L'important, c'est de participer

Panel 3: Reconnaissance

Coordinateur du Centre de Formation d'Animateurs (CFA), Daniel Detemmerman s'est impliqué dans les travaux du panel 3. Mais le mot "participer" serait plus juste. Ce fut, si pas LE débat du panel, une de ses questions essentielles.


On a souvent dit du panel 3 qu'il était en lien avec tous les autres panels

Les critères de reconnaissance sont en effet en lien avec tout le reste. Ce sont les dernières conditions d'un décret, ce qu'on négocie à la fin: comment pouvoir vérifier qu'on est bien dans les missions des OJ des points de vue publics et finalités? Les critères permettent de sortir certains objectifs des OJ du flou. Et donc, il y a interaction avec les autres panels.

Et cela s'est notamment vu dès le choix du premier récit au sein de notre panel: il touchait essentiellement aux publics et aux missions des OJ puisqu'il abordait le travail informel d'une OJ, un mouvement, avec des jeunes défavorisés.

Mais l'autre aspect de ce croisement de tous les panels au sein du panel 3, c'est que les membres sont venus avec des enjeux très forts à défendre. Des critères de reconnaissance, cela signifie potentiellement que, selon le choix de tel ou tel critère, on se retrouve dans ou hors du décret.


C'était donc générateur de tensions?

Oui, j’ai ressenti dès le début peu d’ouverture de la part de certains membres, principalement des représentants de mouvements. Comme s’ils avaient le monopole de la participation. Il s’exprimait un doute profond sur l’aptitude des services à former des CRACS, la relation avec le jeune étant supposée se développer sur une durée trop courte. Cela n’a pas permis que la confiance s’installe et que l’on puisse aller très loin dans la compréhension du rôle spécifique des différents types d’OJ. C'était très excluant. A leur sens, certains services, parce qu’il leur était plus difficile de se conformer à tel ou tel type de critère, ne devaient plus faire partie des OJ. Si bien que j'ai demandé au panel ce que les jeunes gagneraient, tout compte fait, si les services disparaissaient. D'autres mises au point ont contribué par la suite à une meilleure écoute mutuelle.


Cette opposition mouvements-services avait quel fondement?

Bon, ce n'était pas non plus une opposition avec tous les services d'un côté et tous les mouvements de l'autre. J'insiste là-dessus: c'était un peu plus nuancé. Mais grosso modo , c'était ce schéma-là.

La tension venait surtout de l'enjeu de participation des jeunes dans les instances de l’OJ. Nous n'avons pas réellement trouvé d'accord sur ce point. Pour certains types d’OJ, il serait utile d’assouplir ce critère. Pensons notamment aux organisations dont les membres représentent d’autres OJ. Comment définit-on la participation? Très vite on s'est orienté vers des OJ qui seraient articulées "pour" les jeunes mais aussi "par" les jeunes. "Pour" les jeunes dans les services, ce n'est pas très compliqué, c'est souvent leur raison d'être. "Par" les jeunes, par contre, même si la plupart des services font leur possible, ce n'est pas toujours évident. Certains réalisent par exemple un travail qui fait appel à l’expertise de professionnels. Dans les mouvements, si je ne me trompe pas, la durée d'une carrière est souvent courte et représente un tremplin vers d’autres fonctions. Moi, je viens de dépasser les vingt ans au CFA.


Et au CFA?

Le critère de 2/3 de jeunes de moins de 35 ans dans les instances est respecté. Sans trop de difficultés, je dois dire. 80 % des personnes formées par le CFA ont moins de 25 ans, et nos instances sont principalement formées d’anciens stagiaires. Ce n'est pas rien. En fait, nous avons une logique de recrutement interne, comme dans les mouvements, à part que nous entrons la plupart du temps en contact avec notre public plus tard, lorsqu’ils sont plus âgés. De plus, comme nous attirions aussi un public de jeunes moins favorisés, pour pouvoir leur offrir la gratuité, nous nous sommes inscrits pour le projet de formation professionnelle dans la démarche de l’insertion socioprofessionnelle. Nous nous sommes ainsi de plus en plus adressés à de jeunes adultes qui avaient été des élèves "fâchés avec l'école", sans diplôme du secondaire supérieur. C'est un public pour lequel la participation commence par une participation sociale, une perspective d’emploi qui reste le premier facteur d’insertion sociale. Beaucoup ainsi redémarrent après une période plus ou moins longue de flottement. Et c’est vraiment un enjeu de jeunesse: 39 % des demandeurs d’emplois ont moins de 30 ans ! Participer, pour eux, c’est aussi avoir un rôle dans la société, le sentiment d’avoir une utilité. Le fait qu’ils soient en formation d’animateurs, cela nous place au cœur des enjeux socioculturels...
Alors quand ils deviennent membres du CFA, c'est vraiment une réussite. Ainsi, ils contribuent largement à faire évoluer le projet et la pédagogie du CFA. Nous n’avons donc vraiment pas à rougir de ce que nous faisons concernant la participation, bien que nous cherchions toujours à nous améliorer.

Mais au CFA, la participation, c'est également autre chose que la participation des jeunes dans les instances de l'OJ. C'est bien plus large que cela.

C'est aussi la participation au jour le jour dans la formation. Les jeunes ne sont pas exécutants dans leur formation mais participants: ils définissent les thèmes et suivent leur projet du début au montage final (la formation dispensée par le CFA initie entre autres au montage vidéo). Mais pour ça, je suis satisfait que l'on ait pu débattre de la pédagogie active au sein du panel. Nous avons tout de même réussi à ce que l'on ne limite pas la participation au simple respect du critère "2/3 de moins de 35 ans dans les instances". Mais en même temps nous n'avons pas défini ce volet qualitatif.

Propos récoltés par J.U.

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008