Des médias proches de Chez Zelle

La Maison des Jeunes (MJ) de Louvain-La-Neuve "Chez Zelle" veut sensibiliser aux médias alternatifs. Un appel à projet invite têtes pensantes dotées d’idées fumantes à coucher sur le fanzine prose ou poésie autour de la question. Entretien avec Sandra, animatrice à la MJ.


La MJ (Maison des Jeunes) "Chez Zelle" lance un appel à projet sur la sensibilisation aux médias alternatifs. Comment est née l’initiative ?

Cet appel à projet est la résultante de la formation que je suis en train de suivre avec Média animation. Le but est de finaliser la formation par un projet, d’où l’idée d’un appel à projet sur la sensibilisation des médias alternatifs adressé aux jeunes de la MJ et à tous ceux qui veulent. Nous sommes également ouverts aux propositions de partenariats.


Pour toi, que sont les médias alternatifs ?

C’est tout ce qui n’est pas configuré dans les mass-médias, même si ça en exploite les mêmes supports. Mais ça reste différent dans la mesure où c’est plus autonome, plus autogéré.

C’est surtout au niveau du contenu que c’est intéressant parce que ce sont des informations qui ne sont pas ou peu traitées dans les mass-médias mais qui restent vitales pour les citoyens. Si on prend l’exemple de l’immigration dans les mass-médias, l’information par rapport à ces gens-là est vraiment différente de celle qui est traitée par un journal de proximité d’un quartier bruxellois.


Différente à quel point de vue ?

Je pense que dans les mass-médias, il y a une manipulation qui est beaucoup plus forte et plus consciente que dans certains journaux alternatifs qui restent plus proches des gens et de la réalité. Quand je vois certains journaux qui sont cotés en Bourse, je me dis qu’ils doivent avoir des impératifs économiques qui prennent le pas sur la véritable information qui mettrait en péril ces journaux.

Dans les médias alternatifs, on préserve certaines valeurs comme l’intégrité et l’honnêteté qui donnent plus de justesse à l’information. Il y a dans ces médias quelque chose de plus citoyen, de plus humain, de plus proche des gens.

Son aspect "participatif" qui consiste à inviter les citoyens à faire du média est important également. Plus les points vue sont multiples, plus c’est intéressant. A priori, n’importe qui peut diffuser une info qui est peut-être tout aussi honorable et pertinente que n’importe quel journaliste réputé qui a fait des études de sciences-politiques. Il y a des valeurs fortes que les mass-médias ont l’air d’avoir oublié.


Penses-tu que les jeunes de la MJ seront également sensibles à cette thématique des médias alternatifs ?

Oui, d’abord par rapport au contexte de la maison des jeunes. Elle a été délocalisée malgré elle et on lui a quand même coupé pas mal l’herbe sous les pieds. Pour ces raisons, on a été amené à côtoyer les médias.

C’est une MJ qui, de par son passé, est quand même soucieuse de certaines problématiques. Les jeunes qui la côtoient sont assez conscients de ce qui se passe autour d’eux, ils sentent une invasion du système dans lequel ils évoluent, ça les dérange mais ça les drille en même temps.

"Selon une enquête que j’ai menée en 1972, 90% du poids papier total publié chaque année sur terre sont destinés à des journaux qui n’ont pas un but commercial. Donc, neuf journaux sur dix ! Si ces journaux continuent à être publiés, c’est qu’ils intéressent leur public.
La demande existe mais personne, dans le monde économique, n’en tient compte puisque ce n’est pas commercial. Il y a donc une demande qui n’est jamais mesurée.

L’information alternative existe et elle est monstrueuse".

Gérard de Sélys
Voir aussi son interview dans ce dossier

Comment le projet va-t-il, concrètement, se mettre sur pied ?

Chez Zelle, on a déjà un support existant qui s’appelle le "Zelzine", une brochure bi-mensuelle. Mais on va sans doute créer une brochure exclusive à ce projet-là. La première rencontre pour cet appel à projet aura lieu dans les locaux de la Maison des Jeunes le 14 janvier où l’on va décider de la manière de procéder : comment va-t-on mettre en place le projet et qui va faire quoi, en fonction des envies, des affinités et des savoirs-faire de chacun. C’est très ouvert. Ce que je trouve intéressant c’est que ce projet amène à des discussions. C’est aussi donner aux jeunes quelques outils pour regarder les médias autrement.

Le plus dur sera d’instaurer une rigueur pour que les jeunes restent jusqu’au bout du projet. Pour moi, c’est un vrai défi. 

L’idée est de créer un répertoire à l’intérieur de "Zelzine", c’est-à-dire de répertorier, de manière non exhaustive évidemment, les journaux auto-gérés, les portails Internet engagés, les radios libres, les télévisions alternatives… Mais on veut également alimenter tout ça par des réflexions, dessins…


Tu as choisi cette phrase de Pierre Bourdieu pour illustrer l’appel à projet : "La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d’une partie très importante de la population. Or, en mettant l’accent sur les faits divers, en remplissant ce temps rare avec du vide, du rien ou du presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratique".
A ton avis, les gens férus de faits divers à la télévision ne savent pas ce qui est bon pour eux ?

Je mettrais plus l’accent sur ceux qui dirigent, ceux qui sont derrière tout ça. Je ne dirais pas que les gens ne savent pas ce qui est bon pour eux mais, pour résumer, ce sont plutôt ceux qui leur donnent à manger qui ne savent pas faire la cuisine correctement. La télévision donne aux téléspectateurs de la nourriture facile, les cuisiniers qui sont derrière tout ça ne sont pas des grands chefs.


Tu penses que la télé devrait être un outil éducatif ?

Oui, tout en étant divertissant. Je lisais dernièrement, le PDG de TF1 qui disait : "pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible". Je trouve ça quand même vicieux de la part du PDG de TF1 !

Quoi qu’il en soit, il faut aussi laisser le temps aux jeunes d’appréhender les choses par eux-mêmes.         

Propos recueillis par V.D.

 

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 16 janvier 2009