Offre multiforme. Accès illimité. Durée déterminée. Pas de compétence particulière exigée. Le service citoyen séduira-t-il la jeunesse dans son hétérogénéité ? Entretien avec Gaëtane Mangez et François Ronveaux de la "plateforme pour le service citoyen".
Gaëtane : Le projet est né à l'initiative d'associations actives dans le domaine de la jeunesse. L'idée est plutôt de proposer un cadre dans lequel les jeunes pourraient s'inscrire. De nombreux jeunes ne désirent pas s’engager pour la collectivité simplement parce qu’ils ne connaissent pas cette option. Le service citoyen vise un public le plus large possible.
François : Je vois cela comme une feuille de dessin, à savoir qu'il y a effectivement un cadre qui est proposé mais avec une grande liberté de choix à l'intérieur de celui-ci. Le service citoyen peut se décliner selon plusieurs dispositifs et différents domaines d'intervention : environnement, questions sociales, aide aux personnes... Le désir des jeunes peut donc se retrouver à travers une de ces thématiques.
Gaëtane : Dans le cadre de cette période à temps plein, on espère que les jeunes vont en retirer un maximum pour mieux connaître les réalités sociales, acquérir une meilleure estime de soi et pour mieux s'orienter par la suite. On espère que cette période va permettre aux jeunes de réaliser qu’ils peuvent avoir un impact sur la société.
Gaëtane : Ce service citoyen propose aux jeunes de devenir membre actif d'une communauté, d'une collectivité. L'idée est vraiment de mieux relier les jeunes à la société, de rétablir un lien plus actif entre les jeunes et la société. Donc oui, cela vise une meilleure conscience citoyenne.
François : Par définition, être citoyen signifie appartenir à une cité. Etre citoyen est donc un fait, il n'est pas possible de ne pas être citoyen. Par contre, on peut être un citoyen plus ou moins actif. On constate le déclin d'une forme d'activité ou de conscience citoyenne qui fait qu'il y a moins de participation aux dimensions collectives et à la politique, c’est-à-dire du "vivre ensemble". Un des objectifs que veut remplir le service citoyen est d'accroître les liens qu'il y a entre la collectivité et les besoins de chacun au sein de cette collectivité. Dans les pays où cela a pu être évalué, il y a clairement une augmentation de la conscience citoyenne qui se développe grâce au service citoyen. Notamment par rapport à la connaissance des faits sociaux, à la compréhension globale du monde, à la connaissance des institutions, aux envies d'agir et de s'engager... Il y a également, selon une étude qui a été menée, un meilleur taux d'employabilité parce que l'on est plus à même de se présenter, de parler en public, de construire un curriculum vitae... A travers l'expérience, il y a une structuration qui s'opère ainsi qu’une acquisition de compétences générales (plutôt que de compétences techniques ou professionnelles).
Gaëtane : Par le biais d'un service citoyen, l'idée est de donner les outils, les pistes de réflexions et de permettre aux jeunes de faire des choix beaucoup plus conscients. Evidemment, dans le fait qu'il s'agisse d'un programme qui prône une vie en groupe, un brassage social, des formations, une préparation à l'avenir, une implication dans la vie associative..., il y a clairement une orientation, un parti pris. On essaie d'orienter les jeunes vers une vision de la société moins individualisée. Et donc, on ne peut pas dire qu'il n'y ait absolument aucun formatage.
François : Un des garants pour éviter le formatage des individus (comme on formatait des militaires) est un organisme qui agrée un certain nombre de structures pouvant accueillir des volontaires mais qui seront diversifiées dans les actions qu'elles mènent.
Gaëtane : Pour le moment, la plateforme défend un service citoyen volontaire. Ca ne signifie pas que l'on exclu l'idée du débat entre le caractère volontaire et obligatoire du service. Il faut d'abord créer un service citoyen actif, qui soit bien pensé et dans lequel les jeunes s'impliquent spontanément. Si dans dix ans, on constate que l'on ne touche qu'une catégorie privilégiée de la population, on aura peut être raté notre objectif. Ça vaudra alors la peine de poser la question du caractère obligatoire.
Gaëtane : Le service citoyen est un engagement sur une période à temps plein et doit être impulsé et financé par l'Etat. Les jeunes doivent pouvoir subvenir à leurs besoins durant cette période afin que les moyens ne soient pas un frein à la réalisation du service citoyen. Et pour cela, nous avons besoin d'une loi ! L'idée serait que des jeunes au chômage, par exemple, puissent garder leurs allocations de chômage et malgré tout vivre cette expérience. Ou que les jeunes qui sont encore aux études puissent garder leurs allocations familiales s'ils sont encore chez leurs parents... Cela devrait se décider au cas par cas pour que tous les jeunes aient l'opportunité de s'engager. L'autre option serait de donner une bourse équivalente à tous les jeunes. Nous sommes actuellement encore en débat sur ces questions.
Gaëtane : Si une loi est votée, il faudra prévoir les garde-fous et bien définir les domaines pour lesquels on peut exercer un service citoyen. La plateforme est née dans le but d'inciter le politique à créer une loi qui mette sur pied un service citoyen. On n'est pas du tout dans une politique de mise à l'emploi des jeunes et on ne veut pas uniquement toucher les jeunes au chômage, sinon, on rate l'objectif de brassage social. Les partis politiques francophones sont très positifs à l'idée d'un service citoyen. Ils vont dans le sens de notre réflexion et soutiennent l'idée qu'une expérience dans le secteur associatif peut être tout à fait bénéfique aux jeunes et à la société en général. Les personnes qui expérimentent le volontariat une fois ont tendance à y revenir par la suite. Ce service citoyen serait une pause pour tous les jeunes, qu'ils soient en décrochage, qu'ils soient au milieu de leur parcours scolaire ou qu'ils aient fini leurs études. C'est autre chose dans le parcours école-études-travail.
François : Actuellement, il y a un décalage entre une école qui a très peu d’ancrage dans le réel et qui dispense une instruction assez abstraite et le milieu professionnel qui exerce une pression très forte et dans lequel le jeune est largué. Le service citoyen pourrait servir de passerelle.
Gaëtane : On se rend compte que ça répond à des nouveaux besoins dans une société qui est de plus en plus individualisée et où il y a de moins en moins d'espaces de rencontres.
Gaëtane : Bien sûr et c'est fondamental ! La seule chose demandée sera un engagement et de l'énergie à investir dans un ou plusieurs projets.
François : Un des objectifs est la reconnaissance du statut lié au service citoyen. Il faut que le jeune puisse être reconnu et valorisé par rapport à la réalisation d'un tel service.
Gaëtane : Il existe une loi sur le volontariat/bénévolat mais ce n'est pas un statut qui serait adapté à des jeunes qui seraient volontaires à temps plein. Il faut un statut propre au service citoyen afin que, par exemple, les jeunes au chômage ne soient pas convoqués par l'ONEM durant leur service. Il s'agit d'une offre complète qui comprend des formations et un investissement sur le long terme.
Propos recueillis par V.D.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 23 mars 2010