Ateliers créatifs, école de devoirs… autant d’activités initiées par les Ateliers du soleil qui placent, au centre de leurs préoccupations, la lutte contre les inégalités scolaires et sociales.
Entretien avec Luccia Saponara, directrice des Ateliers du Soleil.
Il y a du pour et du contre. Ce qui est intéressant, c’est que nous pouvons situer le niveau scolaire de l’enfant par le biais du devoir. Par contre, s’il n’y pas d’école de devoirs qui peut encadrer l’enfant issu de milieu défavorisé qui n’a pas, chez lui, des parents qui peuvent l’aider, le devoir devient discriminatoire car l’enfant risque d’avoir des résultats négatifs. Si on peut bien utiliser le devoir, c’est-à-dire dans un but d’égalité et de non- reproduction des classes sociales, c’est très bien. Il est important d’apprendre à l’enfant à travailler, à faire des recherches. Il y a des devoirs très intéressants comme il y a des devoirs tout à fait débiles.
Tout à fait ! Il y a de tout ! Ce sont souvent les parents qui, ne se sentant pas assez confiants et voyant les difficultés scolaires de leur enfant, s’adressent à nous. Mais nous ne nous arrêtons pas à l’échec scolaire et notre projet ne se limite pas à l’école. Notre but est un projet social qui consiste à conscientiser l’enfant, le responsabiliser, lui apprendre des valeurs universelles comme le travail d’équipe, la mixité culturelle, la tolérance, la cohésion sociale… Parmi les 70 enfants que l’on accueille, nous avons peut-être 30 à 40 enfants de nationalités différentes. On essaie, par exemple, de donner aux plus grands des notions de solidarité et de responsabilité par rapport aux plus jeunes. Le scolaire pour nous n’est qu’un moyen pour atteindre un objectif plus universel.
On travaille beaucoup sur le relationnel. Quels que soient sa couleur de peau, son âge, son genre, son origine, le jeune doit se sentir bien. Quand il y a un échec scolaire il ne doit pas en être gêné. Au contraire, il doit avoir le courage de le dire pour que l’on puisse y remédier.
Nous avons environ 15 personnes pour encadrer les enfants, une équipe qui a exactement le même visage que l’ensemble des communautés d’où proviennent les enfants : grande mixité de genres, de nationalités, d’origines… Beaucoup d’animateurs ont eu un vécu semblable aux jeunes ou à leurs parents. Ils tentent de leurs faire comprendre que, même si l’école reproduit les inégalités, c’est aussi grâce à elle que l’on peut y remédier. Les jeunes ne vont pas forcément avoir la même place que leurs parents dans le système économique.
On a des contacts tout à fait quotidiens avec les parents. Certains d’entre eux viennent ici pour suivre des cours de français et sont souvent encadrés par les mêmes animateurs que ceux qui encadrent leurs enfants. On peut ainsi mieux comprendre l’enfant en connaissant les parents et inversement. On a plusieurs activités qui se complètent et se renforcent mutuellement pour un même objectif, c’est-à-dire une lutte contre les inégalités et les discriminations.
Un autre élément important est que nous travaillons beaucoup en collaboration avec les écoles lorsqu’un enfant est en échec scolaire, non pas pour poser un jugement mais pour en discuter. Certains profs sont un peu "à côté de la plaque", se limitent au côté scolaire et n’ont pas une vue globale de l’enfant. Un jeune ce n’est pas qu’un étudiant, c’est un être humain qui vit dans une situation de logement exigu, qui comprend les angoisses de ses parents quand ils sont dans des situations d’illégalité par exemple.
Bien sûr, nous avons un peu la tâche facile : 70 enfants pour une dizaine d’animateurs alors que dans les écoles, il y a des enseignants qui sont seuls face à une bonne vingtaine d’enfants et donc, la relation est différente aussi. Mais je pense qu’il y a des efforts à faire au niveau de l’école par rapport au relationnel surtout. Il y a des enfants qui souffrent vraiment de la relation qu’ils ont avec leur enseignant.
J’ai le cas d’un enfant roumain de dix ans qui est resté pendant deux ans chez lui à la maison parce que ses parents n’avaient pas de documents de séjour. Lorsqu’ils ont enfin eu l’occasion d’envoyer leur enfant à l’école, malgré sa méconnaissance de la langue française et son retard scolaire, il s’est retrouvé dans l’année des élèves de son âge ! Evidemment il ne savait pas suivre. L’école propose alors de l’orienter dans l’enseignement spécial. L’enfant devient violent, se bat avec tout le monde, insulte son institutrice. Nous avons alors pris contact avec l’école qui reconnaissait ne pas avoir les moyens de l’encadrer. Aujourd’hui, aux Ateliers du Soleil, l’enfant se sent bien, il a progressé en français, s’est fait beaucoup d’amis, est toujours souriant. On espère lui trouver une école un peu plus alternative, c’est-à-dire une école qui voit dans cet enfant l’être humain et pas uniquement le niveau scolaire de 5ème année qu’il n’a absolument pas !
Je pense que oui. On a du matériel pédagogique que l’on utilise aussi bien pour les adultes que pour les enfants. On a énormément de livres, de jeux de société, de matériel informatique. On essaie d’être à jour au niveau de tout ce qui est multimédia. On est mieux fournis que certaines écoles.
Ce qui est particulier chez nous c’est que ce sont les mêmes enfants qui suivent les ateliers créatifs que ceux qui sont encadrés à l’école de devoirs. Le fait que l’enfant puisse faire de magnifiques dessins et statues en terre glaise aux côtés de ses animateurs diminue chez lui le sentiment négatif qu’il éprouve avec ces mêmes animateurs sur une matière dans laquelle il n’est pas aussi fort. On essaie de voir l’enfant dans son ensemble et pas uniquement là où il est en échec. Il n’y a jamais quelqu’un qui est tout à fait nul ou tout à fait bon.
C’est une question difficile. On essaie de faire comprendre aux jeunes pourquoi ça ne fonctionne pas de la même manière à l’école. Quand un enfant se plaint d’un instituteur, on en discute beaucoup et on lui propose également d’en discuter calmement avec son enseignant. On essaie quand même d’exporter un peu notre pédagogie. Les valeurs que l’on inculque à l’enfant sont des valeurs qu’il peut développer ailleurs aussi, avec ses frères et sœurs, avec ses parents, les enseignants, avec n’importe quelle personne à l’extérieur.
C’est très important ! Ce sont des gens de milieux défavorisés mais ce n’est pas une raison pour leur donner des locaux misérables, sales, avec du matériel détérioré. Ils ont le droit d’avoir du matériel et un encadrement de qualité. Et puis, ça valorise une relation. A la maison, quand l’enfant doit partager une chambre avec quatre ou cinq membres de sa famille, il est évident qu’il devient agressif. Si on a un espace suffisant, les relations sont plus saines et conviviales.
Propos recueillis par V.D.
Infos : www.ateliersdusoleil.be - info@ateliersdusoleil.be – 02/736.78.95
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 23 juin 2008