Parlons culture avec la ministre!

Au fil du dossier, nous constaterons que l’accès à la culture ne s’adresse pas à tout un chacun, de manière unanime et inconditionnelle. Il est important de le reconnaître et de le souligner! Mais, plus qu’avant, des efforts sont déployés en termes d’accès! Entretien avec Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel et de la Jeunesse.


L’accès unanime à la culture est-il conciliable avec le monde marchand dans lequel nous vivons et qui veut que la culture soit un bien monnayable?

Un des enjeux prioritaires des politiques culturelles publiques est bien, pour moi, de favoriser non seulement l’accès de tous à la culture mais aussi d’assurer la participation de tous à une culture émancipatrice des individus. La note "Priorités Culture", adoptée par le gouvernement de la Communauté française en conclusion des États Généraux de la Culture que j’ai organisés, est claire à cet égard. Nous vivons dans une économie de marché où la culture, l’information, la formation sont de plus en plus convoitées comme sources de revenus. Dans ce contexte, les missions de régulation, de subventionnement, d’impulsion des autorités publiques n’en sont que plus importantes. Réaffirmer ces principes me paraissait aussi utile que mener sur la scène internationale un combat pour obtenir un outil de protection juridique de la diversité culturelle. Sans cette garantie, la culture est régulièrement menacée d’être soumise aux règles générales du commerce. Imaginons un instant ce que serait la culture sans intervention publique! Balayés tous les concepts fondateurs de notre action: la démocratie culturelle, la démocratisation de la culture…


L’ASBL "Article 27"1 favorise l’accès à la culture aux personnes vivant avec le revenu d’intégration sociale, mais que fait-on pour les étudiants, les chômeurs et les travailleurs dont la situation financière reste précaire?

Favoriser l’accès à la culture, les pratiques culturelles, la participation à la culture ne se limite pas à l’Article 27. Les acteurs culturels sont attentifs, en général, à proposer des prix dégressifs pour les étudiants, les demandeurs d’emploi, les personnes âgées… J’ai personnellement œuvré avec mon collègue Rudy Demotte à l’émission de "chèques culture", avec mon collègue Christian Dupont à l’octroi aux CPAS de budgets destinés à l’intégration par la culture. J’ai financé sur mes budgets deux mesures d’accès gratuit aux musées conventionnés, l’une pour tous publics le premier dimanche de chaque mois, la seconde toute l’année pour les groupes scolaires et les groupes associatifs de jeunes. Ces quelques exemples illustrent ma volonté concrète de garantir à tous l’accès à la culture.


Même si des choses sont entreprises, certains facteurs comme le prix excessif des transports en commun sont un frein à la mobilité des étudiants qui veulent profiter de la culture. Les horaires présentent, eux aussi, des inconvénients. Les trains sont rarissimes après 23h et inexistants après minuit.

Vous avez raison de dire que la mobilité est un facteur essentiel de participation des jeunes à la culture. Les transports ne font malheureusement pas partie de ma compétence. Néanmoins, je sais que des initiatives heureuses ont été prises par ma collègue, Marie Arena, par la STIB (qui a décidé d’initier un réseau de nuit) et par la SNCB (avec des tickets avantageux pour de nombreux événements culturels couplant prix du billet de train et du ticket d’entrée). De plus, la plate-forme de concertation que j’ai mise en place avec la Région wallonne va me permettre de poser ce type de questions et de rechercher des solutions nouvelles.


On sait que le budget de la culture en Communauté française c’est d’abord la RTBF qui le prend, ensuite ce sont les grandes institutions comme l’Opéra de Liège, le Théâtre national… L’argent est-il d’abord alloué pour entretenir un certain prestige culturel national?

Il est exact que tout État souhaite disposer d’équipements tels qu’un opéra, une radio-télévision de service public, un théâtre emblématique… Les artistes et le public le revendiquent d’ailleurs, car ce sont autant de pourvoyeurs d’emplois artistiques, techniques, administratifs et autant de vitrines pour tous nos talents. Ils ont bien sûr un coût pour la collectivité. Mais ne menons pas une "guerre de pauvres" entre secteurs culturels. Ces institutions jugent, en effet, être moins bien dotées que leurs homologues des pays voisins. Et au-delà de ces institutions-phares, j’ai de toute façon aussi renforcé les moyens mis à dispositions du cinéma, de la danse, des petites compagnies théâtrales, de l’éducation permanente, de la jeunesse, etc. Les crédits "Jeunesse" sont ainsi passés de 18.158.565 € en 2004 à 27.215.255 € en 2007, soit une hausse de 9.058.690 €, soit près de 50% d’augmentation en 3 ans. Sur la même période, le budget "Cinéma" a crû d’environ 21% et l’ensemble de mes budgets "Culture" d’environ 13%, alors que la hausse du budget global de la Communauté tournait autour de 8%. Miser sur la jeunesse et sur la culture constitue, pour moi, un excellent investissement, garant de l’avenir de notre société, plutôt qu’un certain "prestige national".


Dans les Etats Généraux de la Culture, vous déclarez: "L’enseignement doit s’ouvrir davantage aux dimensions artistiques pour que la démocratisation de la culture ne souffre d’aucun retard". Mais, le nombre d’écoles organisant un enseignement fondamental ordinaire ou spécialisé dépasse de loin le nombre d’écoles qui peuvent bénéficier d’une collaboration culturelle comme prévu dans le décret "culture-école".

Le décret "culture-école" et le budget qui y est lié ne résument pas, à eux seuls, l’action menée dans ce domaine. Il ne faut pas oublier "Théâtre à l’école", "Chanson à l’école", "Écrivains à l’école", les Jeunesses Musicales, le "prix Verseele", les "Prix des Lycéens", le concours d’écriture "l’Atelier du livre", "Films à l’affiche" que j’ai lancé en mai, la gratuité des musées que j’ai initiée en 2006, le travail constant mené par les bibliothèques, les centres culturels, etc. Ces quelques exemples montrent le souci des acteurs culturels, des services administratifs et de la ministre que je suis de susciter la curiosité des étudiants pour la culture, dès le plus jeune âge. Nous ne donnons peut-être pas une visibilité suffisante de toutes ces actions au grand public. Mais les enseignants, eux, en sont parfaitement informés via les sites "culture.be" ou "enseignement.be", par la brochure "Chemins de Traverses" et par les circulaires ministérielles.


La pérennisation des projets artistiques au sein des écoles qui bénéficient de cette collaboration est-elle prévue?

Tous les programmes et initiatives cités ci-dessus sont récurrents. Par ailleurs, les écoles peuvent bénéficier de la prise en charge de projets ponctuels conçus avec des opérateurs culturels.

Propos récoltés par V.D.

1 Vous trouverez une interview consacrée à "Article 27" en suivant ce lien

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008