Certains veulent y jouer en toute sécurité. D’autres, y imposer leur art en toute légitimité. Rencontre avec des jeunes des Maisons de Jeunes "XLJ" à Ixelles et "Le Bazar" à Saint-Gilles.
L'aménagement de l'espace en lui même est très différent d'une ville à l'autre. Berlin par exemple, est beaucoup plus grand que Bruxelles. C'est cinq fois Paris ! Les trottoirs font deux à trois fois la largeur de ceux que l'on trouve ici. Quand une personne arrive face à nous avec des sacs dans les mains, on ne doit pas se mettre de biais pour éviter de la bousculer.
Il y a des voitures, comme partout, mais je n'ai pas ressenti d'engorgement comme on peut en ressentir à Bruxelles durant les heures de pointe. C'est complètement différent de ce que l'on vit ici.
Au niveau de l'aménagement à Bruxelles, c'est Léopold II qui a amené le principe des parcs publics. On a la chance d'avoir beaucoup d'espaces verts et de pouvoir aller d'un bout à l'autre de Bruxelles assez facilement. Mais il y a beaucoup de voitures !
-> Xavier, 32 ans, jeune de la Maison de Jeunes "XLJ"
Il y a un côté un peu chaotique à Bruxelles. Je viens de Barcelone et là-bas, chaque quartier a sa spécificité. Ici, il suffit de changer de rue pour se retrouver dans une autre ambiance. La rue Grey à Ixelles (Bruxelles) par exemple, près de la Place Flagey, a quelque chose de très populaire. A deux pas de là, dans la chaussée d'Ixelles, on est plongé dans une ambiance très commerçante et branchée avec des restaurants du type "on est jeune et cool". Un peu plus loin, près de l'avenue Louise, on arrive dans un quartier très chic. C'est incroyable ! On se demande vraiment comment c'est possible avec à peine 100 mètres de distance entre toutes ces rues.
-> Marta, 35 ans, animatrice de la Maison de Jeunes "XLJ"
Au niveau du vélo par exemple, il faut s'accrocher et être aussi fou que les conducteurs de voitures pour réussir à se frayer un chemin. C'est aussi agréable de se balader dans Bruxelles à pieds.
-> Xavier, 32 ans, jeune de la Maison de Jeunes "XLJ"
J'aime beaucoup Bruxelles ! J'ai toujours énormément marché ou roulé à vélo dans Bruxelles. Cette ville est un festival ! De par ces changements fréquents d'ambiance, il n'y a pas de monotonie.
-> Marta, 35 ans, animatrice de la Maison de Jeunes "XLJ"
Quand des enfants jouent sur la rue dans la neige, c'est dangereux car ils risquent de se faire renverser par des voitures. On doit trouver des solutions pour que les gens puissent sortir et jouer en toute sécurité. Quand il neige, on devrait organiser des journées sans voiture.
-> Mohamed, 22 ans, jeune de la Maison de Jeunes "Le Bazar"
La rue est faite pour les voitures et donc les enfants ne devraient pas y jouer. Il faudrait plus d'endroits publics pour les jeunes pour ne pas qu'ils se dirigent vers la rue.
-> Medi, 20 ans, jeune de la Maison de Jeunes "Le Bazar"
Les barrières du terrain de foot de la porte de Hal sont dégradées. On a même entendu qu'ils allaient enlever le terrain de foot pour faire un espace plus grand. Mais les jeunes qui jouent au foot, que vont-ils faire après ?
-> Medi, 20 ans, jeune de la Maison de Jeunes "Le Bazar"
S'ils enlèvent des terrains de foot ou les plaines de jeux, il y aura plus d'ennuis, plus de vols, plus d'agressions, plus de trafics... Tout ce que l'on gagnera, c'est une guerre. Pour moi, c'est pas une vie, c'est une guerre.
