Premier accueil pour mineurs étrangers non-accompagnés 

Une fois sur le sol belge, quel sort leur réserve-t-on ? Entretien avec Isabelle Plumat, directrice du centre d’accueil Fedasil de Neder-Over-Heembeek.


Géré par Fedasil1, le centre de Neder-Over-Heembeek est un centre d’accueil d’observation et d’orientation des mineurs étrangers non-accompagnés. Les jeunes y séjournent environ un mois. A quoi sert cette phase de transit ?

Sémantiquement, je n’adore pas le mot "transit", je préfère le mot "aiguillage". Transit, en gros, signifie un temps d’attente où il ne se passe pas grand-chose, or c’est loin d’être le cas. Pendant un mois, notre boulot consiste à vérifier, avec le jeune, quelle est sa demande en tant que mineur étranger non-accompagné et de quoi il a besoin. Certains jeunes qui arrivent ici ne sont pas nécessairement demandeurs de se lancer dans un parcours administratif pour avoir un titre de séjour. Le jeune a peut-être juste besoin d’un lit, de se nourrir et de se laver.

Les jeunes qui débarquent ne savent pas toujours comment se positionner par rapport à la panoplie administrative qui s’offre en Belgique.

Certains jeunes arrivent dans des situations plus délicates comme par exemple les cas de traite (de type économique ou sexuel). Lorsque la traite est clairement identifiée au moment de l’interception par la police ou par l’association vers laquelle le jeune s’est tourné (SOS-Jeunes, Synergie 14...), le mineur est directement orienté vers une structure spécialisée, protectrice. Mais parfois, cette situation se révèle seulement après quelques jours, lors d’une entrevue avec le médecin, l’infirmière ou l’assistant social ou via certains signes révélateurs comme la peur de sortir du centre.

La difficulté, en tant que centre d’observation et d’orientation, c’est d’arriver, en peu de temps, à les informer et à les conseiller au mieux.


Dans le cas des mineurs étrangers demandeurs d’asile, les conditions auxquelles ils doivent répondre pour obtenir leur statut de réfugié sont-elles les mêmes que pour les adultes ?

Le processus pour mineurs n’est pas tout à fait le même, il est plus protecteur : d’une part, le jeune doit être assisté par son tuteur dans les différentes étapes de la procédure, d’autre part, en tant que mineur, il ne peut pas faire l’objet d’une mesure d’éloignement. Mais les critères sont les mêmes, ce sont ceux repris dans la Convention de Genève.

A travers la création du centre de Neder-Over-Heembeek, l’objectif de l’Etat belge était notamment de ne pas faire de distinction de traitement en fonction de la situation administrative du jeune (demandeur d’asile ou pas) et quel que soit le lieu où il a été intercepté, que ce soit déjà sur le territoire belge ou à la frontière avant d’entrer sur le territoire.


Comment les jeunes qui débarquent en Belgique parviennent-ils jusqu’à vous ?

Toutes les réponses vont être des réponses nécessairement caricaturales car il n’y a pas deux situations qui se ressemblent. Le parcours réel de deux jeunes est toujours différent, comme le sont leurs profils, leurs ressources et leurs difficultés. Mais, en caricaturant, il y a deux grandes voies. La première est le tam-tam de la rue (le bouche à oreilles) et l’info transmise par les passeurs2. Les jeunes se présentent alors soit à l’Office des Etrangers où ils sont orientés vers notre centre, soit directement dans un centre.

La deuxième voie se fait par l’interpellation par la police, à l’occasion d’un contrôle d’identité, en raison d’une fraude dans les transports en commun ou d’autres infractions. Ils se déclarent alors mineurs non-accompagnés et sont orientés chez nous.

Qu’ils arrivent via la police ou de manière plus "volontaire", tous les jeunes doivent être signalés au Service des tutelles qui dépend du ministère de la Justice. Ce service va enregistrer les identifications des mineurs étrangers non-accompagnés sur le territoire belge. Notre centre d’accueil leur amène aussi un certain nombre d’informations comme l’existence d’une maman ou d’un papa en France ou en Belgique par exemple ; c’est alors au Service des tutelles d’identifier légalement le lien de parenté. Ce service chapeaute le recrutement des tuteurs, leur formation, le suivi du dossier et le projet de vie du jeune sur le plus long terme.


