Dans le domaine des chantiers internationaux, le volontariat tient lieu de profession de foi comme de principe d’action. Bien plus qu’un travail bénévole, l’engagement volontaire se revendique ici acte d’échange, processus de transformation et terrain d’apprentissage.
Travailler gratuitement est une expérience formidable. Cette conviction forge probablement pour partie l’action des organisations de chantiers internationaux. Au sein de la COJ, trois associations ont fait de ces projets de volontariat à court terme une de leurs activités phares. Par l’intermédiaire du SCI, des CB, ou encore de JAVVA, plus de 500 jeunes résidents en Belgique rejoignent chaque année un chantier à l’étranger. Quelques 300 volontaires étrangers s’investissent également annuellement sur des projets organisés en Communauté française. A l’échelle mondiale, ce sont plusieurs dizaines de milliers de volontaires qui s’engagent sur des activités de ce type. Le chantier, s’il intrigue, souffre pourtant souvent de perceptions erronées. Régulièrement affublé d’une aura d’action humanitaire, parfois travesti en offre touristique, épisodiquement compris comme une formation aux métiers techniques, il peine à imposer sa vraie nature : celle d’être un outil d’éducation non-formelle, une formidable opportunité de s’investir dans des environnements nouveaux et de vivre des pratiques citoyennes en compagnie de gens venus de pays différents.
Apparus au cours du 20ème siècle, au lendemain des grands conflits mondiaux, les chantiers internationaux se sont développés sur des valeurs de paix et de collaboration entre les peuples et les cultures. Si, aujourd’hui, ces valeurs s’inscrivent toujours au cœur des pratiques du secteur, les projets proposés se sont toutefois considérablement modifiés au cours du temps. Alors que les premières équipes de volontaires internationaux partaient reconstruire les villages d’un continent européen dévasté, les propositions d’engagement volontaire ont connu une forte diversification. De la restauration d’un ancien lavoir à l’organisation d’un festival ou à l’entretien de sentiers de randonnées, les offres de volontariat se révèlent multiples. Dans leur grande majorité, elles portent toutefois sur des tâches simples, réalisables par le plus grand nombre. Les chantiers requièrent en effet rarement des compétences préalables chez les volontaires. Ils respectent une notion de service à la collectivité, mais entendent tout autant favoriser le développement personnel de leurs participants et promouvoir l’éducation à l’interculturalité. Le chantier se vit ainsi selon une dynamique d’échange. Echange entre les membres du groupe, qui viennent d’horizons différents, ne se connaissent pas avant d’arriver sur le chantier et apprennent à se connaître. Echange entre le groupe et la collectivité qui l’accueille.
Le GRIMM, une asbl défendant l’environnement marchois, en province de Luxembourg, le festival du film pour enfants de la Bourboule, en Auvergne, ou encore le groupe des femmes de Sengeri, dans la campagne kenyane, représentent autant de structures qui s’apprêtent à accueillir des volontaires étrangers au cours des prochains mois. Pour ces associations, au rayon d’action territorialement limité, le chantier représente souvent un moment particulier. Les volontaires leur donnent un coup de main dans la réalisation d’un projet, mais apportent surtout une dynamique dans leur vie associative. Après le départ des volontaires, il restera des nouveaux souvenirs, des nouveaux liens, de nouvelles idées… Supervisés par des organisations actives au niveau national, les chantiers internationaux ont ainsi comme particularité d’interconnecter des centaines d’acteurs et de microprojets locaux. Un programme de chantiers internationaux apparaît comme un kaléidoscope d’initiatives humaines ; parfois vaines, souvent durables, et toujours ancrées dans des réalités vernaculaires. Bien que majoritairement développés dans les continents européen et asiatique, les chantiers mettent ainsi en relation des sociétés civiles du monde entier et favorisent une dynamique d’échange entre elles.
Le volontaire, qui s’investit ponctuellement sur un projet, ne prendra peut-être pas toujours spontanément conscience de cette portée globale du chantier, ni du rôle qu’il y assume. Avant le départ pour l’étranger, comme au retour, l’association de chantier prendra donc soin de fournir un accompagnement dans la préparation et l’évaluation du projet. La réalité vécue devra pouvoir être replacée dans le cadre des enjeux qui la sous-tendent, et l’expérience se révéler source d’enseignements. Le chantier ne constitue jamais une fin en soi. Il représente tout au plus un épisode, une étape, voire un point de départ. Il y a l’expérience de vie collective tout à fait spécifique : en moyenne sept nationalités se côtoient sur un groupe de dix participants… Il y a l’apprentissage de l’autonomie, la découverte de l’inconnu : le volontaire part généralement seul sur son chantier. Il y a aussi, et surtout, ce que le chantier nous invitera à réaliser par la suite. Idéalement, autant que susciter l’émancipation, l’expérience devra catalyser des engagements futurs.
Grégory Van De Put
Coordinateur de l’Association des Compagnons Bâtisseurs
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 23 mars 2010