L’appel à la mobilisation de la FEDITO

La FEDITO (fédération bruxelloise des institutions pour toxicomanes), à l’origine de la mobilisation contre cette circulaire, considère que le secteur socio-éducatif est mieux placé pour porter ça sur le long terme… Entretien avec Ludovic Henrard, directeur de la FEDITO.


La FEDITO regroupe des institutions actives dans tout ce qui touche à la toxicomanie. Pourquoi s’est-elle sentie concernée par la circulaire du ministre de l’Intérieur qui veut le mariage de l’école avec la police?

Depuis quelques années, on assiste à une mobilisation des forces de l’ordre dans les grandes villes pour investir l’école, notamment pour des faits de drogues, un domaine qui nous concerne. Il existe une confusion permanente entre consommation et trafic de drogues. L’entrée des forces de l’ordre, indispensable dans certains cas déterminés (violences graves, vols) doit rester un dernier recours que la "simple" consommation de drogues par exemple ne justifie pas. On assiste parfois à des descentes en force avec camionnettes, chiens… des opérations très visibles, disproportionnées, qui perturbent l’environnement scolaire alors que l’école devrait rester une enceinte privilégiée, une enceinte d’éducation.

L’autre aspect est la tendance à confondre prévention et répression. On a eu notamment, dans les années 90, un programme inspiré des Etats-Unis et adapté ici sous le nom de "mon engagement pour garantir l’avenir" qui consistait, pour les forces de l’ordre, à faire de la prévention dans les classes autour des drogues. Certaines zones de police continuent à
dispenser des programmes similaires. Or, il existe des professionnels psycho-médico-sociaux compétents et reconnus par les autorités pour développer des activités préventives en milieu scolaire.

Il y a clairement un télescopage entre le programme de prévention de la police et les professionnels du tissu associatif qui font de la prévention d’une autre manière, c’est-à-dire en formant les professeurs et en intégrant ainsi les thématiques autour de la prévention dans le cursus scolaire, à long terme donc. Les forces de l’ordre ont une vocation répressive, c'est-à-dire après que la prévention ait échoué!

A la FEDITO, nous menons un travail d’information sur les drogues depuis une perspective de santé et de promotion de la santé. On ne pose pas de jugement moral sur les consommations, on aborde le problème de manière très pragmatique. Criminaliser l’usager est, en général, contre-productif. Quand on a quelqu’un qui est alcoolique, par exemple, et qui a vraiment un problème, l’enfermer ne résout rien! C’est la même chose avec les drogues illégales. Les conséquences sociales de la criminalisation de l’usager sont parfois plus importantes que les conséquences de santé.

Les médias, les écoles et pas mal de corps constitués, notamment les forces de l’ordre, font une association très fréquente entre drogue et criminalité.

Ces raisons ont motivé notre initiative, menée au nom de nos associations de prévention en milieu scolaire, à savoir, Infor-Drogues et Prospective Jeunesse qui réalisent des programmes de prévention et qui sont des organismes reconnus par la Communauté française.


Le fait que cette circulaire du ministre de l’Intérieur soit parue discrètement au moniteur ce 24 juillet 2006 signifie que le gouvernement appréhendait la colère du secteur associatif…

C’est assez fréquent. Il faut toujours être très attentif aux "fins d’année" parce que c’est là que les budgets sont décidés et "aux vacances scolaires" parce que c’est à ce moment là que les décisions controversées se prennent. Il y a clairement des stratégies pour éviter les remous. Personne n’était au courant de cette circulaire.

Marie Aréna avait annoncé précédemment que le rôle des forces de l’ordre devait être bien encadré et que leur intervention devait être l’ultime recours en cas de violences. Pourtant, son cabinet a participé à l’élaboration de cette circulaire floue laissant un large champ d’action à la police vis-à-vis des écoles. Il y a eu des concertations entre la Communauté française et l’Intérieur. On a été assez étonné de cette sorte de renonciation de la Communauté française de ses prérogatives!

Toutes les personnes compétentes censées aider les jeunes en difficulté, dans le cadre scolaire, se sentent dévalorisées.

La circulaire PLP 41 incarne la solution sécuritaire à court terme dictée par un fait divers. On a affaire à une politique émotionnelle qui ne résout pas les réels problèmes liés à la violence: le manque de moyens pour l’éducation, la difficulté de s’insérer dans le monde actuel et l’absence de perspectives pour de nombreux jeunes qui en découlent.


La FEDITO a organisé un appel à signatures pour réagir contre cette circulaire. Quel est l’état de la mobilisation actuellement?

Suite aux réactions du monde associatif le cabinet de Marie Arena s’est engagé à rédiger une circulaire qui définirait très clairement le rôle des forces de l’ordre. Malheureusement le document paru dernièrement ne précise rien et relève plus de la déclaration d’intention.

Sur ces entrefaites, on a découvert qu’il y avait déjà des protocoles qui se mettaient en place dans certaines zones à Bruxelles. Le fait que les écoles soient tenues de ne pas divulguer les informations et le protocole illustre bien les controverses.

En ce qui concerne la mobilisation, la FEDITO avait d’abord un objectif d’information des secteurs. Il a été bien rempli! Ensuite, on avait l’espoir que ça puisse être repris par tout le secteur socio-éducatif, par les OJ (organisations de jeunesse), par les AMO (aide en milieu ouvert), par les syndicats de l’enseignement… Bref, des organismes et des structures bien plus représentatifs de l’école et directement concernés!

La FEDITO a, dans ce cas, agi comme un groupe de pression. On voulait lancer la machine mais on n’est pas les plus aptes à porter ça sur le long terme.

On ne s’attendait pas, au départ, à recevoir autant de réponses positives. Du côté francophone, les représentants des associations et des secteurs concernés ont répondu présents!

Propos récoltés par V.D.

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Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008