Nombreuses sont les associations actives dans le volontariat. Trois d’entre elles témoignent de leur enrichissement.
Le volontariat est l’objectif en soi de l’association, c’est la base de notre travail. L’idée est de développer le volontariat comme un outil d’éducation à la citoyenneté. Nous voulons impliquer notre public dans des activités bénévoles.
-> Pascal Duterme, coordinateur du Service Civil International
Notre existence en dépend complètement puisque l’entièreté de nos activités sont orientées sur la pratique volontaire.
-> Grégory Van de Put, coordinateur de l’Association des Compagnons Bâtisseurs
Je ne dirais pas qu’ATD Quart Monde repose exclusivement sur le bénévolat. J’ai envie d’utiliser un mot qui nous est plus particulier : l’engagement. Le volontariat est une forme d’engagement au sein d’ATD Quart Monde et diffère de la manière de percevoir le volontariat en Belgique. Etre volontaire, chez nous, a un caractère plus permanent. Les personnes qui s’engagent dans ce sens ont abandonné des projets personnels, se rendant disponibles à plein temps pour bâtir des projets avec des familles qui tentent de sortir de la misère. Une des caractéristiques du volontariat d’ATD Quart Monde est que tous les volontaires ont la même indemnité, quelle que soit leur responsabilité ou leur ancienneté. On essaie qu’il y ait le moins possible de relation de hiérarchie entre les volontaires et ça passe entre autres par le salaire. Certaines personnes s’engagent pour leur propre milieu : on les appelle les militants. Ce sont parfois des personnes qui continuent à vivre des situations de misère ou de difficultés financières et qui prennent le temps de s’engager pour les personnes de leur propre milieu.
Le bénévolat est une autre forme d’engagement qui consiste à soutenir l’association dans des tâches ponctuelles ou matérielles, à côté de ses propres activités, à raison d’une fois par semaine, par exemple. Enfin, certaines personnes s’engagent avec ATD en tant qu’alliées. Celles-ci s’investissent dans leur propre milieu professionnel pour faire changer le regard de la société sur la pauvreté, la misère et l’exclusion et transformer leurs pratiques.
-> Bernadette Pinet, volontaire chez ATD Quart Monde
Nous avons toujours utilisé le terme de volontaires et ça s’explique entre autres parce que l’on travaille beaucoup en anglais et qu’en anglais on ne parle que de volontaires. On utilisait déjà ce terme avant la sortie de la loi sur le volontariat.
-> Grégory Van de Put, coordinateur de l’Association des Compagnons Bâtisseurs
ATD quart monde est actif dans différents pays et lutte contre la misère. Ses premiers membres sont les familles qui connaissent des situations difficiles liées à la grande pauvreté et l'exclusion. Sans elles, il n’y aurait ni bénévoles ni volontaires. Nous ne sommes pas dans une relation envers des bénéficiaires ou des personnes qui sont aidées. Nous sommes tous membres acteurs d’une association qui lutte contre la misère et contre l’assistance.
-> Bernadette Pinet, volontaire chez ATD Quart Monde
L'aspect international est effectivement très important. Mais la plupart des projets consistent également à faire venir en Belgique, dans le cadre du SCI, des gens de milieux, de cultures et d’âges différents. La grosse majorité des personnes qui s'impliquent dans des projets chez nous sont des jeunes mais nous aimons également accueillir d’autres générations. Nous voulons promouvoir l’hétérogénéité des groupes car c’est lors de la confrontation des différences que l’on peut apprendre sur l’autre et sur soi-même. Faire les choses collectivement est aussi un aspect essentiel pour SCI.
-> Pascal Duterme, coordinateur du Service Civil International
Au niveau des Compagnons Bâtisseurs, nous sommes beaucoup moins dans une dynamique Nord/Sud. Nous avons des partenaires dans
le monde entier mais nous travaillons beaucoup plus sur des échanges
intra-européens. 86% de nos jeunes sont partis dans un pays européen et les proportions sont plus ou moins semblables en ce qui concerne l’accueil en Belgique des jeunes venus d'Europe. Nous proposons des projets de volontariat à l'étranger pour les adolescents à partir de 14 ans.
Enfin, ce qui forge l’identité de notre association sont nos projets d’accompagnement des personnes handicapées.
-> Grégory Van de Put, coordinateur de l’Association des Compagnons Bâtisseurs
Le SCI a été créé après la première Guerre Mondiale par une personne issue des milieux pacifistes de l’avant-guerre. Les premiers chantiers ont réuni des gens de pays antagonistes qui avaient fait la guerre et qui se sont unis pour reconstruire ce que la guerre avait détruit. L’idée était de construire la paix en réunissant des gens de différentes cultures autour de chantiers. Le service civil était clairement, à l’origine, une alternative au service militaire. L’objectif était de mettre en situation de volontariat des personnes pour travailler ensemble à quelque chose d’utile à travers un outil de communication et de pacification des gens. L’idée centrale et originale était la promotion de la paix.
-> Pascal Duterme, coordinateur du Service Civil International
Dans les motivations, il y a un peu de tout. Les gens s’impliquent également sur le plan national. Chez nous, beaucoup de personnes veulent partir dans le Sud dans l'intention "d'aider". Evidemment, il y a toute une réflexion autour de ce terme. Nous leur expliquons que nos projets ne consistent pas à faire de l'humanitaire mais qu'il s'agit d'abord d'un voyage et surtout de rencontres pour s'enrichir. Il y a une histoire de paternalisme énorme du Nord sur le Sud et une vision encore véhiculée aujourd’hui consiste à dire que le Nord a aidé ou aide le Sud. Or, en l’occurrence, cela ne fonctionne pas si bien que ça. Nous sommes surtout sur le partage des valeurs et sur l'enrichissement mutuel. On dit souvent aux gens que le développement se fait surtout ici en changeant de comportement. Mais aller le vivre là-bas permet de leur donner l’envie de faire quelque chose.
