Simplifier, financer, développer

Panel 4: Financement des Organisations de Jeunesse

Vieux routard du secteur jeunesse, Benoît Materne, est directeur de la Fédération Infor-Jeunes (FIJWB). A maintes reprises, il a été confronté au système de financement très complexe des OJ. Cela pourrait (enfin) changer.


Comment avez-vous vécu les réunions du panel 4 lié au financement? Quelle était l'ambiance, le climat général?

La question du financement est évidemment une question très délicate. Le subventionnement pouvait se révéler être un gros point de friction entre les OJ et les balises du Cabinet. Mais aussi entre les OJ, l’Administration et l’Inspection.

Contrairement à ce que l'on aurait pu imaginer, le panel me semble avoir pleinement compris les enjeux de son travail. J'ai trouvé que le climat général était très positif. Tous les participants ont pu s'exprimer, ce qui a permis la construction d'un positionnement par rapport aux balises du Cabinet. Franchement, je n'ai rien à redire à l'animation, au secrétariat ou à l'organisation du travail. Pour ce dernier point d'ailleurs, je ne peux que louer la structuration en groupes de travail pour accélérer les choses. Alors même que nous savions tous que le temps était compté.


Le secteur bénéficiera progressivement d'un apport d'argent frais. Des priorités pour l'affectation des montants ont-elles été établies (emploi, développement, nouvelles OJ, fonctionnement)?

Il n'y a pas eu à proprement parler de priorités dans l'affectation des montants. Mais je rappellerais quand même deux recommandations adoptées par le panel. Premier élément, et c'est aussi la première des recommandations, nous demandons un (re-)financement du secteur à la hauteur de ses besoins. Par ailleurs, une autre recommandation demande que le développement des OJ soit pris en compte.

Mais j'insiste sur ce point: le développement est une notion adaptable à chaque OJ. A mon sens, la traduction dans le concret de ce soutien sera à envisager par les OJ elles-mêmes: s'oriente-t-on vers de l'emploi supplémentaire et/ou développe-t-on de nouvelles activités?

Enfin, le tout devra respecter un "équilibre". En plus du développement des O J existantes, il faut aussi envisager le développement du secteur dans son intégralité et donc permettre l'émergence et la reconnaissance de nouvelles OJ.

Ces deux orientations me paraissent donc devoir être menées en parallèle et en bonne intelligence au profit, in fine, du plus grand nombre possible des jeunes constituant notre public cible.


Le panel a aussi proposé un changement du système en parallèle. Qu'est-ce que cela donnera en pratique (pièces justificatives, calcul sur les années antérieures, voire proposition de passage à l'année
civile)?

Nous proposons effectivement un système de simplification administrative où tout le monde devrait y gagner. Actuellement, notre comptabilité est basée sur l'année culturelle (qui se termine en juin-juillet). Or, nous sommes parfois amener à traiter des aspects financiers avec d'autres secteurs "économiques": Banques, clients, fournisseurs, etc., et des difficultés purement administrativo-financières peuvent survenir. Le passage à l'année civile s'inscrit donc pour moi dans une logique et une orthodoxie comptable.

Deuxièmement, la simplification administrative portera aussi sur le mode de calcul du subventionnement : les années passées seront prises en compte pour le financement des OJ, permettant une évolution progressive du financement. Une OJ ne pourra pas perdre une trop grande partie de son financement si elle n'a pas été brillante (perte de membres, par exemple). Elle aura la possibilité de se "remettre à niveau".

Mais le calcul lui-même a été simplifié: les dépenses justificatives, c'est terminé. Il ne sera plus nécessaire d'amener trois classeurs de notes de frais à l'Administration. Le compte de résultats approuvé par l'assemblée générale suffirait pour garantir le financement de l'OJ. Pour le contrôle, les vérifications éventuelles peuvent se réaliser sur des "coups de sonde". Cette méthode est d'application auprès d'autres institutions, je pense notamment au Fonds Social Européen et semble donner toute satisfaction.

Dernier aspect de cette vaste simplification, le financement par forfait et non plus selon un calcul trop complexe qui aboutissait à un subventionnement incompréhensible. Concrètement chaque OJ serait versée dans une catégorie, elle-même divisée en niveaux, selon la taille des OJ. Bien entendu, il serait possible de passer d'un niveau à l'autre, voire d'une catégorie à l'autre.


Est-ce que les OJ vont y perdre avec ce nouveau système?

Ce nouveau système a justement été articulé de manière à ce que les OJ ne puissent y perdre ni financièrement, ni en charge administrative.

Au contraire, il me paraît que ce système apportera clarification, simplification et objectivation de chaque OJ.

Les forfaits de subventionnements permettront aussi aux OJ de mieux envisager l'affectation des budgets prévisionnels à l'ensemble des postes de dépenses. Elles pourront voir vers quel financement futur elles se dirigent.

Le passage en année civile tel que mentionné dans la recommandation n° 131 me paraît non négociable.


On a beaucoup parlé de favoriser le développement des OJ…

Au niveau strictement financier, comme l'a dit un intervenant: "Le mode de financement actuel implique qu'il convient plus d'acheter des timbres que de développer des activités." Et donc, nous avons fait des propositions permettant de garantir, et le financement des OJ, et l'autonomie de celles-ci dans leur mode d'affectation de montants aux activités de développement.


Vous êtes Directeur de la FIJWB. A plusieurs reprises et dans différents panels, des membres ont voulu restreindre le secteur OJ. A leur sens, les fédérations d'écoles de devoirs, de centres d'informations, de maisons de jeunes, les jeunesses politiques et syndicales, n'avaient pas leur place dans un décret OJ. Qu'en pensez-vous?

A entendre cette liste, cela équivaudrait à amputer le répertoire des OJ d'environ 30 % des reconnaissances.

Plus sérieusement il me semble que ces questions de fond se sont faites jour dans les panels 1 et 3. Pour ce qui relève du panel 3, je note que des réponses concrètes n'ont pu être apportées mais les questions posées méritent sans doute de nouveaux débats. Se questionner par exemple sur la participation des jeunes dans les instances est essentiel: participation "canada dry" ou réelles participations de responsabilité dans les structures des OJ? Qu'en est-il également des "missions" des OJ? "Première ligne", "deuxième ligne", "coordination" (ndlr: le panel 3 avait abordé les missions des OJ, variables selon le rôle que les OJ remplissent. Le but était d'accepter éventuellement des critères différents selon les fonctions remplies)?

Mais je constate qu'au final, les propositions du panel 1 sur les sept principes éthiques et les sept axes d'actions, englobent toutes les OJ et toutes les missions qu'elles effectuent.

A mon sens, la question de qui est OJ qui ne l'est pas est d'actualité mais nécessitera certainement de longues discussions. L'ensemble des propositions du dispositif mis en place pour l'évaluation du décret et le rapport établi a permis d'ouvrir certaines portes, de tracer certains chemins mais la route est encore longue.

Propos récoltés par J.U.

1 A savoir:" Le panel privilégie le passage en année civile mais uniquement moyennant le fait qu'il n'y ait pas de perte financière pour les OJ (sur la base d'un budget extraordinaire en dehors des moyens de refinancement déjà prévus) et que le retour en arrière ne soit pas possible".

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008