Zoom dans l’assiette des autres

A l’ordre du jour des Organisations de Jeunesse, des préoccupations à foison. L’alimentation y trouve sa place par mode ou pas conviction. Parmi mille chats à fouetter, la question a pourtant suscité l’intérêt de Dominique Suleau, coordinateur de Vacances Vivantes et d’Alain Bairamjan, coordinateur des Scouts et Guides Pluralistes de Belgique.

 

Comment sont organisées les cuisines ? Qui met la main à la pâte et son grain de sel au menu ?

  -> Dominique Suleau, coordinateur de Vacances Vivantes

Les séjours résidentiels en Belgique ont majoritairement lieu dans les centres de l’AEP (Aide aux Enfants des Prisonniers) au sein desquels on met en place une cuisine traditionnelle : cuistots et aides cuisiniers font de la cuisine familiale. La dynamique en place est celle de l’intendant, celle du gérant du centre. A Hamoir, par exemple, l’intendant va acheter ses légumes au marché.

Il y a deux ou trois centres, entre autres à Légnion et à Chevetogne, où l’on travaille avec un traiteur. C’est le contrat lié à la location des bâtiments du domaine qui nous y oblige. En plaine de jeux à Bruxelles, au niveau francophone, c’est aussi un service traiteur.

 

  -> Alain Bairamjan, coordinateur des SGP

Pour chacune des sections1, il y a une équipe de jeunes animateurs qui est coordonnée par un responsable d’unité2. Le rôle des animateurs régionaux est de soutenir les responsables d’unités et les animateurs de sections. Lors de la préparation de leur camp, les animateurs sont tenus de rentrer un programme de camp ainsi qu’une prévision des menus aux animateurs régionaux qui veillent à un équilibre alimentaire. Notre dossier "Vert de terre", destiné aux animateurs, consacre toute une partie à l’alimentation et aux modes de consommation en harmonie avec l’environnement.

 

 -> Dominique Suleau, coordinateur de Vacances Vivantes

Les intendants sont désignés par Vacances Vivantes. Il y a quatre ou cinq intendants permanents, c’est-à-dire des gens qui partent cuisiner pour les jeunes en classes de mer ou en classes vertes tout au long de l’année. La majorité de nos intendants, à savoir environ 60%, sont des cuisiniers  qui travaillent ailleurs pendant l’année et qui viennent cuisiner sous le statut de "volontaire" en juillet et en août.  

 

Nos choix de consommation ont un impact au-delà du rassasiement personnel. Sont en jeu : la santé, l’environnement et le traitement des travailleurs et des populations de par le monde. Les Organisations de Jeunesse sont-elles le lieu et l’occasion appropriés pour sensibiliser les jeunes à toutes ces valeurs ?

  -> Dominique Suleau, coordinateur de Vacances Vivantes

Absolument ! Via l’AEP et à la demande de ses deux cellules pédagogiques (Vacances Vivantes et Top Vakantie), nous avons passé un contrat avec le commerce équitable. Dans tous les centres qui appartiennent à l’AEP,
c’est-à-dire plus de 90% des lieux de séjours, il y a au moins trois à quatre produits issus du commerce équitable parmi le jus d’orange, le pain d’épice, les biscuits, le café et le chocolat.

Autre exemple : le pain que nous n’achetons pas en grande surface mais qui nous est livré tous les jours par un boulanger.

 

  -> Alain Bairamjan, coordinateur des SGP

Il faut voir qui prépare à manger, c’est le nœud du problème. Généralement, plus les intendants et les cuistots sont jeunes, plus il est difficile de mettre en place un équilibre alimentaire. Certains font pratiquement de la bouffe pour étudiant. Par contre, s’il s’agit de personnes qui ont des enfants, il y a de grandes chances qu’elles aient d’autres réflexes. Ces personnes n’hésiteront pas, par exemple, à repérer les fins de marché autour de leur lieu de camp pour aller chercher des aliments frais et moins chers.

Nous sommes un peu confronté au fait de permettre à un maximum de jeunes de participer à un camp à un coût raisonnable avec au menu, une alimentation "tip top" à fournir. Parfois, il faut faire des concessions.

 

  -> Dominique Suleau, coordinateur de Vacances Vivantes

Dans tous les centres qui appartiennent à l’AEP, nous sensibilisons les jeunes au tri des déchets même s’il y a des containers. On veille à ce qu’ils ne jouent pas avec la nourriture et on y attache une grande importance car on part du principe que beaucoup d’enfants n’ont pas à manger. Il y a toujours eu, chez Vacances Vivantes, une certaine éducation liée à la nourriture : se laver les mains avant de passer à table, manger dans le calme et par petits groupes, être bien assis sur sa chaise. Il y a toujours au moins un animateur par table qui va attirer l’attention des jeunes sur la différence entre "je n’aime pas !" et "je ne connais pas !", en parlant des aliments. Ces aspects sont aussi importants que la qualité de la nourriture en elle-même.

