Le 21 décembre 2007, la COJ s'est rendue au CFA pour assister à la projection de 12 courts métrages réalisés par les 24 stagiaires qui suivent une Formation d'Animateur en Arts du Spectacle (FAS). Des mini fictions de cinq à dix minutes qui s'articulent autour des thèmes de l'amour, de la mort et de la drogue. Encadrés de Marc Van Malleghem, formateur en vidéo, Philippe De Pierpont, superviseur et formateur cinéaste et Mohamed Ouachen, formateur comédien, les stagiaires ont comme but de narrer, en quelques minutes, une histoire qui a du sens. Et qui repose sur un scénario cohérent, un montage original, des prises de vue adéquates. Bref, de mettre en musique – mais surtout en images – l'acquisition de quelques semaines d'apprentissage.
Autour de Daniel Detemmerman, le Directeur du CFA en charge de la formation, les acteurs, qui sont aussi les réalisateurs, exposent ce qu'ils ont souhaité faire passer comme message, répondent aux questions et défendent leur travail. Sous l'œil critique et aiguisé de leurs formateurs.
L'atelier vidéo n'est qu'une facette de la Formation en Arts du Spectacle. Les stagiaires suivent également une formation en animation de groupe et une formation en animation d’activités d’expression et de création par le théâtre.
La FAS peut également fonctionner sous forme de modules indépendants et s'adresser aux demandeurs d'emploi. Ceux-ci continuent à bénéficier de leur revenu de remplacement tout en percevant une indemnité de formation de 1 EUR par jour, ainsi que le remboursement de leurs frais de déplacements.
La formation est gratuite pour les demandeurs d'emplois ne disposant pas du Certificat d'Etudes Secondaires Supérieures s'ils sont inscrits à Actiris (ex ORBEm, Office régional bruxellois de l'Emploi).
Pour toute information complémentaire, nous vous encourageons à visiter le site du CFA sur http://www.cfaasbl.be ou à appeler le 02/511 25 86
L'amour. Tragique ou bien profonde, c'est la seule histoire au monde qui ne finira jamais. L'amour, la mort, la drogue, la rédemption, la souffrance et les sourires. Les sentiments se mentent, se croisent. La blanche se raille et flashe les vies. Sur un air parfois de comédie. Douze tranches de quotidien caméra au poing.
Deux amoureux se bécotent sur un banc public, se moquant bien sûr des regards obliques. Ils s'aiment, s'enlacent, se tiennent par les yeux, à peine quittés se téléphonent. Mais l'homme est déchiré intérieurement, il tente d'appeler désespérément quelqu'un, qui doit lui fournir de la "cracaïne". Amoureux, il transit quand son contact ne répond pas et que le téléphone sonne dans le vide. Il se fuit et fuit sa dulcinée. Refuse de lui ouvrir la porte de son appartement. Se déguise en femme de ménage enfoulardée pour faire fuir et éconduire sa bien-aimée. L'histoire va basculer, le couple va rompre, est au bord du gouffre. Rendez-vous est pris dans un café. L'homme s'arrime à son cognac. Cul sec mais yeux humides. La belle arrive, s'assied. Arrache la vérité de la bouche de son compagnon: il est incapable de faire l'amour sans "cracaïne" et vient d'apprendre que son fournisseur venait de décéder. Sa compagne, contre tout attente, crie sa joie à cette nouvelle. Et lui annonce, dans la foulée, qu'elle est … frigide. Le film s'achève par le mariage des deux tourtereaux.
Fortuné n'est pas riche. Il vient d'ouvrir une cordonnerie-serrurerie dans son quartier. Ses voisins, curieux mais indifférents, le regardent de loin ouvrir et fermer son commerce et, chaque matin, sortir son enseigne sur tréteaux. Et, chaque matin, Fortuné, salue de la main son voisin d'en face … qui ne lui retourne jamais la politesse. Comme la voisine. Fortuné vit sa quotidienneté petitement et sobrement. Il reçoit son premier client qui vient faire ajouter un trou à sa ceinture. Empressé et empli de joie, il lui octroie une ristourne. La vie de Fortuné bascule lorsqu'une femme fait irruption dans son commerce. Elle vient d'être cambriolée, Fortuné vole à son secours, lui propose son aide et se met à espérer. Convie sa belle a la porte dérobée à un dîner. Une table en formica, deux bougies et l'infortuné Fortuné se consume de solitude devant la cire qui s'écoule aussi lentement que son attente. La serrure réparée lui a brisé le cœur. Rideau de fer. Fortuné déprime et n'ouvre plus boutique. Les jours passent et les deux voisins indifférents franchissent enfin les quelques mètres de bitume qui les séparent du cordonnier. Inquiets, ils secouent frénétiquement le volet. Comme s'il n'attendait que ce signe pour s'ébrouer, Fortuné allume, ouvre et, machinalement, pose son tréteau. Bouge pas. Meurs. Ressuscite.
