Pourquoi ce succès de la méthode finlandaise ?

Entretien avec Claude Anttila, ex-experte en langue française à la direction nationale de l’enseignement finlandais, ex-directrice du lycée franco-finlandais d’Helsinki, coordinatrice du réseau de professeurs de français, présidente de l’AMOPA1 et formatrice des professeurs de français de Finlande.


La réforme des années ‘70 a radicalement changé l’école en Finlande. Le succès de cette réforme était-elle notamment due à une prise de conscience de toute la société finlandaise ?

Le politique a voulu donner les mêmes chances à tous et atteindre plus d’équité dans le système scolaire. Avant les années ‘70, il était comme partout ailleurs, c’est-à-dire qu’il y avait une grande sélection, des écoles payantes et privées, et surtout, pas de possibilité de promotion sociale pour les jeunes de la campagne puisque l’école s’arrêtait au niveau primaire.

Et puis c’était une période de grand chômage, donc on a voulu mieux former les jeunes, leur offrir une école de qualité, égalitaire et gratuite. C’est dans ce sens que l’on a fait cette réforme.


Vous avez une école fondamentale qui s’étale sur neuf années pour tous, jusqu’à l’âge de 15-16 ans. Après ça, l’élève peut-il faire ce qu’il veut ?

Quand tout le monde fait la même chose jusqu’à 16 ans et si l’enfant, en fin de scolarité, obtient son certificat de fin d’études, il peut, en fonction de sa moyenne de notes, s’inscrire dans un lycée (école supérieure chez nous) ou dans une école professionnelle. Certaines écoles professionnelles sont plus demandées que d’autres et peuvent donc exiger une moyenne supérieure à celle exigée pour un lycée de culture générale. Donc, les deux enseignements sont plus ou moins équivalents. Les enfants qui quittent l’école fondamentale avec une moyenne très basse et qui ne peuvent ni entrer dans l’enseignement professionnel ni dans un lycée, peuvent faire des stages en apprentissage.


Avant l’âge de 11 ans, il n’y a pas de redoublement, pas de notes et donc pas d’échec. Cela signifie-t-il qu’il n’y a pas de jugement sur les incapacités des élèves ?

Oh si ! Il y a des évaluations très tôt mais on ne veut pas les chiffrer. On ne veut pas qu’il y ait de comparaison dans la classe entre les "bons" et les "mauvais" et entre une école et une autre. On évalue de façon positive, en appuyant sur les points forts des enfants, sur ce qu’ils ont bien réussi, pour qu’ils prennent confiance en eux.

Bien sûr, en contrepartie, on met le doigt sur les efforts qu’ils doivent fournir pour atteindre un meilleur niveau et corriger leurs fautes.

On demande aussi aux enfants de s’auto-évaluer, c’est très important dès le plus jeune âge. Et également d’évaluer leurs camarades, ça permet d’avoir le calme dans une classe. De cette manière, un enfant fera l’effort de bien se comporter vis-à-vis de ses camarades.


Après 11 ans, progressivement, les élèves reçoivent des notes. Ils sont alors confrontés à l’échec ?

L’échec n’est pas une question de notes. Si un enfant a des difficultés, ce n’est pas la note qui va résoudre les problèmes. On essaie de l’aider un maximum et on lui donne un soutien individualisé. Le professeur est formé pour différencier son enseignement, il fixe alors des objectifs un peu moins exigeants avec les enfants qui ont de plus faibles capacités d’apprentissage. S’il n’y arrive pas, il peut demander de l’aide à un professeur de soutien qui est obligatoirement présent dans l’établissement. Ce professeur spécialisé a d’autres méthodes, d’autres techniques pour permettre à l’enfant d’apprendre et, pour qu’en fin de scolarité, celui-ci arrive quand même à un niveau minimum pour pouvoir quitter l’école fondamentale. Donc, il n’y a pas d’échec scolaire puisqu’on ne laisse pas quelqu’un derrière. Si un enfant ne réussit pas, on s’en occupe individuellement et immédiatement.


Votre approche pédagogique est basée sur le constructivisme. Qu’est-ce que cela signifie ?

Absolument, et ce ne sont pas les Finlandais qui ont inventé ça. Des recherches ont démontré que l’on ne pouvait pas remplir la tête des enfants s’ils n’étaient pas capables d’absorber. Et donc on leur apprend à apprendre, c’est-à-dire qu’ils découvrent les connaissances par eux-mêmes. On leur donne donc beaucoup d’autonomie et de responsabilité.

Ça veut dire qu’il n’y a pas ou très peu de cours magistraux, que l’élève ne prend jamais de notes sous la dictée. Les enfants discutent beaucoup entre eux, il y a un travail de groupe obligatoire et ensuite on produit quelque chose et on apprend. Quand l’enfant travaille de cette façon, il sait déjà ce qu’il va trouver dans un livre parce qu’il aura fait la démarche de découvrir, étape par étape. On ne leur dicte pas les connaissances mais on les amène à poser et à se poser des questions pour atteindre ces connaissances.

Bien sûr, le professeur est là comme guide mais il n’est pas le seul garant de la connaissance. On peut aussi apprendre avec la famille, les voyages, la télévision, Internet... Ce n’est pas seulement ce qui se fait en classe qui est important, c’est aussi tout ce qui se passe dans le monde et qui peut influencer les compétences des enfants.


En Finlande, chaque enfant va dans l’école de son quartier. Dès lors, les enfants issus d’écoles de quartiers défavorisés ont-ils le même bagage de connaissances et de compétences que celui des enfants issus d’écoles de quartiers favorisés ?

Exactement le même et quelquefois meilleur parce qu’ils auront eu plus de professeurs de soutien qui se seront occupés d’eux. En fonction des classes où il y a beaucoup de nationalités, la pédagogie est vraiment différenciée et on s’occupe de chaque enfant, ce qui fait qu’ils pourront peut-être mieux réussir que d’autres.


Ce tronc commun bannit l’échec scolaire et donc, du même coup, l’exclusion sociale ?

Des études ont montré que la Finlande est le pays où il y a le moins de différence entre les écoles, entre la ville et la campagne, entre les différentes classes sociales et entre les différentes ethnies.


La pédagogie finlandaise est un bon outil de lutte contre l’échec, mais aussi contre l’ennui ou la violence à l’école par exemple ?

Le fait de donner beaucoup d’autonomie aux écoles et aux enseignants motive l’enseignant qui, lui-même, motive ses élèves. Ce sont les élèves qui décident,  avec le professeur, quel sera l’examen, quels seront les objectifs à atteindre, quel sera le rythme des contrôles. On demande toujours l’avis aux enfants et donc, ils ne peuvent pas se révolter contre ce qu’ils ont décidé eux-mêmes.

Les petits Finlandais ne sont certainement pas plus intelligents que les petits Belges, les petits Français ou les petits Québécois mais il y a des manières différentes d’approcher les choses.

Propos recueillis par V.D.

             

1 AMOPA : Association de l’Ordre des Palmes Académiques

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 23 juin 2008