Pour une culture partagée

Le CJEF a initié au printemps un Groupe de Travail "Accès des jeunes à la culture". Le thème est vaste et encore inexploré. Entretien avec David Cordonnier, coordinateur du Groupe de Travail (GT).


Quelle est l’origine de ce GT?

C’est tout simple. L’accès à la culture tenait bonne place dans le programme du président du CJEF. D’autres priorités étant réalisées, il était temps de s’attacher à l’accès à la culture. Une note, d’intention je précise, a été approuvée par l’AG du CJEF et un groupe de travail, dont j’assure la coordination, est chargé de baliser le terrain et d’émettre des propositions concrètes.


Baliser le terrain?

Oui, il faut avancer prudemment et intelligemment. Il y a d’abord une question globale: est-ce que la culture est accessible aux jeunes? Cette interrogation en sous-tend deux autres: que veut-on dire par culture (c’est à peu près indéfinissable) et que veut-on dire par accès? Pour l’accès, le plus facile est sans doute d’analyser d’abord l’accès formel, pratique, matériel à la culture. Ce n’est pas compliqué: un concert coûte de 5 à 100 euros, la mobilité vers les lieux de culture et surtout après les événements culturels n’est pas aisée. Et cette difficulté est encore accentuée par un bruxello-centrisme persistant. Le carolo qui veut voir un spectacle à Bruxelles devra payer deux voyages Go Pass en plus du spectacle ou ne pourra pas s’y rendre faute de train pour le retour. Mais si ce n’est pour l’organisation du GT, on ne peut pas séparer l’accès formel de ce que j’appellerais l’accès intellectuel (sans être péjoratif sur le terme). Etre préparé à la culture, à un spectacle. Savoir à quoi on assiste et pouvoir en débattre après. C’est un enjeu majeur et il faudra notamment aborder les services pédagogiques des institutions muséales ou théâtrales. Quant au troisième aspect de l’accès culturel, c’est évidemment l’accès aux études et aux métiers de la culture, que nous n'avons pas encore abordé.


De manière sous-jacente à l’accès des jeunes à la culture, diffusion et information culturelles seront-elles aussi étudiées?

Oui. Dans l’immédiat, nous tentons de savoir ce qui est accessible ou non. Dans notre secteur, celui des OJ, nous ne savons pas qui fait quoi en termes d’offre culturelle. Le CJEF souhaite d’ailleurs qu’un travail de terrain avec les membres soit initié dans un premier temps. Plus largement, il y a aussi de quoi s’interroger sur les moyens consacrés aux ambitions officielles de la CF. Les Etats Généraux de la Culture ont suscité des débats passionnants. Mais personne ne s’est retrouvé dans les priorités ministérielles qui ont suivi. En termes de diffusion culturelle, un parfait exemple est le portail "culture.be". Primo, il faut savoir que ça existe: ce n’est pas le cas pour l’immense majorité des utilisateurs potentiels. Secundo, ce portail est tellement mal conçu qu’il faut un doctorat pour pouvoir s’y retrouver. Tertio, la fréquentation du site n’atteint certainement pas le grand standard culturel (rires) qu’est Télépro. Dans ce cadre, il ne faut pas espérer voir les jeunes se connecter à "culture.be" et devenir, je n’aime pas du tout ce terme, des "consommateurs" de culture. Pourtant, il est plus que temps que la culture ne soit plus un produit de luxe, mais un bien partagé de tous.

Propos récoltés par J.U.

 

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008