SIEP, mon vendredi !  


Il y avait du Prévert et de l’Eluard dans l’air. Espace renversé. Les chaises mauves guimauves se sont trompées de classe, ont pris place dans l’espace. L’informel succède au formel dans le Forum placé sous le signe du J car on le sait, "La jeunesse est une ivresse continuelle; c'est la fièvre de la santé; c'est la folie de la raison".

Ecoles, Hautes Ecoles, Universités ont planté le décor. Stands aguicheurs, aguichants, guichets pleins de cachet, rutilants et tentants. Emportés par la foule qui s’élance et qui danse une folle farandole, des grappes de jeunes arrivent au seuil du Forum. Paradis des OJ, les sourires sont rois, la parole est reine et les rires qui s’envolent aussi haut que les cris des oiseaux. La COJ jouxte le stand de la FMJ, où la tchatche est souveraine. Tout à l’heure, rappeurs de rien, les jeunes reprendront en chœur les refrains de Fenomal Project et Melnek.

Une initiative de la Maison des Jeunes "La Clef", à Etterbeek. Christophe Gonod, le responsable, est heureux d’avoir été invité par la FMJ pour illustrer ce qui peut se faire en Maison des Jeunes. "La Clef " est devenue également un label et organise des tournées. "Avec un peu de volonté, des jeunes peuvent faire leur disque" nous dit-il. "Nous sommes déjà partis deux fois en tournée avec Fenomenal Project et Melnek. Nous allons sortir trois disques par an. Sur les trois, deux seront réservés aux jeunes qui font partie de notre Maison de Jeunes et un disque viendra de l’extérieur. Nous aurons un comité de sélection composé de jeunes. Pour l’instant on produit du rap et du R’nB, mais j’aimerais bien avoir aussi du rock, du jazz, du classique, de la variété française. Ce Salon nous permet en tout cas de créer des contacts et de se faire connaître. Pour nous, c’est une réussite".

Nous aussi, à la COJ, on connaît la musique pour ce qui est de répondre aux questions de nos visiteurs. "Bonjour, quelqu’un de la haute Ecole Francisco Ferrer m’a suggéré de venir vous rencontrer car je souhaite devenir animateur" nous apprend Stéphane, 19 ans. "J’aimerais entreprendre des études en éducation physique et suivre également une formation d’animateur. C’est un métier que j’aimerais exercer pendant quelques années et m’amuser un peu". Des demandes comme celles de Stéphane, il y en eût de nombreuses vendredi.

On se presse autour des stands ou l’on prend ses aises dans les larges sièges colorés au centre du Forum. Les OJ comme point de rencontre, de contacts, le courant passe, la timidité trépasse. Havre d’informations, les stands côte à côte ont la cote.

 

Le Salon du SIEP, c’est bien

"Je connaissais ce Salon dans sa forme initiale lorsqu’il avait eu lieu à Liège il y a vingt ans et j’y avais été. Je trouve que l’information que l’on y reçoit est vraiment importante parce qu’elle permet au jeune de mieux décider en connaissance de cause par rapport à ce qu’il veut faire et ce qu’il aime, ce qu’il peut peut-être aussi découvrir" nous dit le Ministre Tarabella. "C’est aussi intéressant que ce Salon s’adresse à des étudiants qui sont en recherche quant à une filière d’études, qu’ils puissent choisir dans de bonnes conditions. En tant que tout nouveau Ministre de la Jeunesse, c’est évidemment une initiative que je soutiens et que je soutiendrai".

Le Ministre s’arrête, serre des mains, s’attarde auprès de diverses OJ, qui ont, selon lui, "une importance fondamentale par ce qu’au-delà du choix des études et des professions, les jeunes sont des citoyens. Il existe une foison d’OJ, ce qui leur permet aussi, en tant que citoyens, de s’adresser à diverses organisations qui correspondent à ce qu’ils pensent, à ce qu’ils voudraient faire comme actions au-delà de leur métier ou du choix de leurs études. Il y a l’aspect de la personnalité du jeune et les OJ jouent un rôle fondamental au niveau de la citoyenneté. C’est vraiment important que vous soyez là aussi parce que le jeune ne se résume pas à un choix d’études et de recherche d’emploi".

