L'Aide à la Jeunesse a elle aussi participé à la Semaine Passions Jeunes. Service bruxellois d'Aide en Milieu Ouvert, Samarcande combat le discours sécuritaire au quotidien.
Avec jeunes et moins jeunes. Double entretien avec sa directrice, Madeleine Guyot, et l'animatrice "radio", Pauline Bombaert.
Madeleine Guyot: L’initiative de la semaine vient de la Plate-forme Globale Jeunesse. Et depuis que je travaille à Samarcande (4 ans), la collaboration entre Aide à la Jeunesse et Politique de Jeunesse est dans l’air du temps. C’est à se demander pourquoi il n’y a pas eu de collaboration plus tôt. Sur le terrain, nous rencontrons fondamentalement le même public, même si la politique de jeunesse va jusqu’aux 30 ans et nous jusqu’aux 18-20 ans. Travailler ensemble pour cette semaine paraissait donc naturel. Surtout face au discours sécuritaire ambiant où jeune = arme blanche = délinquance.
Il était temps de faire cause commune et de montrer ce que les jeunes font réellement.
M.G. : Cela vient d’un malaise des jeunes. Ils ressentent très fort l’amalgame médiatique. Du coup, ils se sentent dévisagés dans le quartier ou même ailleurs. Par la force des choses, la discussion sur le sécuritaire vient donc des jeunes eux-mêmes.
Pauline Bombaert : pour prendre un exemple très simple, nous avons organisé il y a peu un débat radiophonique sur la circulaire PLP 41 (NDLR créant entre autres des points de contact police-école). L’idée ne venait pas de l’équipe d’animation mais des jeunes eux-mêmes qui en discutaient beaucoup de manière informelle. Vivre avec des policiers à la sortie de l’école, ça touche. Il se sentent visés. Et récemment, les jeunes du quartier ont appris qu’on allait installer des caméras de surveillance sur la place de Theux (NDLR dans la Commune d’Etterbeek), où ils passent souvent leur temps. Eux ne ressentaient pas du tout l’insécurité et ont donc tout de suite compris qu’ils étaient en réalité les accusés. Et certains finissent par croire eux-mêmes qu’ils sont irrécupérables, se voyant comme des petits loubards.
P.B. : Très bien. L’organisation de la journée tournait autour d’un débat radio animé par les jeunes de Samarcande sur le thème de Passions Jeunes. C’est très important parce qu’on n'est pas forcément conscient du travail effectué en amont. Des jeunes ne savent pas toujours ce qu’est Samarcande et pourquoi. Ils vont aux activités de plongée, trouvent ça bien et c’est fini. L’émission leur a donné du recul et les a poussés à se questionner.
M.G. : Et les sujets radio émanent des jeunes, ils doivent être leur propre ressource, amener des amis comme témoins ou bien raconter leur histoire. Cela leur permet un retour sur eux-mêmes. C’était la même chose quand nous avons réalisé les extraits sonores1. Cela colle tout à fait avec l’idée de valoriser leurs compétences. Ne pas participer à Passions Jeunes aurait relevé du non-sens.
M.G. : Nous ne nous sommes pas orientés vers la presse. Nous avons recherché à avoir la visite des habitants du quartier, des parents, de personnes âgées rencontrées lors d’activités. Bref l’entourage de vie autour de Samarcande.
P.B. : Et ce n’est pas toujours facile. Un "petit vieux" avait une vision très négative de Samarcande et des "ses" jeunes. Mais il est finalement venu et a laissé un message dans le livre d'or très positif (même s'il s'est énervé à un moment).
M.G. : Ce que je vais dire va faire un peu "bateau", mais cela montre donc qu'il y a de l'espoir, qu'il y a moyen de changer les mentalités. La venue des parents, avec l'accord des jeunes, était importante aussi. C'est très valorisant pour des jeunes qui connaissent des échecs, des difficultés à l'école.
MG : Que cela continue de manière naturelle, que ce soit plus qu'un one shot . Je pense que lorsque Aide à la Jeunesse et Politique de Jeunesse se mettent ensemble, le politique suit.
P.B. : Les jeunes ont écouté un moment, l'un d'entre eux n'arrêtait pas de prendre des notes, mais c'est vite devenu trop. Ils s'étaient mis en tête qu'ils ne venaient pas pour rien et que médias et politiques parlaient beaucoup. Il se demandaient: "Et nous ? Et nous?"
M.G. : Ils ont été confrontés à un monde d'adultes avec un débat particulièrement complexe. Ils saisissent peu les nuances des discours. Cela étant, le concret était fort peu présent.
P.B. : Un seul orateur s'est montré disponible pour la suite. Mais après? Que va-t-il se passer?
M.G. : C'est souvent plus facile avec des jeunes d'avoir un débat dans l'intimité d'un studio. Et les invités se lâchent plus facilement aussi.
P.B. : Cela étant, ils n'ont pas fait des orateurs un monde intouchable. Ils ont pris la parole durant la table-ronde, et ils y tenaient vraiment. Après c'est aussi aux gens de terrain à faire le reste.
Propos récoltés par J.U.
1 Diffusés dans le cadre de la conférence de presse de lancement de Passions Jeunes et disponibles sur www.passionsjeunes.be.
2 www.coup2pouce.be
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008