Alice semble courir après le célèbre gros lapin blanc qui regarde sa montre. Curieuse, toujours selon l'allégorie de Disney, elle est prête à tomber dans le puits. Mais celui-ci ne l'emmènera pas dans un monde enchanté car celui de "blanche neige", c'est celui de la "blanche", de la coke, de l'alcool, des rails que l'on s'enfilent pour triper plus vite, comme une fusée sans tête qui secouerait la terre avant de s'arracher au sol. Un bar sans baraka. Alice tombe sur un laid parleur aux mots torves et l'esprit de travers. Alice perd son innocence, sa virginité, sa conscience, sa liberté. Aliénée aux menaces d'un homme qui se commet dans des trafics … stupéfiants. Alice fuit, dans les rues, à gorge perdue, la vue floutée, à la recherche du gros lapin toujours en retard. Perdue éperdue, son écharpe frissonne puis meurt sur la place. Un inconnu la ramasse, l'écharpe et lui passe autour du cou. Alice glisse, comme une brindille au file de l'eau, à vau-l'eau.
L'employé employé et parfois désoeuvré parle à son animal en peluche. Vie rasoir-dérisoire, monologue tragi-comique de la vie pas rêvée des anges. L'homme remâche sa solitude. Feuillète le journal, tourne indifféremment les pages. L'horoscope attire son attention, ses plis se figent, son regard s'amenuise, la terreur lui glace le sang. Sa vie, qu'il pensait sans fin, sans sel, sans piment, sans sens, va s'achever dans 24 heures. 24 heures d'un chrono inéluctable. Un temps sablier dont le contenu lui file déjà entre les doigts. L'homme se met au lit, ne dort évidemment pas. De la musique arabisante se coule jusque dans sa chambre. La voisine du dessus a improvisé une java bigarrée en solitaire. Le reclus du temps monte à la rencontre de la folie du présent. Les deux solitudes opposées se passeront une bague imaginaire au doigt. L'enjouée voisine l'enjoint à dédier les dernières heures de sa vie aux joies terrestres: l'improbable couple entame la tournée des grands ducs. L'homme apprend à sa belle de nuit qu'il est brimé par son patron, un jeune loup aux mœurs légères et aux combines troubles. Qu'à cela ne tienne, la virevoltante compagne suggère de réclamer au peu scrupuleux directeur une forte somme d'argent en échange du silence de son employé. De la fête, de l'argent, de la tendresse. Il ne reste que la camarde qui se fait pressante. Mais la faucheuse ne sortira pas de sa tanière, laissant sa victime à sa vie nouvelle et loin du gris halo qui lui servait de carcan.
Les gendarmes et les voleurs. Les policiers et les dealers. Une valse sombre entre le noir et le blanc, le noir et la blanche, dans le frac ténébreux de notre époque. Une droguée, son dealer. Comme les deux doigts d'une main, le poing serré, la peur au trousse, la mort au bout, le sale air de la peur entre les deux. Le trac et la traque. La policière est en embuscade, sa proie renifle l'odeur de la poudre. Toutes les deux aux abois. Ne reste qu'à sonner l'hallali. Assommer le complice pour piéger la jeune droguée. Menottée, molestée, jetée dans un panier à salade, le loup a sauté sur sa proie. Un compagnon d'infortune, solidarité des junkies, se rue pour sauver in extremis la jeune femme des griffes de la répression.
Elle peut être coupée, pure, impure, mélangée, mais toujours elle tue. La blanche, la came. Son surnom a la douceur d'un prénom, la couleur de l'innocence, mais toujours elle sème la mort. Une toilette, porte béante. Coup de "Trainspotting", la nausée, la douleur, la peur. Le père vient de succomber seul à une overdose. La garrot encore sur la veine sans vie. La jeune fille s'enfuit mais ne fuit pas le destin devenu sa prison. Les dealers au coin de rues, comme des fantômes surgis du passé. L'armée des ombres est blottie dans les embrasures des portes ou sous un porche. Mais "Blanche" recherche la lumière, ce rai de vie qui la fuit. Une fois, deux fois, elle franchit le seuil d'un centre, en quête d'une main tendue, comme un appel à l'aide. Loin des regards, elle va se soigner, regarder sa mère en face et refuser, le regard droit, de traiter à nouveau avec "son" dealer" habituel.
