Entretien avec Han Soete, membre fondateur et porte-parole d'Indymedia Belgique.
Nous ne sommes pas reliés à un parti politique ou à une institution médiatique comme RTL ou VTM. On ne veut pas faire du média pour gagner de l'argent ni pour faire du bien à un gouvernement mais pour relayer tout ce qui bouge dans les mouvements sociaux au sens large (syndicats, mouvements de jeunes…). C'est leur histoire que l'on veut raconter.
A Anvers par exemple, un groupement de jeunes se mobilise face à l'incohérence des lois actuelles en matière de drogues. Les jeunes organisent des actions ludiques autour de ce problème et Indymédia relaie cette information. Ce week-end, des mouvements de jeunes néerlandophones se sont mobilisés pour des actions autour du thème du tiers-monde. Ce sont des choses qu'Indymédia relaie.
Ce n'est pas toujours de la grande politique. On estime que ce n'est pas à nous de décider ce qui est important ou pas. Il y a parfois des gens qui organisent des fêtes dans leur quartier pour apprendre à se connaître les uns les autres et s'ils trouvent que c'est important, ça le sera également pour Indymedia.
Nous n'aimons pas le mot "censure". Tout le monde peut proposer des articles à mettre en ligne sur Indymedia. Si on trouve que quelque chose n'a pas sa place sur le site, on ne censure pas purement et simplement mais on explique qu'Indymedia ne pourra pas relayer l'information. La nuance est importante.
Nous avons quelques règles, nous ne voulons pas de racisme, de xénophobie,
d'homophobie ou de sexisme. Il arrive que certains ne se rendent pas tout à
fait compte de leurs propos et c'est la raison pour laquelle nous privilégions
le débat plutôt que l'exclusion sans explications, ça évite
à la personne de camper sur ses positions.
Il y a, en Belgique, beaucoup de gens qui votent "Vlaams Block" et
qui visitent Indymedia. Comme c'est le genre de public que l'on veut atteindre,
on essaie de trouver des manières pour ne pas culpabiliser ou exclure
ces gens dès leur entrée dans notre site. Par contre, avec ceux
qui sont actifs dans un parti d'extrême droite, ce n'est même pas
la peine de mener de débat.
On veut qu'Indymedia soit aussi bien le site des hommes que des femmes, des jeunes que des vieux, des Flamands que des Wallons, des immigrés que des Belges…
J'aimerais contredire ce mythe qui prétend que plus de gens font les médias. Indymedia c'est 3000 à 5000 visites par jour et cela nous coûte beaucoup d'argent et donc, c'est une façon de limiter la soi-disant démocratie sur le net. Tout le monde peut créer son petit site mais une fois que l'on veut faire un site de qualité, accessible à tous, ça demande un investissement, des programmeurs, des logiciels…
La liberté d'expression est quelque chose qui en réalité
coûte très cher. Beaucoup de gens en sont exclus justement parce
qu'ils n'en ont pas les moyens pratiques.
Un autre prix que l'on paie sont les quelques ennemis qu'Indymedia se fait.
Indymedia est un réseau international et au niveau de la liberté d'expression ce n'est pas la même chose dans tous les pays. On constate que les pays qui font le plus de bruit au nom de la liberté d'expression et de la démocratie sont justement les pays qui pratiquent des césures et qui tentent de fermer des sites comme Indymedia. Ce fut, effectivement, le cas pour un de nos serveurs à Londres, à la demande du FBI basé au Etats-Unis et de l'Italie, trois pays qui ont fait la guerre contre l'Irak.
On sait certaines choses mais pas tout! Il y a eu une demande officielle d'explications
de la part des Américains et des Italiens mais jamais de réponse
officielle. Le ministre flamand des Médias, Geert Bourgeois, est intervenu
en écrivant une lettre à l'ambassade américaine, des parlementaires
européens ont également écrit aux Etats-Unis et jamais
personne n'a eu de réponse.
Au niveau américain par exemple, c'était, semblait-il, à
cause de compte-rendus publiés sur Indymedia aux Etats-Unis par des déserteurs
de la guerre en Irak, en exil au Canada. Il y a eu une demande de césure
du serveur d'Indymedia pour savoir qui étaient ces gens et où
ils vivaient.
Cela ne nous a pas atteint au niveau belge car nous avons ici nos propres serveurs.
Le ministre Dewael dit que c'est un délit d'aider un réfugier ou un sans-papiers. Dans ce cas, Indymedia est en flagrant délit! Si demain le ministre met ses dires vraiment en application, il y a de quoi être incertain.
Oui et c'est normal! Cette volonté de contrôle de la part des
Etats-Unis se manifeste à différents niveaux. Le système
GPS, une technologie qui permet de savoir où l'on se trouve, appartient
également aux Américains. Les Européens et la Chine se
sont mis ensemble pour développer leur propre système mais les
Etats-Unis menacent de détruire les satellites nécessaires au
fonctionnement de leur GPS si cette idée se concrétise.
Moi, je ne me fais pas d'illusions sur le partage du contrôle d'Internet,
les Américains ne vont pas le donner. Il faut se mettre dans la peau
de Bush. Ce type veut le contrôle du monde alors pourquoi le donnerait-il
à quelqu'un d'autre?
Les Américains ont créé un système de communication (Internet) décentralisé qui pourrait survivre à une guerre nucléaire. Ils ont un certain contrôle sur Internet mais il y a des dizaines de moyens d'y échapper. En Ex-Yougoslavie, lors de ce que l'on a appelé "la première guerre d'Internet", les Etats-Unis ont essayé de couper l'Ex-Yougoslavie de la toile mais n'y sont jamais parvenus. L'OTAN lançait des bombes censées être des frappes chirurgicales et les ex-yougoslaves publiaient sur le net ce que cela voulait dire. Ils diffusaient des photos avec des écoles détruites, des quartiers ravagés, des civils blessés… et bien sûr ça n'a pas plu au gouvernement américain. La guerre "propre" devient donc un mythe quand on voit la réalité.
Il ne s'agit pas de pousser sur un bouton pour tout contrôler, c'est plus complexe que ça!
Indymedia ce sont des gens qui donnent de leur temps, volontairement. Nous
survivons aussi grâce à ceux qui nous soutiennent financièrement.
Un groupe de 35 personnes travaille chez nous de façon régulière
et ils sont environs 150 à publier, de temps en temps, des articles pour
Indymedia.
Propos récoltés par V.D.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008