Et maintenant?

Au-delà des résultats dans chaque panel, la COJ s'est employée à les mettre en lien. Au-delà de la réalisation d'un état des lieux fouillé, il s'agit à présent de transformer l'essai. Au-delà d'un rapport final, il faut entamer la négociation sur un nouveau
décret OJ. Le Président et la Secrétaire générale de la COJ demandent aux politiques de ne pas traîner.


La distinction mouvements - services a fréquemment été évoquée durant les panels. Mais à l'inverse certaines discussions ont abouti à la volonté de plutôt unir le secteur, comme ce fut le cas dans le panel 1. Qu'en est-il finalement?

Yamina Ghoul: c'est sûr que nous avons ressenti cette distinction. Dans le panel 4, il y avait la présence de 2 grands mouvements "foulards" et pas des moindres et parfois perçus comme un idéal-type d'organisation de jeunesse.

Geoffroy Carly: il y a une croyance, qu'on sent parfois présente derrière une argumentation, que pour devenir de bons citoyens, les jeunes devraient passer un moment de leur vie en mouvement de jeunesse. C'est réducteur et unilatéral. C'est sûr que les mouvements jouent un grand rôle dans le développement de la citoyenneté, que leurs apprentissages sont super intéressants. Mais ce n'est pas la panacée. Mais qu'on me comprenne bien. Moi, je dis qu'il faut les soutenir et leur garantir une sécurité d'existence.

La force des mouvements, c’est de posséder une identité très forte que n'ont pas forcément les autres opérateurs: il y a les foulards, les pratiques hebdomadaires, les camps d'été, la participation régulière à des actions humanitaires…


A part cette distinction mouvements – services, comment était le climat global des panels?

Yamina Ghoul: moi, j'ai l'impression que l'ambiance était tout à fait différente qu'à l'habitude, je dirais. Nous avons travaillé sereinement et dans la confiance . Et je me demande si ce n'est pas dû à la présence de personnes que je ne voyais que rarement, peu coutumières de la négociation. Mais ce n'était pas non plus une négociation. Bref, on ressentait nettement moins les tensions. On était bien là pour apporter une expérience – pour se découvrir – se connaître. En tout cas dans mon panel.

Geoffroy Carly: j'insisterais plus sur le climat de travail qui prévalait: on a réellement bossé et opéré une remise en question. Pour le "climat", il me semble que c'est une question de thermomètre: quand il indique 20°, certains pensent qu'il fait chaud, d'autres froid. Et cette sensation, positive ou négative, ne pouvait venir que de la capacité des membres à sortir ou non de leur réalité pour prendre celles des autres en compte. Et ce n'était pas facile. La crainte que le secteur jeunesse soit un peu le dindon de la farce n'a pas systématiquement été dépassée.


Comment la COJ et ses membres ont-ils géré les panels?

Yamina Ghoul: pour chaque panel, nous avions désigné en interne une personne relais pour faire écho de ce qui s'y racontait et pour tirer la sonnette d'alarme si nécessaire, sans pour autant qu'il y ait un processus de mandats très avancé: le but était aussi que chacun soit en confiance pour s'exprimer selon son expérience . Mais systématiquement, je recevais la synthèse du panel (alors que je ne siégeais que dans un seul d'entre eux) afin d'améliorer la vision globale, la coordination.

Geoffroy Carly: surtout, cela a permis de déceler les incohérences entre les panels. Par exemple, le panel 4 (financement) travaillait sur l'existant, les mouvements et les services, pour développer un système de subventionnement. De son côté, le panel 1 (finalités) cherchait à créer une toute nouvelle logique en imaginant sept axes d'action. Mais une question s'est alors posée d'emblée: allons-nous jusqu'au bout pour faire coller les panels entre eux? Ou, au contraire, une coordination de l'ensemble ne risque-t-elle pas de constituer une sorte de négociation déguisée?

Yamina Ghoul: oui, mais c'était presque un dysfonctionnement dans le processus s'il n'y avait pas de croisement.

Geoffroy Carly: dysfonctionnement ou plutôt limite du système. Les transversalités entre panels n'étaient pas prévues.

Yamina Ghoul: au départ, mais elles ont été rajoutées par après. Cela étant, la validité de ces transversalités a été sérieusement remise en cause.


Et point de vue temps?

Yamina Ghoul: j'espère qu'aboutir si vite alors qu'on aurait pu allègrement se pencher plus longtemps sur certains aspects, n'est pas le signe d'une imprudence du secteur. Et le calendrier est lui aussi politique.

Geoffroy Carly: tout à fait. Nous avons l'opportunité d'avoir un nouveau décret avant la fin de la législature, en 2009. Donc, il ne fallait pas non plus trop traîner dans les panels. La négociation aussi prendra du temps.

Yamina Ghoul: et j'ajouterais qu'il faut articuler cette future négociation avec d'autres (comme le décret emploi ou la réforme du CJEF) . Nous n’en avons pas tenu compte dans les panels . Ça ne facilitera pas la tâche.


Quelle suite va être donnée à ces six mois de réflexion?

Yamina Ghoul: Pour la COJ c'est très clair. Le cabinet doit se positionner sur la production des panels. Nous n'en sommes pas au premier round institutionnel. En 1998, déjà, il y avait eu une volonté de réformer radicalement le décret et de concerter le secteur. La feuille de route que le cabinet a lui-même proposée, je le rappelle, doit être respectée. Deuxième raison, évidente, c'est que les panels sont arrivés à certains résultats et que tous ont marqué leur accord. Cela doit être pris en compte.

Geoffroy Carly: Cela fait quelques années maintenant que le secteur se remet en question et construit petit à petit quelque chose de neuf. Nous avons trituré cent fois l'ouvrage. Comme les trois petits cochons, on a bâti une hutte de paille, une cabane en bois... Et le loup n'est pas encore sorti du bois... Cette fois, on a les plans de la villa en briques. Il faut envisager le budget pour la réaliser, mais il nous faut aussi le permis de bâtir. Il faut que le Cabinet se positionne.

Propos récoltés par J.U.

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008