Les Services de Prestations éducatives ou philanthropiques ont bénéficié d'une petite médiatisation quand ils ont dit refuser d'appliquer le stage parental, censé entrer en vigueur le 1er avril. Mais leur travail au quotidien avec des mineurs ayant commis un acte délictueux demeure largement méconnu. Entretien avec Michel Heinis et Christine Mahieu, de l'asbl Le Radian, un SPEP installé à Schaerbeek.
Michel Heinis : les SPEP sont nés en 1985, pour répondre à un besoin bien particulier: la prestation d'intérêt général pour les mineurs délinquants. Lorsqu'un jeune commet un délit, qui est bien souvent un acte ponctuel, il y a un grand intérêt à le confronter à son geste. C'est là que nous intervenons: nous accompagnons le jeune, rencontrons ses parents, tentons de lui faire comprendre son acte, etc. Le but n'est pas la punition.
Et de l'autre côté, ce sera une mesure fort appréciée parce que la société bénéficiera d'une réparation, tout en distinguant bien le travail d'intérêt général de réparation.
Christine Mahieu : et dans 95% des cas les prestations d'intérêt général vont jusqu'au bout.
MH : oui et c'est logique. Un mineur délinquant ce n'est pas un dur ou un casseur 24 heures sur 24. C'est surtout un jeune qui connaît une succession d'échecs sur de nombreux plans. Il définit alors ses relations avec la société, avec les autres, de manière parfois délictueuse.
CM: La prestation d'intérêt général est prononcée par le Tribunal de jeunesse. La médiation est suggérée avant, au stade de la plainte. Dans la plupart des cas, les faits sont d'emblée reconnus par le jeune. Pas toujours sa responsabilité mais l'acte en lui-même. Le but est de mettre des mots sur ce qui s'est passé comme pour la prestation, mais aussi de trouver des réponses originales de réparation.
MH: Par exemple, l'enseigne d'un commerçant en outillage avait été démolie. Son magasin se trouvait à côté d'un arrêt de bus desservant une école. Il a simplement demandé, durant la médiation, que "cela se passe mieux". Il était conscient qu'une réparation financière et une nouvelle enseigne, ça ne fonctionnerait pas. Tous voulaient que soit recréé un lien social. La justice n'aurait jamais proposé cela.
CM: La médiation permet aussi de ne pas penser exclusivement "indemnités", ce que font de nombreux parents.
MH: Tout à fait. Et nous réfléchissons actuellement à mettre une nouvelle pratique en place: la concertation restauratrice en groupe. Le but est d'obtenir cette fois une réparation à trois niveaux: le jeune, la victime, la société que l'on réunirait autour de la même table. C'est un travail très lourd, mais qui peut fonctionner pour des actes graves commis par des mineurs.
CM et MH : Mais aucune de ces techniques ne constitue de solution miracle, cela marche dans certains cas, ce n'est jamais systématique.
CM : Il y a plusieurs raisons à notre refus. La première est d'ordre général: dans l'ensemble du secteur de l'aide à la jeunesse, on laisse le terrain établir sa méthode de travail, adapter la pédagogie utilisée. Quand la proposition de stage parental a été amenée par Laurette Onkelinx, elle était assortie d'une charte pédagogique très stricte. Pourtant, il y a eu très peu d'expériences pilotes sur les stages parentaux et aucune en Belgique. Si cette mesure était appliquée pleinement, elle concernerait 2.000 familles en Communauté française. On ne peut pas prendre ce type de risque.
MH : En fait ça provient d'un stéréotype très répandu: si un jeune "délinque", c'est parce qu'il a eu une mauvaise éducation. Il n'y aura qu'une personne sur dix pour dire que c'est peut-être parce qu'il est en révolte et que l'adolescence est une période où, tout simplement, on teste les limites.
Ensuite cela pose des problèmes au niveau des SPEP eux-mêmes qui, c'est ici un avis personnel, travaillent majoritairement et directement plutôt au niveau d’une aide au mineur. Les trois méthodes que nous appliquons peuvent impliquer les parents, mais dans le but d'aider le jeune. On se demande encore pourquoi on nous a demandé de mettre en oeuvre des stages parentaux.
CM : Et précisément, comment pourrait-on réussir une prestation qui permet aussi au jeune de se situer par rapport à ses parents, alors que ceux-ci auraient déjà été astreints au stage? Comment émanciper le jeune et le faire progresser si c'est la responsabilité des parents qui est mise en évidence? Un jeune risque aussi de se sentir honteux vis-à-vis de ses "mauvais parents".
MH : Comment peut-on évaluer si des parents sont mauvais ou non? Est-ce bien au droit de faire ça? D'imposer un stage parental qui, s'il n'est pas effectué, condamne à sept jours de prison? C'est une réelle modification de l'état d'esprit à l'égard des mineurs délinquants.
Propos récoltés par J.U.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008