous devons mettre le patrimoine de la Ville en avant. A part cela, nous n'avons pas d'obligation particulière. Notre but est d'offrir la culture au plus grand nombre.


Avez-vous pris des initiatives favorisant l'accès des jeunes à la culture?

Le public d'Eu'ritmix est excessivement varié, il y a vraiment de tout. Des touristes, nombreux à ce moment, des bruxellois qui ne partent pas en vacances, des amateurs de jazz ou de musique classique. Du coup nous varions les scènes et tentons de leur donner une identité. La scène "jeune", plus pop-rock, rap et électro se trouve à la Monnaie. Nous innovons cette année avec une scène freestage, au Mont des Arts: nous n'offrons pas de cachet aux jeunes groupes qui s'y produisent mais ils peuvent bénéficier d'un vrai matériel et jouer devant un large public.


A Bruxelles, il y a le Klinkende Munt, Boterhammen in het park, le Brussels Jazz Marathon, les Fêtes de la Musique, et encore d'autres petits festivals. Avec Eu'ritmix / BSF, ça fait beaucoup non?

C'est sûr. Mais nous essayons d'entrer en partenariat avec certains d'entre eux. Le Klinkende Munt dépend de la Communauté flamande et nos discussions n'ont rien donné pour l'instant. Les Fêtes de la Musique dépassent le cadre bruxellois et dépendent entièrement de la Communauté française. Il devrait y avoir moyen de collaborer avec le Brussels Jazz Marathon (d'initiative privée), mais il reste à pouvoir partager une vision commune de ce que doit être un festival dans la ville. Nous avons déjà associé divers festivals à Eu'ritmix mais ils étaient de taille plus modeste. Ce n'est pas facile d'obtenir de la part des organisateurs d'un festival qu'ils changent de date et se lancent avec nous dans une collaboration active. Et le Brussel Summer Festival travaille à son identité.

Propos recueillis par J.U.

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008