 

  -> Alain Bairamjan, coordinateur des SGP

C’est déjà extraordinaire que nos équipes de jeunes puissent passer 15 jours avec des enfants autour de chouettes activités. Ils doivent penser à beaucoup de choses : la sécurité des enfants, l’alimentation… ça devient très vaste. De notre côté, nous essayons de leur faciliter la vie pour tout ce qui n’est pas directement lié à l’animation. On a souvent du mal à capter que ce sont des volontaires (donc des bénévoles) qui s’exercent à des responsabilités pour la première fois. Si on écoute les préventionnistes chez les pompiers, par exemple, il faudrait que tous nos animateurs soient formés à réagir en cas d’incendie. Si on écoute les gens de la Croix-Rouge, il faudrait que les animateurs soient également formés au secourisme. On peut aller loin comme ça.

 

  -> Dominique Suleau, coordinateur de Vacances Vivantes

Chez nous, il y a au moins un potage par jour qui est préparé avec des légumes frais. De cette manière, nous sommes certains que les enfants mangent des légumes. On donne au moins un fruit, un laitage et un légume cru par jour -plutôt qu’un légume cuit ou en boîte.

Un cahier des charges rédigé par Vacances Vivantes et Top Vakantie est imposé à nos intendants. On peut exiger le respect de ces règles seulement quand il s’agit de nos propres centres.

 

   -> Alain Bairamjan, coordinateur des SGP   

Nous attirons l’attention des animateurs sur les producteurs qui se déplacent comme les boulangers ou les bouchers par exemple. Il est important de travailler avec la viande du jour et de veiller à ce qu’elle n’ait pas le temps de se réchauffer. Au niveau écologique, c’est génial puisqu’il n’y a qu’une voiture qui fait le tour des endroits de camp plutôt qu’une voiture par camp qui se déplace chez le commerçant. C’est aussi quelque chose qui pourrait être beaucoup plus développé.

 

  -> Dominique Suleau, coordinateur de Vacances Vivantes               

Il y a de plus en plus de régimes différents chez les jeunes : les personnes qui ne mangent pas de porc, celles qui sont végétariennes…  Nous essayons de respecter et de satisfaire chacun, du moment que c’est signalé à l’avance.

 

  -> Dominique Suleau, coordinateur de Vacances Vivantes

Nous sensibilisons les jeunes à la cuisine. Il y a même un séjour qui s’appelle "Tu veux devenir un grand chef coq ?". Dans toutes les tranches d’âge, on trouve un programme lié à l’alimentation.  Les enfants sont très demandeurs. Plus on va monter en âge, plus on va se pencher sur la cuisine du monde.

Pour Pâques, nous sommes en train de mettre en place trois nouveaux programmes. Le premier tournera autour de la cuisine exotique pour sensibiliser les jeunes aux différentes cultures culinaires. Un second programme, encadré par deux diététiciennes,  a pour objectif d’amener les jeunes qui ont un surplus de poids à manger mieux et plus équilibré. Ainsi qu’un troisième programme en collaboration avec l’UNICEF sur la sensibilisation au niveau de l’eau.

 

A part le coût parfois plus élevé d’une alimentation saine, y  a-t-il, lors des camps, d’autres freins à la mise en place d’habitudes alimentaires plus respectueuses de l’environnement ?

  -> Alain Bairamjan, coordinateur des SGP

Il devrait y avoir un effort réalisé par l’endroit d’accueil des camps. Ce serait plus simple pour nous d’arriver dans une commune et d’aller trouver le syndicat d’initiative qui nous informerait des adresses des petits producteurs du coin qui vendent à des prix intéressants. A chacun sa part de marché : il faut que l’on soit informé pour le faire. Je sais que la FUGEA3 essaie de mettre en place un réseau qui permet ce genre d’organisation.

Lorsqu’il y a plusieurs camps qui regroupent 1.000 enfants sur une même commune, il est quasiment impossible de trouver un producteur qui puisse nourrir autant de jeunes pendant 15 jours. A un moment donné il va être à court. Il n’y a pas encore les moyens de fournir tout le monde, c’était un des éléments soulevés par la FUGEA. 

Il y a donc le frein de l’information et le frein de la disponibilité.

 

  -> Alain Bairamjan, coordinateur des SGP

Il y a plein d’autres problématiques qui sont importantes dans les mouvements de jeunesse et qui demandent énormément d’efforts pour que les idées passent. Si on travaille sur les assuétudes, sur la place de l’alcool, les joints, les médoc, la fatigue… on aura beau en faire un document mais  si on n’aborde pas ces sujets directement avec les jeunes autour d’un atelier de formation ou d’une action, ça ne sert à rien !

Propos recueillis par V.D.

 

1 Les différentes sections sont : les castors (de 5 à 8 ans), les louveteaux (de 8 à 12 ans), les scouts et les guides (de 12 à 15 ans), les pionniers (de 15 à 18 ans)…
2 Une unité comprend plusieurs sections

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 9 juillet 2009