L'argent n'a pas d'odeur. L'amour non plus. La preuve ? Cette folle passion amoureuse se déroule quasiment entièrement dans les … toilettes ! Monsieur Pipi est préposé à l'entretien des commodités dans une société. Tâches dont il s'acquitte avec sérieux et résignation. Arrive une femme, une parmi tant d'autres dans le cortège d'inconnus qui défilent dans ce lieu aussi commun qu'indispensable. Mais cette femme élégante tombe littéralement sous le charme de Monsieur Pipi. Son cœur palpite à sa vue, toutes ses pensées le projettent vers lui. Elle s'enferme à dessein dans une toilette, feint une porte coincée, puis une fermeture éclair récalcitrante pour attirer l'attention du tombeur qui semble rester insensible aux assauts de la jeune femme énamourée. Elle passe des heures à dessiner, sur le coin de son bureau, des toilettes entrelacées de petits cœurs rougeoyants. Le déclic d'un amour réciproque: un WC miraculeusement bouché et la belle qui vole au secours, ventouse en main, de l'homme de sa vie. C'est dans ce lieux étriqué et improbable que tombe la foudre. Rideau, fondu au noir: quelques mois passent, la femme, enceinte, est devenue une "Madame Pipi" rayonnante sous le regard protecteur de son mari.
Plongée dans le monde glauque des junkies. Monde des WC trop petits, des piqûres, des paradis artificiels vaporeux. Fumette moquette, héroïne pour paumés. L'héroïne exerce le métier de dame de cours. Sa vie est faite de flashes de drogues tout autant que de flashes du passé. Son ancien Roméo lui apparaît comme des fresques de l'enfance. Blanche-Neige prête à croquer la pomme, les sept nains rieurs et coquins, des goûts de le jeunesse perdue, dégoût de soi. Rejet de la vie to toxicoke. Qui renaît de ses cendres un matin de pré vert.
Il était une fois une fable déjantée qui envoyât un homme de nulle part purger sa punition sur terre, à la recherche d'une impossible quête sous la forme d'une potion. L'homme, affublé d'un bonnet rose fluo découvre les avatars de la vie sur terre. Un frigo, des pigeons, un gourou et des cornichons piquants.
D'un gris forcément entêtant. Le cliquetis monocorde des touches d'un ordinateur, seule boîte à dialogue d'un demandeur d'emploi en quête de distraction. Même plus d'emploi, ce poids poison qui aigrit les vies quand on est sans. Jeux de clef dans la serrure, embrasure d'un visage éteint de la femme qui perd aussi le fil de sa vie professionnelle. Dispute, discorde, portes qui claquent, claques de l'existence. Course folle vers l'avant, oubli de l'amant. La femme se réfugie chez une amie, sûre de l'indifférence de son compagnon. Mais le solitaire court à cœur perdu dans la ville à la recherche de celle qui vient de s'envoler. Au détour d'une place, celle qui était voici quelques heures encore assistante sociale, rencontre l'un de ses ex-assistés. Un verre pour dissiper les aigreurs et des lueurs d'espoir quand l'ancien assisté propose à l'ex-assistance de s'inscrire dans un nouveau projet pouvant accueillir le mari délaissé et la femme en colère. Et quand, sur un slow langoureux de Dassin, les deux désunis se réunissent au ralenti, c'est un peu le printemps qui soulève le voile de grisaille.
Dessins, desseins d'enfants qui dialoguent, magicolorent une vie imaginaire. Dans une cours de récréation devenue cuisine quand les drames se substituent aux jeux dans un monde devenu cruel. L'orphelinat va fermer. Plus de subsides, on passe à la caisse ou on se fait la malle. Poker menteur, ronde de tricheurs, l'homme se tire avec le fric, se casse et sème un sillon de pègre. Comme dans les films qui comptent d'enfants, les histoires d'amour finissent bien en général.
Quand on n'a plus que la mort qui a ravit la vie. Flash-back destruction. Rires brisées, collision, collusion sur la route, éclat de verre, bris de l'envers. Mais l'amour est trop fort et l'image persiste, omnipotent, omniprésent, ce fantôme plus encombrant emplit la vie du résistant. Dans le lit, dans le salon, à table l'ombre de sa femme obnubile chaque seconde. Qu'est-ce qu'il attend pour prendre congé du fantôme. Blouse blanche, tuyaux, moniteur qui seul palpite dans l'espace clos. Allongée sous le linceul pale, la femme gît. Signature, gestes ultimes. Qu'est-ce qu'on attend pour débrancher la non-vie. Du courage et un mot pour reprendre le cours de sa vie.
Marie-France Vienne
Mise à jour de cette page sur www.coj.be le 8 mai 2008