Le rouge est mis, les feux sont déjà à l’orange et le vert rime difficilement avec j’espère. Bref, à peine planté, l’Olivier nourrit de grandes craintes quant à sa première récolte. Les jeunes demandeurs d’emploi s’apprêteraient à tâter davantage du noyau que de la chair d’un fruit qui n’a de doux que le nom.
Les chiffres 2008 de l’ONEm concernant "le plan de contrôle renforcé des chômeurs" sont implacables : 4.523 exclusions définitives ont été prononcées en 2008 contre 2.562 en 2007, soit une augmentation de 76%. 6.425 suspensions des allocations de quatre mois ont été déclarées en 2008 contre 4.896 pour l’année précédente, soit une augmentation de 31%.
Depuis 2004, le système d’activation des chômeurs a laissé sur le bord de la route des milliers de demandeurs d’emploi en plein désarroi. Un système dénoncé par le secteur associatif et les syndicats qui ont démontré, témoignages sur le terrain à l’appui, le caractère injuste, inhumain et contre-productif de cette démarche.
L’activation comporte deux volets : une partie contrôle, effectuée par l’ONEm et une partie accompagnement qui est du ressort du régional et donc assurée par Actiris pour Bruxelles, le FOREM pour la Wallonie et le VDAB pour la Flandre.
"On pourrait se dire que le fait de renforcer l’accompagnement, c’est en soi positif" avance Yves Martens, Coordinateur du Collectif Solidarité Contre l'Exclusion et Porte-parole de la plate-forme "Stop Chasse Aux Chômeurs" mais "accompagner signifie aider mais contraindre à l’aide, c’est à tout le moins discutable. A Bruxelles, le demandeur d’emploi est obligé de signer un Contrat de Projet Professionnel (CPP). Or, jusqu’à présent, soit le chômeur faisait une recherche d’emploi de façon autonome, soit il souhaitait l’aide d’Actiris qui contractualisait ce coup de main sous la forme d’un Contrat de Projet Professionnel. "Les accords du Gouvernement Olivier projettent de rendre le CPP obligatoire pour tous les chômeurs de moins de 25 ans dès qu’ils sont inscrits comme demandeurs d’emploi. Ce qui signifie que l’on contractualiserait les jeunes qui sortent des études et donc y compris durant leur période de stage d’attente, c’est-à-dire avant même qu’ils ne soient indemnisés" poursuit Yves Martens, qui n’hésite pas à parler d’ineptie.
"Nous sommes d’accord pour intensifier l’accompagnement mais à condition que ce soit pour se diriger vers quelque chose de positif et non pour aider les jeunes à aller dans le mur. On peut accompagner pour autant qu’il y ait une offre de formations suffisante et diversifiée. Attention à ne pas forcer le jeune à suivre une filière qui ne correspondrait pas nécessairement à son projet professionnel. C’est une question de respect. Et puis, il y a le cas des jeunes qui ont quitté les études avant leur terme pour tenter leur chance sur le marché de l’emploi. On ne va pas les aider en les mettant dans des systèmes de formations obligatoires alors qu’ils ont justement quitté l’école pour trouver autre chose. C’est absurde. De plus, il convient que ces formations débouchent sur du concret. Il faut donc accompagner cette idée d’un processus de création d’emplois. A quoi cela servirait-il de sur-former des jeunes si on n’a rien à leur offrir au bout du chemin ? On aura non seulement des jeunes complètement désespérés mais qui seraient susceptibles, en plus, de concurrencer des travailleurs déjà en place" précise Yves Martens.
Et c’est là que le bât blesse. Sans politique de création d’emplois, les logiques d’accompagnement et de formation conduisent dans l’impasse. Et ce sont malheureusement les jeunes qui sont en première ligne : "en Belgique, où nous vivons dans un système consensuel, on n’applique pas une politique d’un seul coup. Chez nous, on pratique la ‘politique du saucisson’ ; on y va tranche par tranche. Et quasiment dans tous les cas, on commence par les jeunes avec comme argument sous-jacent que l’on donne de l’argent à des personnes qui n’ont jamais travaillé – ce que l’on appelle des allocations d’attente. Mais ce que l’on oublie de dire, c’est que l’accès aux allocations de chômage par le travail est extrêmement difficile en Belgique. Par exemple, une personne de moins de 36 ans doit avoir travaillé 312 jours sur les 18 mois qui précèdent la demande pour avoir droit à des allocations de chômage sur base de son travail" souligne Yves Martens.
On se rend en effet compte que cela ne coule pas forcément de source quand on connaît la précarité d’un emploi mais aussi la succession des périodes d’intérim, de petits boulots, de temps partiels, les emplois ponctuels payés par titres-services ou encore la difficulté de décrocher un contrat à durée indéterminée.
"Or les jeunes qui entrent sur le marché du travail connaissent en général de longues périodes de tâtonnements avant de trouver un emploi stable à durée indéterminée. Et même s’ils ont travaillé, ce sera rarement suffisant que pour décrocher le Graal de l’allocation de chômage sur base de leur travail. Ce qui signifie qu’ils sont doublement discriminés : on les stigmatise parce que, soi-disant, on leur donne de l’argent alors qu’ils n’ont jamais travaillé mais en plus ils perçoivent une allocation qui n’est pas basée sur le salaire qu’ils ont gagné, donc sur les cotisations qu’ils ont quand même payées, mais sur base d’une indemnité forfaitaire. Ils se retrouvent donc au même niveau que ceux qui n’ont jamais travaillé, et nous ne nions pas que cela existe malheureusement."
Des élus et des Présidents de partis ont déjà été interpellés et les trois grands syndicats (FGTB, CSC et CGSLB) ont réagi. Yves Martens revient également sur un élément important : "Joëlle Milquet, ministre de l’Emploi au fédéral a présenté ce qui n’est jamais qu’un élément du plan de réforme du contrôle des chômeurs initié par Frank Vandenbroucke en 2004. Elle a proposé une réforme en 2008 qui a été bloquée au niveau des régions et notamment de la Flandre qui trouvait que cela n’allait pas encore assez loin".
Yves Martens ne sait pas encore de quoi la fin de l’année 2009 sera faite et ne se réjouit donc pas trop vite. Bloqués par la porte, n’essaieront-ils pas de rentrer par la fenêtre?
M-F.V.
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 14 octobre 2009