-> Pascal Duterme, coordinateur du Service Civil International
Un projet de volontariat dans le cadre d’un chantier avec les Compagnons Bâtisseurs a un caractère collectif. Il s'agit d'un groupe de jeunes qui vont travailler aux côtés d'une communauté ou d'une population locale. On est dans l’échange, dans la rencontre mais on n’est certainement pas dans de l’aide. Et on reçoit beaucoup plus que ce que l’on donne lorsqu'on participe à un projet de volontariat comme celui-là. C’est une autre façon de passer des vacances, une autre façon de découvrir un pays et une super expérience de vie où l’on reçoit beaucoup d’apprentissages. C’est toute la différence avec un projet humanitaire.
-> Grégory Van de Put, coordinateur de l’Association des Compagnons Bâtisseurs
C’est une forme de vacances. On peut aller au Club Med ou dans un hôtel quatre étoiles mais on peut aller aussi s’immerger dans la population locale en travaillant sur un projet avec les gens. Ce sont deux choses totalement différentes.
-> Pascal Duterme, coordinateur du Service Civil International
C’est vraiment l'objectif avoué du SCI. Il y a des formations qui sont proposées avant les chantiers et un suivi qui est mené au retour. On espère que cette expérience va leur donner un déclic et un désir de se mobiliser, et si c’est le cas, on leur propose des pistes d’actions. Notre objectif est que les gens aient envie d’être acteurs dans un certain sens par le biais d’actions collectives et citoyennes ; les chantiers ne sont finalement qu’un prétexte ou un point de départ. Il y a différentes façons de s’impliquer : ça peut être dans sa vie familiale, dans ses discours, dans ses achats, dans une vie associative… On a déjà fait des enquêtes d’impact pour savoir ce que les chantiers avaient changé chez les gens. Et dans la réalité, beaucoup de personnes s’impliquent en tant que bénévoles dans des structures où ils développent leur propre projet. Le volontariat est un processus qui apporte beaucoup à la société et qui est aussi très formateur pour le jeune. Les volontaires qui s’investissent chez nous ne font pas juste du volontariat, on leur donne des formations, on les encadre, on les aide à développer leur projet.
-> Pascal Duterme, coordinateur du Service Civil International
Aujourd’hui, beaucoup de jeunes sont attirés par le volontariat d’ATD Quart Monde, et pas seulement en Belgique. Ils sont dans la recherche d’un idéal. Je ressens chez les jeunes qui font la demande de s’engager en tant que volontaires, un désir de casser avec une société de consommation et une volonté de vivre autrement. Mais s’engager sur le long terme dans ce volontariat est une autre question.
-> Bernadette Pinet, volontaire chez ATD Quart Monde
On a souvent une réflexion sur la manière d’attirer une autre "catégorie" de la population vers le volontariat. Il est certain que ce ne sont pas les personnes issues de milieux ultra défavorisés qui viennent frapper à notre porte. Il y a avant tout le côté financier qui entre en ligne de compte : il faut pouvoir se payer le billet de train ou d’avion. Ceci dit, nous avons mis en place des structures financières et d’accompagnement qui permettent aussi d’intégrer des personnes moins favorisées.
-> Pascal Duterme, coordinateur du Service Civil International
Les bénévoles, chez nous, sont généralement des personnes qui ont déjà eu toute une vie professionnelle derrière elles. Les jeunes s’engagent également en tant que bénévoles dans des bibliothèques de rue par exemple, à raison d’une fois par semaine. Ce qui est difficile, c’est la durée d’un tel engagement. Du coup, nous n’avons pas beaucoup de bénévoles.
-> Bernadette Pinet, volontaire chez ATD Quart Monde
On aurait tendance à dire que la majorité des volontaires fait partie de la classe moyenne éduquée. Je pense qu’il y a un facteur économique mais c’est surtout lié à un certain niveau d’éducation. On touche plus d’étudiants que de gens qui ne font pas d’études. Malgré tout, au sein de nos membres, on remarque qu’il y a une certaine diversité sociale et économique.
-> Grégory Van de Put, coordinateur de l’Association des Compagnons Bâtisseurs
Quand on a du souci pour son propre quotidien, c’est difficile d’envisager un engagement bénévole. Si on veut être bénévole, que l’on relève du chômage et que l’on est obligé de prouver que l’on cherche activement du travail au risque de se voir supprimer ses allocations, je comprends que les gens ne s’engagent pas en tant que bénévoles. Quand on est déjà dans le stress lié à la recherche d’un boulot pour nourrir sa famille, le bénévolat peut être mal perçu, y compris par les services sociaux qui vous suivent. Les gens doivent se sentir libre de s’engager !
-> Bernadette Pinet, volontaire chez ATD Quart Monde
Nous avons un fonds de solidarité qui permet de financer des billets pour les personnes qui n’ont pas les moyens de se les payer. Mais il n’y a pas que le côté financier qui peut poser problème. S’intégrer dans un groupe, parler anglais… n’est pas forcément évident pour tout le monde. Certaines associations, comme Solidarcité, accueillent des jeunes issus de milieux plus défavorisés. C’est en collaboration avec ces structures que l’on pourra diversifier la base sociale de notre public.
-> Pascal Duterme, coordinateur du Service Civil International
Propos recueillis par V.D.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 23 mars 2010