Miss SDF, un concours de circonstances…

Les sourires et les regards des rues leur disent qu’elles peuvent encore plaire. De ce que l’on voit d’elles ce sont néanmoins des plaies. Sans domicile fixe, dernier domicile inconnu. Démunies, sans nid. Elles étaient des voix sans échos dans des voies sans issue.


Mathilde Pelsers a la voix éraillée et rocailleuse. Une longue cigarette effilée se consume entre ses doigts. La vie a creusé ses sillons au gré du visage aux traits épais. Un chien bruyant, une tortue d’eau douce et un couple d’inséparables. Des colifichets, des souvenirs, des babioles, des photos se battent sur les murs et sur le sol de cette petite maison nichée dans une rue anonyme d’Evere. C’est dans ces murs qu’a germé l’idée du concours le plus décrié de ces derniers mois : Miss SDF.
Présenté par nombre de médias comme une Star Ac’ de la misère humaine, ce concours au titre éminemment provocateur est en fait un projet-pilote ambitieux.


Une réalité qui dérange

Mathilde Pelsers est une Limbourgeoise de 54 ans, infirmière sociale de formation. Après dix années comme infirmière en chef en gériatrie, elle monte à Bruxelles pour exercer son métier en tant qu’indépendante puis dirige une maison de repos. Elle fait un constat qui l’ébranle : "l’âge moyen de mes pensionnaires était de 40 ans. Je me suis rendue compte qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas à Bruxelles. Ces personnes jeunes étaient des SDF, des anciens détenus ou des personnes qui sortaient de psychiatrie". Mathilde ferme sa maison de repos et crée un, puis plusieurs foyers pour accueillir cette population en détresse et laissée pour compte. "Notre équipe se compose d’un agent de quartier, d’un curé, d’un médecin toxicologue, d’une éducatrice de rue et de moi-même, en tant qu’infirmière sociale".


De Miss Belgique à Miss SDF

Alors que sa fille Aline, écrivain, rencontre quelques difficultés, Mathilde décide de l’inscrire, à son insu, à Miss Belgique. Les mois passent et arrive une convocation. Aline doit se présenter à la pré-sélection pour la Flandre Orientale. Même si elle traîne les pieds pour participer au concours, elle se retrouve parmi les 20 finalistes de Flandre Orientale et gagne le surnom de "SDF ratée" en référence aux activités de sa mère. Pour sa mère, c’est le flash, il y aura un concours Miss SDF. Lors de la conférence de presse pour le lancement du troisième ouvrage de sa fille, Mathilde parle de son projet à un journaliste présent. La rumeur se répand comme une traînée de poudre.


Les candidates de la rue

Epaulée par sa fille, Mathilde va lancer sa campagne par affiches en ville. Des femmes arrivent spontanément chez elle. D’autres téléphonent ou s’inscrivent en ligne depuis un cyber-café. Quinze candidates sont présentes lors de la pré-sélection. La plus jeune a 18 ans, la plus âgée…
74 ans. Le critère de sélection ? "C’est le premier contact social. Il faut du courage pour faire cette démarche et rien que cela en faisait toutes des gagnantes". Le jury ? "Des membres de notre équipe : un agent de quartier, un curé, un artiste, une éducatrice de rue, un père de famille, un anthropologue, Miss Flandre Orientale, un SDF, un sponsor et ma fille Aline". 

Toutes ces femmes qui ont osé briser la glace ont gagné le concours mais aussi une victoire sur elles-mêmes. Toutes ont désormais un logement garanti dans la durée, financé par des sponsors privés. Et non pour un an comme annoncé de façon erronée. Grâce aux équipes de Mathilde, elles bénéficient d’aides pour mettre leurs papiers à jour, reçoivent un soutien moral, des soins et des moyens de contraceptions.

Des partenariats permettent également à des "Miss" de suivre des cours d’esthéticienne, qui pourraient déboucher sur un emploi. Récemment les quinze Miss ont été invitées par le Bourgmestre de Bruges. "Les filles ont été coiffées, maquillées et photographiées par des professionnels. Puis tout le monde a été convié pour un grand dîner. Elles étaient heureuses même si la tristesse était perceptible sur leurs visages. Ce sont des femmes qui ont quand même été marquées par la vie". 


Une cruauté bonne à dire

Derrière cette initiative qui fait grand bruit se cache donc un projet social activement soutenu par la Princesse Léa de Belgique. Mathilde Pelsers balaie d’un revers de la main les critiques plus dures les unes que les autres qui se sont abattues sur sa démarche. Elle préfère ne garder que les nombreux encouragements et soutiens en provenance du secteur social. Près de deux cents personnes se sont manifestées pour apporter leur aide bénévole. Pour elle, la victoire se situe dans le développement de tables rondes autour de la problématique des SDF afin de conscientiser les politiques et les acteurs sociaux au sort de cette frange de la population. Car il y a les "Miss" mais aussi et surtout tous les autres SDF de l’ombre. Et Mathilde de compter sur la finale du Concours, en octobre 2009, pour braquer un nouveau coup de projecteur sur le sort de ces accidentés de la vie cachés dans les entrailles de nos villes.                                                                 

M-F.V.


Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 29 avril 2009