L’air de la Vélorution a sonné !

Freiner la machine, décompresser, enfourcher son vélo et réapprendre à respirer. La recette ? Une certaine radicalité dans les positions d’un parti pas comme les autres.

Entretien avec Réginald De Potesta De Waleffe, membre de l’association des objecteurs de croissance et fondateur du parti Vélorution.

 
Vous dites préférer la décroissance au développement durable, pourquoi ?

Le parti Ecolo est dans une démarche de capitalisme vert. Il y a deux ou trois ans, "la santé de l’économie" était son slogan. Il ne remet pas en question le capitalisme puisque le développement durable consiste à produire encore et toujours : il faut que ce soit vert mais que ça rapporte et qu’il y ait du rendement.

La loi sur la garantie de l’électroménager, par exemple, est passée d’un an à deux ans. C’est ridicule ! La première machine à laver fonctionne encore aujourd’hui. Depuis, on fabrique des choses qui doivent se casser ou se détériorer pour que le marché continue à être alimenté. C’est de l’obsolescence programmée. Toute production est vouée à être un déchet à un moment donné. Or, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas recyclables dans les déchets. Imposer la réparabilité et le remplacement des objets et des ordinateurs qui auraient une garantie sur le très long terme limiterait considérablement les dégâts occasionnés par la production.

Les panneaux solaires de type photovoltaïques sont aussi un exemple d’horreur écologique ! C’est polluant et non recyclable. Dans le processus de fabrication, on utilise des gaz hyper-radiatifs, c’est-à-dire des gaz à effet de serre vraiment méchants. Tout le gain que l’on pense avoir gagné en évitant de brûler du charbon grâce aux panneaux solaires photovoltaïques, on le perd avec les émissions de gaz encore plus féroces pour le climat. Les panneaux solaires de type miroir sont beaucoup plus écologiques : les miroirs concentrent leurs rayons dans la tour, font chauffer l’eau et la vapeur produite fait tourner les turbines.
Il faut revenir à une simplicité dans les techniques et il faut arrêter cette aliénation qui va très loin.

Ce fameux développement infini propose de créer des richesses sur le dos des gens et de la nature. On transforme nature et travail des hommes en profit monétaire. Un jour, il n'y aura plus de nature, mais il y aura plein de billets de banques. Malheureusement, un billet de banque ne se mange pas.

 
Peut-on dire que le parti Vélorution a été créé à contre-sens des politiques traditionnelles ?

Il faut oser réaffirmer une radicalité en termes environnementaux et la décroissance, jusqu’à présent, n’a pas encore été récupérée par le système. En 60 ans à peine, l’Homme a durablement hypothéqué l’avenir et les générations futures et a propulsé l’humanité au bord du gouffre.

J’ai créé Vélorution pour les élections fédérales de 2007 parce qu’il n’y avait que des programmes qui mènent à la catastrophe. Il fallait que l’on parle d’objection de croissance, de décroissance, et donc, j’ai pris mon bâton de pèlerin et j’ai cherché des candidats pour incarner et défendre une nouvelle radicalité rénovée de l’écologie politique.

Pour les élections régionales de 2009, nous avons présenté une liste sur l’arrondissement de la Région bruxelloise. Sur environ 600.000 personnes qui ont été voter, nous avons obtenus 1.402 voix.

 

La prise de conscience par rapport à la croissance et à la décroissance passe aussi par l’éducation, et notamment par l’école. Quelle est votre point de vue sur l’école aujourd’hui et quelle école souhaitez-vous chez Vélorution ?

Une école qui retrace l’histoire industrielle et mette en perspective notre voracité occidentale, notre instinct de pouvoir et de conquête de puissance. Le résultat aujourd’hui est que cette puissance est autodestructrice.

Une école qui expliquerait la place de l’homme dans la nature et qui ferait comprendre que la Terre et les Hommes sont une seule chose et que la Terre n’est pas à notre disposition et exploitable à merci.

Une école qui nous apprendrait quels sont les légumes de saison, comment faire des semis, ce qu’il faut semer et à quel moment. Comment trouver dans la nature ce qui est nécessaire pour vivre est quand même la base des apprentissages à l’autonomie. Une école qui offrirait les rudiments de la vie.