Forte de 29 OJ sous son aile, la COJ est sous les feux de la rampe : "C’est avec plaisir que j’ai été vous rencontrer récemment en vos locaux ; j’ai pu constater qu’il y avait un foisonnement d’organisations qui s’adressent à une multitude de jeunes en fonction de ce qu’ils sont, de ce qu’ils recherchent en terme d’informations et de soutiens. Vous avez un rôle important à jouer. Pour ma part, je suis à l’écoute des besoins et je sais qu’il y en a. Justement, il y a deux semaines, nous avons évoqué le budget 2008 de la Communauté. Je me suis battu pour avoir des budgets supplémentaires qui vont concerner prioritairement les centres et les maisons de jeunes. Les 200.000,00 € prévus dans le cadre de la réforme du Décret OJ seront répartis de la manière suivante: 1.000 € pour chaque organisation de jeunesse et le solde de 113.000 € à répartir proportionnellement aux dépenses admissibles à chaque organisation de jeunesse".

Les heures joyeuses s’égrènent, les files défilent, défient le temps comme suspendu. Un large cercle se forme, dans quelques minutes Marc Tarabella et Marie Arena seront face aux jeunes pour un échange de questions-réponses. Un cercle des poètes pas disparus, quand la prose et les vers s’enflamment et font se marier le rap et le slam.

Chacun sa route, chacun son chemin, j’ai besoin d’air, j’ai besoin de liberté, chacun sa route, chacun son chemin, passe le message à ton voisin. On recolle le tempo autour du slogan "A Chacun son Projet".

Et les OJ, des projets, ils en ont plein. D’ailleurs, "les OJ peuvent aider les jeunes à construire leurs projets" nous dit la Ministre-Présidente à l’issue de la conférence de presse. "On a beaucoup de difficultés à donner du sens aux projets pour les jeunes. On a l’impression qu’au fur et à mesure qu’ils grandissent, ils perdent le sens du projet. Donc je pense qu’il est important de pouvoir leur redonner confiance et, justement, ce travail de confiance peut être fait au travers des OJ" poursuit Marie Arena. "On apprend beaucoup de choses à l’école mais aussi en dehors. C’est cet ensemble qui construit le jeune, il est donc important de donner au jeune la possibilité de se construire en dehors de l’école. En ce qui concerne le salon du SIEP, il faut savoir qu’un jeune est global, on ne le prend pas de façon différente quand il est à l’école et ailleurs, je pense que l’on a donc besoin de tous les acteurs en Communauté française pour aider le jeune à grandir et à élaborer son projet".

Christian Bogaerts se félicite, quant à lui, de la présence de Marc Tarabella et de Marie Arena au sein du Forum car "cela permet d’être en relation avec le monde politique, un monde qui a l’impression d’être loin. Aujourd’hui, le politique n’est plus dans une tour d’ivoire".

Les textos fusent bientôt, puis des mains se saisissent du micro : comment changer les modalités d’inscription dans l’école de son choix, quelle est la nature du décret "inscription", les dangers du zapping scolaire, quid de l’infrastructure des universités, les problèmes d’insalubrité et de sécurité, un appel d’un jeune sans papier, comment commercialiser, en tant que jeune, un produit artisanal, que faire lorsque l’on veut absolument devenir carreleur et que les parents préfèrent la voie des études supérieures… Les thèmes abordés sont diversifiés et la rencontre avec les deux politiques est franchement un succès.

 

OJons parler de nous

Le Salon du SIEP est bien sûr l’occasion pour les OJ de se montrer et de toucher un public le plus large possible. Quatre OJ de la COJ étaient présentes. Nous avons fait un petit tour d’horizon avec eux à l’issue de la première journée.

