La campagne qui a eu lieu du 25 au 31 mars fut, en effet, assez unique puisqu’elle a été menée aussi bien par les Organisations de jeunesse que l’Aide à la jeunesse et les Maisons de jeunes. Les différentes composantes ont uni leurs forces, ce qui est assez neuf au niveau de la politique globale de la jeunesse.
Les acteurs concernés ont décidé de se réunir au mois de juillet 2006, suite à certains faits divers tragiques qui ont mis les jeunes à la une des médias mais pas dans le sens où les acteurs de terrain les connaissent, c’est-à-dire à travers un travail quotidien et un ensemble d’activités qui mettent aussi en avant le meilleur des jeunes.
Le gouvernement fédéral a également emboîté le pas en défendant toute une série de mesures sécuritaires à l’encontre des jeunes, sans prendre forcément en considération l’expertise des professionnels qui les côtoient.
Pour apporter à la jeunesse un éclairage différent, la campagne de sensibilisation visait à mettre en exergue toutes les énergies déployées au sein des associations oeuvrant pour la jeunesse qui, pour l’occasion, ont ouvert leurs portes avec vue sur leurs activités. Nous nous sommes rendus dans quelques unes d’entres elles pour alimenter notre dossier.
Une Table ronde réunissant secteurs "jeunesse", partis politiques et médias, suivie d’une conférence-débat étaient également au programme. Il était question de faire le point, sereinement, sur une série de préoccupations autour de la jeunesse, des politiques sécuritaires, des médias et de leur fonctionnement…
Suite au drame de Joe Van Holsbeek, autant les mesures prises au niveau fédéral peuvent se targuer d’avoir provoqué de sacrés remous dans tout le secteur jeunesse, autant la Communauté française a été aussi muette qu’une morte. Bernard De Vos, directeur de SOS-Jeunes, s’en est indigné lors de la conférence de presse du 23 mars dernier, mise sur pied pour lancer la campagne Passions Jeunes:
"On sait que depuis les accords de fédéralisation, les matières personnalisables, dont la Jeunesse et l’Aide à la jeunesse, sont du ressort exclusif des Communautés. Quand on constate ce qu’il se passe sur le terrain, on peut se permettre de douter que c’est encore une réalité. Inutile de rappeler aussi qu’à chaque fois que l’état fédéral reprend du terrain sur ces matières, c’est souvent avec des options sécuritaires, voire répressives. Le mélange des genres sur le terrain est très difficile à vivre par les jeunes et par les professionnels. (…) Ce n’est pas parce que les communautés sont désargentées qu’elles doivent abandonner leurs responsabilités sur ces questions.
Dernièrement, j’ai participé à un colloque sur le décrochage scolaire ouvert par madame Arena et clôturé par monsieur Piqué, ce qui implique que c’était un colloque d’une certaine tenue. Il y avait 250 participants. Dans la salle, il n’y avait pas un seul enseignant, pas un seul éducateur en milieu scolaire, pas un seul directeur d’école. Ce qui indique, à suffisance, que les questions qui concernent les jeunes sur le décrochage scolaire sortent progressivement de la sphère scolaire pour entrer dans la sphère scolaire de contrôle, des répressions. Si on s’intéresse aujourd’hui au décrochage scolaire ce n’est pas parce que des jeunes sont mal à l’aise à l’école ou ne trouvent plus le sens de l’école mais parce qu’ils sont sur la rue et que ça empêche le bon fonctionnement de la société".
Antoinette Corongiu, directrice de la Fédération des Maisons de Jeunes, était également l’une des intervenantes de cette conférence de presse:
"Dans notre discours, il ne faudrait surtout pas entendre que l’on conteste la nécessité de mettre en place des dispositifs qui renforcent le rappel des règles et des lois qui régissent notre société, elles sont légitimes. Il en faut, pour qu’à un moment donné, on puisse tous vivre ensemble. Ce que l’on réclame surtout c’est une séparation claire entre les enjeux de respect d’ordre public et les enjeux de l’action sociale et de l’action culturelle. Ce n’est pas pareil, or, aujourd’hui, il y a vraiment un amalgame des dispositifs qui sont mis en place. On souhaite attirer l’attention de tous les niveaux pouvoirs".
Durant cette conférence, les intervenants préconisaient clairement une alliance éducative au sein de la Communauté française pour essayer de faire contre-poids par rapport aux logiques sécuritaires qui se propagent. La mise sur pied d’une plate-forme initiale qui rassemble le secteur Jeunesse et l’Aide à la jeunesse devraient, à terme, s’élargir vers les acteurs du monde culturel, vers l’éducation permanente et, pourquoi pas, vers l’enseignement…
"Il est aujourd’hui consternant de voir que les activités socio-culturelles proposées dans les Maisons de jeunes et les Centres de jeunes sont complètement détournées et prises comme un moyen pour lutter contre la délinquance ou pour éviter un comportement déviant. C’est bien ça le danger d’une politique qui mise tout sur le sécuritaire et qui ne voit plus, dans une politique culturelle, des moyens d’épanouissement, de développement et d’action citoyenne des jeunes". (Antoinette Corongiu)
V.D.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008