Comment les jeunes étaient-ils pris en charge avant l’existence du centre d’accueil de Neder-Over-Heembeek en 2004 ?

Il y avait déjà un certain nombre de centres d’accueil avec une section "mineurs" qui sont aujourd’hui sous le chapeau de Fedasil ou de la Croix- Rouge. Les jeunes étaient directement envoyés dans ces centres aujourd’hui appelés "de deuxième ligne" sans passer par la 1ère phase d’observation.


Le centre d’accueil pour mineurs étrangers est un lieu ouvert, le jeune peut donc partir s’il le souhaite ?

Oui absolument. L’accueil est basé sur le consentement du jeune, c’est le principe. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas des précautions, des mesures de protection qui sont prises à l’arrivée du mineur. Ces mesures portent principalement sur une vigilance particulière pour ses contacts à l’extérieur (s’agit-il d’un réseau positif pour lui ?). Le règlement de vie du centre détaille les possibilités de visites, de sorties, de coups de fil…

Ces mesures protectrices sont renforcées en cas de vulnérabilité particulière, pour le jeune qui fait état, au cours de son séjour, d’un récit de traite et qui n’a pas tout de suite été orienté vers une structure spécialisée. En gros, il n’y aura pas de sortie non-accompagnée, pas de coup de fil entrant ou sortant pour le jeune jusqu’au moment où sa situation se clarifie. Nous prenons directement contact avec les instances spécialisées dans la traite (Pagaza, Espéranto) qui prendront le relais auprès du jeune.

Nous prenons également des mesures particulières à l’égard des jeunes Roms qui arrivent chez nous après avoir été interceptés par la police. Comme ils sont généralement réticents à dévoiler à la police l’endroit où résident leurs parents en Belgique, ils se déclarent mineurs non-accompagnés. Mais ils n’ont pas non plus une totale confiance en nous, c’est la raison pour laquelle nous avons mis en place, avec le Service des tutelles et l’ASBL "le foyer" depuis deux ans, un réseau de médiateurs composé de gens du voyage. Si deux petits Roms de huit et neuf ans débarquent ici le soir, on ne les laisse pas repartir seuls mais on appelle un médiateur qui va les raccompagner chez eux.

Donc, oui, c’est un centre ouvert mais avec un souci de protection quand il y a une vulnérabilité particulière.


De quoi les enfants qui arrivent chez vous ont-ils le plus besoin de manière générale ?

Un besoin premier est matériel. Les jeunes ont besoin d’être logés, nourris, blanchis. Ensuite, ils ont besoin d’une info claire sur les possibilités d’obtenir un titre de séjour en Belgique, ce qui va advenir d’eux… Il y a toute une série d’entretiens formels et informels  qui vont se passer durant leur séjour. Ils vont poser des questions à tout le monde, autant au logisticien ou au veilleur de nuit qu’au psychologue ou à l’assistant social.

Ils ont également besoin de se poser, de déposer leurs valises et éventuellement une partie de leur vécu. Ce n’est pas facile, car il n’y a aucune raison que les jeunes aient a priori confiance en nous. Beaucoup ne vont pas avoir envie de tout déposer mais auront avant tout besoin d’écoute, d’être rassurés, d’une attention particulière. Il n’y a pas d’enjeux derrière ça, qu’ils disent la vérité ou pas, peu importe, nous ne sommes pas ceux qui allons décider du droit de séjour, nous sommes uniquement là pour un accompagnement. La confiance porte avant tout sur la raison d’être de leur présence en Belgique, mais peu importe le contenu du récit. Nous travaillons à partir de ce que le jeune décide de mettre sur la table ou pas. Plus concrètement, on a beaucoup de jeunes qui arrivent avec un gros passif au niveau santé et donc ils voient notre service médical pour répondre aux premières nécessités. On essaie d’avoir pour eux l’accueil le plus humain possible !                                                        

Propos recueillis par V.D.


Infos : www.fedasil.be

1 Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile en Belgique.
2.Passeur : personne qui permet à des clandestins de franchir une frontière.

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 6 octobre 2008