-> Mohamed, 22 ans, jeune de la Maison de Jeunes "Le Bazar"
J'ai l'impression que les aménagements qui ont été réalisés il y a un moment et qui correspondaient à un certain type de vie à l'époque n'ont jamais été repensés à fond sur base de ce que l'on vit maintenant.
On sent une volonté de réaménager certaines choses mais ça n'a pas beaucoup d'envergure. Des sites propres pour la circulation des bus et des trams sont encore peu répandus.
-> Xavier, 32 ans, jeune de la Maison de Jeunes "XLJ"
Ce qui me choque, ce sont les enfants et les jeunes qui traînent dans les rues et qui embêtent les gens. Parfois, des gamins crient comme des animaux. Vis-à-vis des gens qui travaillent et qui doivent se lever tôt, ça ne se fait pas. Les parents sont responsables. Il faut trouver le moyen d’éviter que les enfants et les jeunes restent dans les rues et aient de mauvais comportements. Pourquoi a-t-on ouvert la maison des jeunes "Le Bazar" ? Pour permettre aux petits et aux grands d'avoir des activités et de se faire des copains.
-> Mohamed, 22 ans, jeune de la Maison de Jeunes "Le Bazar"
Ce qui manque dans l'espace public ce sont les espaces verts. Il ne faut pas oublier qu'on en a besoin pour vivre ! C'est plus gai de marcher sur de l'herbe plutôt que de marcher sur le macadam avec du caca de chien. Avec, de préférence, des gardiens de parc pour que tout se déroule parfaitement bien.
Les jeunes qui sont nés dans le monde actuel ne savent pas ce qui pourrait être mieux dans l'espace public. Je sais qu'avant, c'était un monde différent où l'on n’avait pas peur de sortir.
-> Medi, 20 ans, jeune de la Maison de Jeunes "Le Bazar"
Moi, je rêve de quelque chose de merveilleux : des parcs partout, plus de connerie, plus de poubelle, plus de racisme, des gens qui passent et vous disent bonjour... Avant, à Bruxelles, les marchands de lait déposaient des bouteilles de lait devant les portes en toute confiance, personne ne les prenait. Avant, c'était plus convivial.
-> Mohamed, 22 ans, jeune de la Maison de Jeunes "Le Bazar"
Ce qu'il faudrait ce sont des personnes qui encadrent l'espace public et divertissent les jeunes qui se trouvent dans cet espace pour ne pas les laisser faire n'importe quoi. J'ai grandi dans la rue et je n'ai pas connu d'endroits spécialement pour les jeunes, à part les terrains de foot. Une des meilleures solutions pour les jeunes ce sont les maisons de jeunes où il y a un bon encadrement.
-> Medi, 20 ans, jeune de la Maison de Jeunes "Le Bazar"
L'espace public sert à se déplacer mais il faut s'y sentir bien. Une chose que l'on pourrait améliorer est l'accessibilité aux personnes handicapées et aux personnes âgées. Je n'ai pas l'impression que cet espace est accessible à tout le monde et ça me scandalise.
-> Alissa, 24 ans, jeune de la Maison de Jeunes "XLJ"
Dans le cadre d'un projet avec des personnes moins valides, j'accompagnais une personne en chaise électrique et nous avons attendus le passage du cinquième bus pour pouvoir monter. Les quatre bus précédents n'étaient pas équipés pour l'accès des personnes moins valides. Pour elles, il est clair que l'espace public est d'abord le fait de pouvoir se déplacer.
-> Marta, 35 ans, animatrice de la Maison de Jeunes "XLJ"
Dans l'espace public, on peut tout penser, on peut tout dire mais on ne peut rien exprimer de manière plastique (en référence à l'art plastique). Il serait intéressant de permettre aux gens de s'exprimer pratiquement dans la rue sans tomber dans "n'importe qui fait n'importe quoi". Si la discussion se résume au niveau des transports, c'est sans doute parce que l'on n'a pas grand chose à dire ou à décider au niveau de l'espace public.
