La violence est partout mais n’appartient à personne!

Petite visite à l’Université de Paix (UP), spécialiste des stratégies alternatives à la violence pour gérer les conflits.
Entretien avec Christine Cuvelier, chargée des relations publiques à l’UP, et Christelle Lacour, formatrice en gestion de conflits à l’UP.


Parfois, à en croire les médias, la violence chez les jeunes est plus importante et plus scandaleuse qu’ailleurs. Faut-il aller jusqu’à distinguer la violence chez les jeunes et la violence chez les adultes par exemple?

Christelle Lacour : Pas pour moi. La violence est partout, dans toutes les couches sociales, elle apparaît à tous les âges, dans les écoles maternelles mais aussi dans les maisons de repos. Elle est peut-être plus visible quand elle est exprimée par des groupes de jeunes, à travers des actes comme le vandalisme par exemple, et donc, elle apparaît comme plus importante. La violence à l’âge adulte est peut-être plus présente dans le ménage et donc souvent moins connue , là où ça se sait moins.

L’adolescent est à un âge où il tente de se positionner très fort par rapport aux valeurs transmises par ses parents et par la société. Il se positionne pour ou contre, avec plus ou moins d’affirmation ou plus ou moins de violence en fonction de ce qu’il est capable de faire et de ce qu’il trouve comme stratégie à ce moment - là. Ceci peut mener à des conduites risquées qui sont plus visibles.

Christine Cuvelier : Dans le programme de formations de l’UP, nous travaillons du plus petit au plus grand au niveau scolaire. Nous travaillons aussi avec l’ensemble de l’équipe éducative, que ce soit les enseignants, la direction, les éducateurs. Nous informons également les parents. Tout le travail réalisé dans le cadre de l’école peut avoir des répercussions positives à la maison par exemple.


La violence est parfois l’ultime recours pour être entendu?

C.L. : L’ultime ou le seul connu. La violence est l’expression dramatique d’un besoin non satisfait. La personne pense qu’il n’y a que la violence qui lui permettra d’obtenir la satisfaction de son besoin. Le souci est que, de cette manière, non seulement elle n’obtient pas la satisfaction de son
besoin mais, en plus, elle fait du tort aux autres.


Vous apprenez aux jeunes et aux adultes à gérer leurs conflits par une approche positive, c’est-à-dire?

C.L. : A l’UP, nous croyons que le conflit n’est pas négatif en soi. Le conflit est une opposition de valeurs, de buts et d’intérêts. Et c’est la manière de le résoudre qui va permettre de grandir ou être destructrice pour la relation. Nous proposons une méthode qui transforme le conflit en quelque chose de constructif, d’utile et d’enrichissant pour la relation.

Les jeux coopératifs et les exercices sur l’écoute sont des outils de prévention en gestion positive des conflits par exemple.

Quand une émotion n’a pas pu trouver un accueil ou une réponse, nous la transformons en colère ; c’est un phénomène courant. Si nous avons peur et que personne ne nous donne de la sécurité, nous pouvons nous mettre en colère. Nous apprenons aux participants à être à l’écoute de leurs
émotions et de celles de l’autre, des besoins, des mots utilisés, mais aussi à être à l’écoute du langage non-verbal.


Estimez-vous que les interventions de l’UP sont plus nécessaires dans certaines écoles que dans d’autres?

C.L. : Dans l’urgence, parfois oui: quand il y a des situations de violence et quand les équipes éducatives sont vraiment démunies. C’est utile également d’intervenir de manière préventive dans toutes les écoles. Il n’y a pas une école dont on peut se dire qu’elle ne sera jamais touchée par le phénomène de violence.

C.C. : Il y a la violence explicite et la violence sournoise dont on parle moins souvent. Cette dernière étant moins visible, nous aurons tendance, dans cette situation, à travailler la prévention alors qu’il faudrait peut-être déjà travailler la gestion des conflits.


Vous intervenez hors du cadre scolaire?

C.C. : Oui. La grosse majorité des demandes viennent du milieu scolaire mais nous travaillons aussi avec d’autres associations ou d’autres acteurs ayant en charge l’éducation et/ou la socialisation des jeunes: les éducateurs, les travailleurs sociaux, les animateurs de camps, des jeunes qui partent dans le cadre de chantiers internationaux… Nous intervenons également dans les programmes de formation continuée pour enseignants, à la demande d’autres institutions comme l’Aide à la Jeunesse, les OJ…
Nous ne proposons pas de programme de formations "clé sur porte".
Celui-ci répond à une demande, à un besoin précis.


Et la proposition du ministre de l’Intérieur qui veut marier l’école à la police, qu’en pensez-vous?

C.C. : Cette réponse n’engage que moi. Les méthodes de travail proposées par l’UP ne vont pas dans ce sens-là justement. Notre objectif est de rendre les jeunes suffisamment autonomes en leur donnant suffisamment d’outils pour qu’il n’y ait pas l’intervention de politique sécuritaire.

C.L. : Au-delà de rendre les jeunes autonomes et acteurs, l’idée est de les rendre responsables. Nous n’avons pas l’illusion que les conflits n’existeront plus et que la violence ne s’exprimera plus.

Lors de nos formations, nous établissons un cadre, nous créons des règles claires, positives, concrètes, réalisables. Nous prévoyons également des sanctions réparatrices, ceci pour responsabiliser la personne concernée.

Au-delà de faire intervenir la police, il faudrait redonner des outils aux enseignants qui rencontrent des difficultés à mettre un cadre clair et à le maintenir en sanctionnant plutôt qu’en punissant.

Dans les situations d’urgence - si les professeurs sont totalement démunis face à des situations de violence, si l’intégrité physique est menacée -, je comprends que l’on fasse appel à des intervenants extérieurs, la police par exemple. Elle peut intervenir dans un premier temps et une association comme l’UP dans un deuxième temps, pourquoi pas. Mais c’est important que ce soit ponctuel! Si cela devient une forme de démission systématique, ça me gêne.

C.C.: L’intervention extérieure est importante pour tenter de renouer le dialogue car il y a parfois tellement de maladresse, de blessures de part et d’autre.


Mais parfois, les blessures remontent tellement loin hors du cadre de l’école! L’UP n’est-elle pas elle-même un peu démunie à certains moments?

C.L. : Nous ne maîtrisons pas tout! Les adultes et les jeunes qui suivent nos formations ne deviennent pas des formidables gestionnaires de conflits en deux temps trois mouvements. Nous-mêmes avons encore beaucoup à apprendre. Les résultats sont visibles, les choses bougent.

Je me donne plus de chances en utilisant une approche "constructive" du conflit avec le jeune. Et en même temps, s’il ne fait pas un pas de son côté, il se peut que cela ne fonctionne pas. J’ai du pouvoir sur moi et sur ma position dans la relation, pas sur l’autre en tant que tel.

Propos récoltés par V.D.

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008