 

Chez Vélorution, vous êtes sans concession autour du règne de l’automobile, pas uniquement pour une question d’écologie…

Aussi pour une question de convivialité. Il suffit de regarder les cartes postales du début du siècle dernier, dans le courant des années ‘10, où l’on a l’impression que les rues sont deux fois plus larges parce qu’il n’y pas de voiture. L’espace public n’était pas privatisé en garage géant pour le parcage des voitures.

Aujourd’hui, les gens se plaignent des horodateurs qui apparaissent un peu partout dans la ville. Mais c’est un juste retour des choses puisqu’il s’agit tout de même de l’espace public. Les gens veulent se déplacer aussi vite que possible avec leur voiture au point qu’un piéton ou un cycliste devient un gêneur. La voiture a cloisonné les quartiers, elle a enfermé les gens. Les automobilistes ne se rendent pas compte qu’ils tuent la ville en la rendant non-conviviale.

En plus, la voiture crée un grand problème de santé publique. Elle provoque la mort d’environ 1,2 millions d’êtres humains et 40 fois plus de blessés, par an, en termes d’accidents de voiture sur la planète, sans compter les millions de morts dans les guerres du pétrole.

Le moteur à combustion est aussi responsable de nombreuses victimes. On note en Europe une réduction de deux à trois ans d’espérance de vie à cause des micros-particules. En été, les émissions de protoxydes d’azote sont des précurseurs de l’ozone, un hyper-oxydant qui brûle les bronches. Maintenant, on a des pots catalytiques qui servent à retenir les suies. Dans la réalité, ce n’est pas du tout le cas. Les pots catalytiques servent à briser les suies en plus petites particules pour qu’elles ne puissent plus être détectées. A partir du moment où elles ne sont plus détectées, elles n’existent plus officiellement. Mais elles continuent à entrer dans l’organisme, s’accumulent et font pire que mieux. L’automobilisme est un concentré d’enfer et d’injustice !

 

Vous optez pour la mise en place d’organes de participation et d’évaluation à tous les niveaux de pouvoir, c’est-à-dire ?

Il faut que les gens s’intéressent à ce qui se passe dans leur quartier, leur commune, leur région, leur planète et s’y impliquent. On a appris aux gens à être client du politique et à leur attribuer une confiance totale. Je suis contre la professionnalisation de la politique. Je trouve que tout le monde devrait pouvoir exercer un mandat à un moment de sa vie. La participation, c’est impliquer les gens dans leur destin.

 

Quelle serait l’implication des jeunes, quelle place accorderiez-vous à leur parole ?

La plus grande puisque j’estime qu’ils ont la légitimité pour parler d’avenir. Ils ont aussi l’énergie, l’envie et le désir d’avoir un avenir agréable. Si on leur explique que les grands sont en train de tout faire pour retarder les mesures nécessaires pour garantir une planète préservée, peut-être que ces jeunes pourraient se fâcher et se révolter. Le souci est que beaucoup d’entre eux sont endormis à coup de matraquage et de propagande marchande. C’est actuellement le triomphe du consumérisme.

 

Vous souhaitez aussi revaloriser le non-marchand, garantir les besoins vitaux (logement, santé, éducation, énergie) par l’Etat, garantir un revenu universel à chacun…
Où trouver tous ces financements dans un système de décroissance économique ?

Pour ce qui est du revenu universel, c’est-à-dire le droit à un minimum d’existence, il faut savoir que le nombre d’allocations distribuées aujourd’hui est déjà considérable : allocations de chômage, allocations familiales, allocations d’invalidité… Si les gens ne reçoivent pas un salaire, ils reçoivent une allocation. Malgré tout, on stresse les gens, on pourchasse les chômeurs, on les traumatise, on les névrose pour qu’ils se bougent et qu’ils s’insèrent socialement, c’est-à-dire souvent par le travail. Si on garantissait aux gens le droit à cette allocation sans condition, ils seraient moins névrosés et pourraient se développer et produire des choses beaucoup plus intéressantes qu’en étant forcés de trouver un job qu’ils n’aiment pas. C’est donc la philosophie qu’il faut changer.

 

Propos recueillis par V.D.

 

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 14 octobre 2009