-> Xavier, 32 ans, jeune de la Maison de Jeunes "XLJ"
J'ai l'impression qu'en ville, si on n'a pas de chien, on ne sort pas promener. Quand on sort, c'est pour aller faire quelque chose de précis. L'espace public est très lié au shopping.
-> Marta, 35 ans, animatrice de la Maison de Jeunes "XLJ"
On ne parle d'espace public que si on a une raison ou un but à atteindre. Je n'ai pas l'impression que l'espace public existe en soi, entre les gens, en dehors de cet aspect commercial. Lors de nos activités où l'on interagissait avec le public, l'espace public prenait tout à coup un sens.
-> Alissa, 24 ans, jeune de la Maison de Jeunes "XLJ"
C'est un projet basé sur l'expression et la création avec des jeunes valides et moins valides. Notre volonté est de créer quelque chose de beau en termes de valeurs. On pose des actes dans la rue qui font réfléchir et qui provoquent un décalage par rapport à l'animation quotidienne des environs. Par exemple, une des actions consistait à écrire par terre des phrases qui interpellent comme: "nous sommes tous des handicapés", "je t'aime avec tes défauts"...
-> Marta, 35 ans, animatrice de la Maison de Jeunes "XLJ"
J'aimais bien le principe des performances (actions artistiques) que l'on a filmées sur la place Flagey. A notre manière, nous sommes intervenus dans l'espace. Chacun était invité à se déguiser à l'aide d'accessoires que nous avions emportés, à entrer dans le champ de la caméra et à faire une action. C'était un moyen de se réapproprier cet espace pour y vivre quelque chose d'autre. L'objectif était de faire participer des personnes valides et moins valides et de faire tomber les différences entre les gens. Le fait de faire ces actions et d'avoir un public improvisé amenait quelque chose d'un peu surréaliste et drôle.
-> Xavier, 32 ans, jeune de la Maison de Jeunes "XLJ"
Je garde un bon souvenir des allers et retours vers cette place. On déambulait dans les rues avec des chaises roulantes que l'on avait décorées avec des ailes.
-> Alissa, 24 ans, jeune de la Maison de Jeunes "XLJ"
Les personnes moins valides doivent toujours se mettre de côté. Lors de cette action, on cherchait à leur donner une visibilité et une place centrale dans l'espace urbain. Quand des jeunes s'expriment par le biais des graffitis, par exemple, c'est souvent pour dire "je suis là". C'est un peu la même chose à travers ce projet. Dans notre société, tout va de plus en plus vite et on se laisse un peu prendre par cette rapidité qui finit par nous pourrir et nous faire exploser parfois. Pour les personnes moins valides, un feu qui est vert pour les piétons, par exemple, ne dure pas assez longtemps.
-> Marta, 35 ans, animatrice de la Maison de Jeunes "XLJ"
Sur le trajet, les gens ont tendance à klaxonner parce qu'on les gène. Mais quand ils remarquent que ce sont des personnes moins valides, ils se calment vite. Du coup, ça amène une certaine sympathie, les gens s'arrêtent plus facilement pour nous laisser passer. Dans le cadre d'un projet, des jeunes moins valides allaient à la rencontre des gens sur la place Flagey et leur demandaient en quoi ils étaient handicapés. Ces questions surprenaient les gens qui faisaient vraiment de drôles de têtes. Mais quand ils ont compris ce qu'on leur voulait, ils se sentaient un peu plus rassurés. Nous avons reçu des réponses du style: "je suis handicapé du matin", "je suis un handicapé de l'écriture"... A part deux personnes qui n'ont pas voulu répondre, la plupart en avait envie. Le but de cette activité était de créer la surprise et le questionnement des passants.
-> Marta, 35 ans, animatrice de la Maison de Jeunes "XLJ"
Propos recueillis par V.D.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 22 janvier 2010