AFS Belgique se frotte les mains, à l’image de Christophe Luytens, assistant de communication : "on essaie vraiment de répondre au mieux aux attentes des jeunes qui ont envie de réaliser un projet différent. Nous, on leur propose de partir un an pour se parfaire en langues mais aussi pour découvrir l’autre, pour voyager et s’imprégner d’une culture différente. Je pense que le SIEP a bien fait son boulot par sa prospection et sa publicité. Rassembler tous les acteurs de l’éducation en un seul lieu, c’est bien. Nous sommes demandeurs, le public est demandeur et tout le monde est gagnant. Je pense aussi que le voyage culturel est une envie des jeunes d’aller à la rencontre de la différence. Nous ne sommes que vendredi mais jusqu’à présent c’est très positif. Nous nous sommes intégrés dans cet espace d’ASBL qui proposent aux jeunes une vision différente de la société : les jeunes partent un an à l’étranger pour recevoir mais aussi pour apporter quelque chose."

Beaucoup d’ados se sont pressés au stand des Auberges de Jeunesse (LAJ), "soit pour organiser un séjour en Belgique entre copains, soit pour partir à l’étranger" déclare Caroline Raedemaeker, assistante de communication aux Auberges de Jeunesse. "Nous organisons aussi un concours pour gagner un séjour en auberge de jeunesse en Wallonie. Pour nous, ce Salon est incontournable. C’est ici que se rassemblent les jeunes qui sont en recherche d’avenir et de découvertes. Ceux qui sont passés au stand aujourd’hui avaient vraiment de l’intérêt pour les Auberges et on peut dire que pour nous ce Salon est un succès".

Benoît Audenaerde, chargé de communication au SCI Projets Internationaux, a dû attendre un peu pour pouvoir s’adresser à un public susceptible d’être intéressé par les missions du SCI : "Ce matin, c’était apparemment les écoles secondaires inférieures qui étaient là, puis sont arrivés les 18 ans et plus. Ceux qui sont venus au stand sont des jeunes qui ont beaucoup d’idéaux de solidarité et d’égalité et qui veulent faire de l’humanitaire. Ils ont une démarche altruiste et une petite idée de ce qu’ils auraient envie de faire et ils cherchent des structures et des gens qui pourraient les aider à réaliser leurs projets. C’est clair que ce Salon nous offre de la visibilité mais j’ai toujours eu du mal à en évaluer les retombées. Cette année nous sommes dans l’espace Zoom Jeunes avec de nombreuses associations mais par contre nous sommes vraiment loin de l’entrée et l’affluence est nettement moindre par rapport à l’année dernière. C’est dommage car on a vraiment beaucoup de temps morts. Donc je dirais que c’est un demi-succès".

Le hasard, et pas seulement la nécessité. C’est un peu l’opinion de Simon Niset, coordinateur à Solidarcité : "nous avons eu la visite de travailleurs sociaux qui pensaient que notre projet pouvait convenir à des jeunes avec lesquels ils travaillent. J’ai eu une conversation intéressante avec une dame qui travaille pour la Croix-Rouge qui essaie de trouver des projets pour tous les jeunes demandeurs d’asile qui ne peuvent pas s’inscrire dans des filières de formation ni travailler vu qu’ils ne sont pas encore en situation régulière en Belgique. On a imaginé qu’une participation aux projets Solidarcité pouvait être une chouette alternative pour ces jeunes en attente de régularisation. Ceci dit, je m’attendais à avoir plus de monde. Peut-être est-ce parce que c’est vendredi… J’ai parfois eu l’impression que certains venaient pour prendre des bics, des prospectus et remplir leur sac. J’ai eu une vingtaine de discussions intéressantes et je ne suis pas sûr que le Salon soit un réel tremplin. Par contre, ce qui est positif, c’est que c’est un Salon qui touche tous les jeunes, car on touche des jeunes avec un parcours un peu plus chaotique qui sont orientés par toute une série de partenaires associatifs mais on a encore un peu de mal à rencontrer Monsieur-tout-le-monde, le jeune qui a terminé l’école ou ses études et qui, avant de débuter dans la vie professionnelle, voudrait se lancer dans un projet citoyen. C’est à ce niveau-là que se situent nos attentes".

Parfum de fin de jour flottant dans un écho de clameurs passées. Demain le jour se lèvera une nouvelle fois sur le Salon de la Jeunesse.

Marie-France Vienne

 

Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008