Quand saveur se fait paysanne

Une production plus proche et plus conviviale avant tout.

Entretien avec Stéphane Frocheur, responsable du centre de formation à la Fugea et animateur chez Saveurs Paysannes.

 

Pourquoi balayer tout ce qui a trait à la grande distribution ?

A la Fugea et chez Saveurs Paysannes, nous prônons une agriculture qui soit la plus rémunératrice possible pour le producteur. C’est lui qui va fixer le prix des denrées qu’il va vendre. Il ne sera pas soumis au joug des acheteurs de la grande distribution qui contrôlent actuellement le marché. Au niveau du rapport qualité prix, les produits de l’agriculture paysanne sont assurément moins chers qu’en grande surface. On est vraiment dans une période où les gens cherchent la transparence par rapport à l’origine des produits. Dans les fermes, le produit est fabriqué sur place et, la plupart du temps, le producteur est même d’accord de vous faire une petite visite de ses installations.

 

La demande du bio augmente-t-elle ? Est-ce une priorité chez les gens qui souhaitent se nourrir autrement ?

Je ne pense pas. C’est mon avis personnel mais je pense que l’on a biaisé les gens tout un temps avec l’alimentation biologique qui a été un peu galvaudée par le bio industriel. Les gens s’en sont un peu éloignés. Maintenant, on cherche ce que l’on appelle les produits paysans pour lesquels les paysans vont travailler au rythme de la nature et non pas à son détriment. C’est une agriculture avec des intrants (engrais et produits chimiques) mais utilisés de manière raisonnée, réfléchie et durable. Ce qui intéresse ces producteurs ce n’est pas la rentabilité à outrance mais bien la qualité de leurs produits, l’amour de leur métier, de la nature tout en sachant qu’ils doivent quand même gagner leur tartine. C’est une agriculture réfléchie et nos producteurs n’ont rien à cacher, ils sont heureux que l’on vienne leur rendre visite et ils sont fiers de ce qu’ils produisent.

 

Que mettez-vous en place pour faciliter l’accès d’une agriculture paysanne aux collectivités ?

Actuellement, nous nous penchons vraiment sur la distribution collective via des centrales d’achats comme on vient d’en lancer sur Bruxelles.
Nous essayons également de mettre en relation les producteurs et les acheteurs, que ce soit au niveau des collectivités ou des particuliers. Certains producteurs signent carrément des contrats avec leurs acheteurs comme les restaurateurs par exemple. L’acheteur verse une certaine somme par mois et le producteur s’engage à fournir une quantité de matières souhaitées mais qui vont différer dans le temps. On essaie de faire comprendre au public que la production agricole paysanne varie au gré des saisons et des animaux et qu’elle n’est donc pas constante. On essaie de respecter un maximum ce facteur. C’est une agriculture nourricière et non pas une production industrielle qui ressemble un peu à un robinet que l’on ouvre et que l’on ferme à sa guise.

 

Quand les jeunes partent en séjour ou en camps, comment peuvent-ils facilement être informés de l’existence des petits producteurs des alentours ?

Tous nos producteurs sont répertoriés sur notre site Internet. On peut aisément y faire une recherche par province ou par produit. Saveurs Paysannes va déployer d’avantage les moyens de communication pour informer le public, notamment via des brochures.

Des producteurs parfois voisins ne se connaissent pas entre eux. Nous voulons favoriser la communication afin qu’ils puissent mieux renseigner les gens sur ce qu’ils recherchent. Nous jouons beaucoup sur l’aspect humain qui est absent dans la grande distribution.
Les magasins à la ferme sont une dimension sociale fantastique : les fermes qui sont dans cette démarche s’ouvrent sur l’extérieur, à commencer par les gens du coin. De cette manière, elles peuvent écouler leur production plus facilement.                                                        

Propos recueillis par V.D.

 

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 9 juillet 2009