Initié en 2001, un projet pilote survit vaille que vaille.
L'animation musicale dans les IPPJ connaît le succès sur le terrain. Et se sont les Jeunesses Musicales (une OJ de la COJ) qui l'ont développé. Mais, politiquement ça coince: la ministre Doyen-Fonck, n'a pas reconduit le budget…
La ministre de l'époque, Nicole Maréchal, avait trouvé intéressant de mettre de la musique dans les IPPJ et à Everberg , commente Claire Monville, coordinatrice fédérale adjointe aux Jeunesses usicales. A côté du théâtre et du sport, activités habituelles des jeunes en IPPJ. Ça n'a pas été un projet facile à mettre en place .
En effet, on ne va pas dans une IPPJ sans projet bien construit, simplement parce qu'on a le budget… Il faut trouver les animateurs, les groupes de musique… Ensuite, les directions et l'équipe pédagogique de l'IPPJ doivent accrocher au projet. Une IPPJ est une institution très structurée, on n'y débarque pas comme ça . Pour mener un projet avec des jeunes en séjour de 15 jours et d'autres pour une durée plus longue, il faut que les ateliers soient extrêmement bien organisés.
Malgré ces difficultés, ce fut le succès dès la première année. Nous avons été reconduits en tant que projet pilote jusqu'en 2005. Ensuite cela a été plus difficile, nous n'avions logiquement plus le statut de projet pilot e. Et en même temps aucun budget n'était dégagé pour rendre l'initiative structurelle. Mais nous nous sommes battus, des directions et des éducateurs particulièrement motivés nous ont soutenus et finalement, nous avons pu maintenir l'animation musicale à l'IPPJ de Braîne-le-Château.
Si la motivation budgétaire manque en haut, l'ardeur musicale n'est pas facile à développer en bas, chez les jeunes séjournant en IPPJ. La plupart d'entre eux n'ont jamais touché un instrument. Et je dois les accrocher directement sinon c'est foutu , explique Bob Van Vaerenbergh, animateur musical à l'IPPJ de Braine-le-Château. Je leur montre d'abord les instruments, le centre est équipé, il y a des congas, une batterie, une basse, une guitare et un synthétiseur. Et puis ils essaient. Souvent j'entends: "ouais mais c'est dur m'sieur!". Un des buts de ce stage est justement de leur apprendre à persister pour obtenir un résultat. Donc si ça coince à la guitare, je leur conseille la basse qui n'a que quatre cordes. S'ils ne savent pas tenir un tempo, je ne vais pas leur suggérer la batterie, etc.
Deuxième apprentissage de l'animation musicale: faire jouer 5 jeunes ensemble. Jouer à plusieurs ça ne fonctionne que si tout le monde s'écoute, si tu es dans ton petit monde, ça ne marche pas. C'est un énorme objectif éducatif que d'arriver à ce qu'ils s'écoutent entre eux . Et cela demande une maîtrise pédagogique bien différente d'un cours en académie de musique. Ce sont des gosses qui ont commis des actes graves. Certains sont là pour de très courts séjours après quelques conneries, d'autres pour une période plus longue. Mon truc c'est de ne jamais vouloir savoir la raison de leur venue. Je ne les considère pas comme des voyous mais comme des musiciens potentiels. Je ne vois pas comment on peut considérer quelqu'un comme perdu à 16 ans. Et l'effet positif d'un stage en animation musicale est immédiatement perceptible. Ce sont des jeunes qui n'ont pas envie de grand'chose: cigarette, TV et foot, sans plus. Mais après une heure, certains ne veulent plus lâcher la basse. Et très vite, la créativité est là et c'est ce que je cherche. Ils se lancent dans des impros au synthé. Certains textes de slam sont très bien écrits. Des éducateurs pensaient parfois que les jeunes passaient un CD alors qu'ils répétaient.
Mais l'animation musicale ne se focalise pas exclusivement sur le rap. La découverte d'autres cultures est un élément important, souligne Claire Monville: des concerts de musique classique ont été organisés, des jeunes ont adoré la prestation d'une toute frêle joueuse de pipa (sorte de luth chinois). Et bien entendu, certains musiciens sont aussi passés par des périodes très dures durant leur jeunesse. Montrer aux résidents des IPPJ qu'on peut s'en sortir est aussi intéressant.
Les objectifs sont donc atteints même si, rappelons-le, ce n'est pas l'apprentissage de la musique qui importe, mais plutôt donner le goût à autre chose. Toutefois, le projet reste menacé.
J.U.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008